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Full text of "Autriche et Italie"

3Ii]e puiliersitg oî Sîaronto '^tbrarg 
front tl|e Jiooks of 

(1877-1945) 

J^or Jitatt^ ^ears Cbairmait of 

iht (Sfacitltg of ^thicim 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/autricheetitaliOOduru 



AUTRICHE ET ITALIE 



/ 



OUVRAGES DU MEME AUTEUR 
en vente à la Librairie R. Chapclot et O' 



L'éducation du soldat. Quelques moyens pratiques. 1907, in-8.. 2 fi\ 

L'armée allemande et lAlsace-Lorraine en 1905 et 1906. 1906, 
in-8 avec 1 carte 80 c. 

L'instruction du sous-officier d infanterie. 1909, in-8 75 c. 

Le sousofiicier dans larmée moderne. 1906, 1 vol. in-12.. 2 fr. 

L'Autriche-Hongrie et la frontière italienne. 1907. broch. m-8 
avec cartes 1 fr. 2o 






Capitaine VICTOR DURUY 



Autriche 



et Italie 




PARIS 

LIBRAIRIE MILITAIRE R. CHAPELOT ET C" 

I M P R I M E U H S - É D I r E U R S 

30 Rue et Passage Dauphine, 30 



1909 



AUTRICHE ET ITALIE 



L'ARMÉE AUSTRO-HONGROISE 



L'état politique de l' Autriche-Hongrie. 

L'Empire des Habsbourg comprend deux Etats souve- 
rains, égaux en droits, dotés chacun d'un Parlement 
national et de Ministres particuliers, responsables devant 
les Chambres nationales, autrichienne d'une part, hon- 
groise de l'autre. Les <( affaires communes » sont confiées 
à trois Ministres, — Guerre (avec la marine), Finances, 
Affaires étrangères, — responsables devant les Déléga- 
tions, composées de 60 membres de chacun des Parle- 
ments autrichien et hongrois. L'ancienne monarchie 
unitaire est donc remplacée par une association de trois 
États : Autriche-Hongrie, Autriche, Hongrie. Eu 1878, 
l'occupation de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche- 
Hongrie introduisit un nouvel élément dans cet ensemble 
déjà disparate. Les nouveaux territoires, administrés 
par le Ministre commun des Finances, ne furent ratta- 
chés, ni à l'Autriche, ni à la Hongrie, et constituèrent 
une sorte de Reichsland, dont la situation, dans l'Empire 

1 



2 AUTRICHE ET ITALIE. 

austro-hongrois, fut analogue à celle de l'Alsace-Lor- 
raine dans l'Empire allemand. Le compromis de 1907, 
entre l'Autriche et la Hongrie, a maintenu cet état de 
choses. Il l'a même aggravé. En reconnaissant à la 
Hongrie le droit de signer des traités de commerce, il 
en a fait un Etat de droit international. 



II 



Les trois armées de la Monarchie. 
Le dualisme militaire. 

De ce système politique résultent des conséquences 
fort importantes pour l'organisation militaire. Aux trois 
parties de la monarchie correspondent trois armées diffé- 
rentes : armée commune, landwehr autrichienne, land- 
wehr hongroise ou honved. 

La première est la seule armée autro-hongroise, 
« impériale et royale » ; les landwehrs, composées de 
troupes actives comme l'armée commune, sont de véri- 
tables armées nationales, l'une, « impériale-royale autri- 
chienne », l'autre « royale hongroise ». Chacune de ces 
armées possède un budget distinct, un ministère spécial 
(Guerre pour l'armée commune. Défense nationale pour 
chaque landwehr), une organisation particulière. Le 
seul organe qui leur soit commun est le « Chef d'état- 
major pour l'ensemble de la force armée ». Au point de 
vue du commandement, l'armée commune est dirigée 
par 15 généraux commandants de corps d'armée et 
1 général commandant de la Dalmatie. A la tête de 
chaque landwehr est un inspecteur général. Il a rang 
de commandant de corps d'armée. En ce qui concerne 
l'organisation territoriale, l'armée commune comprend 
45 régions de corps d'armée (8 en Autriche, 6 en 
Hongrie, 1 en Bosnie-Herzégovine), et la Dalmatie; 
la landwehr autrichienne, 8 régions de division, dont 
chacune correspond à un des 8 corps autrichiens; la 
honved, 7 districts de division, sans aucune relation 
avec les corps hongrois de l'armée commune. Dans 



4 AUTRICHE ET ITALIE. 

l'armée commune, le service actif est de trois ans ; 
il est de deux ans dans les landwehrs. Les périodes 
d'instruction des réservistes diffèrent, suivant qu'il 
s'agit de l'armée ou des landwehrs (1). L'armée com- 
mune, seule, a des troupes de toutes armes. Daus les 
landwehrs il n'existe que de l'infanterie et de la cava- 
lerie. Toutefois, depuis 1906, la landw^ehr autrichienne 
compte quelques batteries de campagne (2). Si les unités 
des landwehrs ne sont pas tout à fait des unités-cadres, 
leurs effectifs de paix présentent néanmoins une infé- 



(1) Durée du service militaire : 24 ans. 

a) De 19 à 21 ans, dans le landsturm, l^'^ ban : 2 ans. 
h) De 21 à 33 ans, dans l'armée active et les réserves (hommes incor- 
porés), ou dans l'ersatz-réserve (hommes non incorporés) : 12 ans. 
Service actif : 3 ans (armée commune) ou 2 ans (landwehrs). 

c) De 33 à 37 ans, dans le landsturm, J" ban : 5 ans. ' 

d) De 37 à 42 ans, dans le landsturm, 2^ ban : 5 ans. 

Périodes d'instruction : 

a) Hommes incorporés daus l'armée commune. — En 9 ans de 
réserve : 4 périodes de 4 semaines (2 semaines dans la pratique) ; au 
total : 16 semaines. 

h) Hommes incorporés dans les landwehrs. — En 10 ans de réserve, 
total de : 16 semaines (Autriche), ou 25 semaines (Hongrie). 

c) Hommes classés dans l'ersatz-réserve. — En 12 ans d'ersatz- 
réserve : une première période de 8 semaines, puis trois périodes de 
4 semaines (2 dans la pratique) ; au total : 20 semaines (Feldmaréchal- 
lieutenaot Glûekmanu, Heerœcsen, 1907). 

(2) Nombre d'unités en temps de paix : 



Bataillons d'infanterie (4 compa- 
gnies en général) 

Escadrons de cavalerie 

Détachements de mitrailleuses. . 
Batteries montées à 6 pièces. . . . 
Batteries à cheval à 4 pièces . . . 



Armée 


Landwehr 






commune. 


autrichienne. 


Honved. 


Total. 


467 


118 


94 


679 


252 


41 


60 


353 


141 


48 


29 


218 


224 


16 


» 


240 


24 


» 


)) 


24 



AUTRICHE ET ITALIE. 5 

riorité marquée par rapport à ceux de l'armée : 55 hom- 
mes par compagnie au lieu de 95, 100 par escadron au 
lieu de 165(1). 

Dans cette triple organisation, il y a donc une pre- 
mière cause de faiblesse pour Tarmée austro-hongroise. 
L'effectif de paix des landwehrs — près du tiers de 
l'armée — est très faible. Circonstance plus grave : 
l'armée n'est pas homogène. Les landwehrs, destinées 
à être, en temps de guerre, employées en première ligne, 
au même titre que l'armée commune, comprennent un 
noyau de soldats du service actif, beaucoup moins élevé 
que celle-ci. Les réservistes sont plus ou moins instruits, 
selon qu'ils appartiennent à l'armée ou aux landwehrs. 
D'autre part, les 7 divisions de la honved ne dépendent 
que de l'inspecteur général de la honved. Il faudrait, 
au moment de la mobilisation, soit les rattacher aux 
corps de l'armée commune, soit constituer de nouveaux 
corps d'armée. Ce défaut d'organisation doit être imputé 
au nationalisme hongrois, qui refuse de mêler l'armée 
nationale hongroise à Tarmée austro-hongroise et crée 
entre la Hongrie et l'Autriche un état de guerre, à tel 
point que la presse autrichienne peut parler de « faire 
la paix avec la Hongrie ». 

En 1903, les Hongrois refusent de voter l'augmen- 





Armée 


Landwehr 








commune. 


autrichienne. 


Honved. 


Total. 


Batteries lourdes à 4 pièces .... 


13 


» 


» 


13 


Batteries de montagne ou mon- 










tées à voie étroite à 4 pièces. . 


23 


» 


)> 


23 


Batteries de forteresse 


72 


» 


» 


72 


Bataillons de pionniers (5 com- 




pagnies) 


J3 


» 


)) 


13 


Bataillons de chemins de ter et de 










télégraphes (4 compagnies). . . 


3 


» 


» 


3 


Veltzé, Armce-Almanach, 190»; Vcrordnungsblatt. 







(1) Veltzé, Ibid. 



AUTRICHE ET ITALIE. 



tation du contingent, si le hongrois n'est pas adopté 
comme langue de commandement dans la partie hon- 
groise de l'armée commune, et ils ne votent même pas 
le contingent annuel. Il s'ensuit une désorganisation de 
l'armée commune, qui dure plusieurs mois. 11 faut main- 
tenir sous les drapeaux les hommes libérables et rappeler 
un grand nombre d'ersatz-réservistes, brusquement arra- 
chés à leurs occupations, pour un temps indéterminé. 
Deux ans après, la dissolution de la Chambre hongroise 
produit une nouvelle crise; le budget et le contingent 
ne sont pas votés à temps; la classe hongroise de 1905 
est incorporée avec dix mois de retard. 

La réorganisation de l'artillerie, suspendue pendant 
deux ans par le refus des Hongrois de consentir à une 
augmentation du nombre des recrues, n'aboutit qu'en 
1908, et encore grâce au prélèvement de S, 000 hommes 
sur l'infanterie, puisque l'effectif total n'a pu être accru. 
La réforme du Code de justice militaire est arrêtée par 
la question de l'emploi du hongrois devant les tribunaux 
militaires. Il serait utile de développer les troupes techni- 
ques, dont l'importance s'accroît de plus en plus; il 
serait utile aussi de former de nombreux détachements 
de mitrailleuses. Il faut des hommes, et, comme les 
Hongrois s'opposent à toute augmentation du contingent 
annuel, on doit recourir à des expédients, enlever à 
l'infanterie ce qu'on donne à l'artillerie, et aggraver un 
des vices fondamentaux de cette armée : la faiblesse des 
effectifs de paix de l'infanterie. 

Les exigences hongroises portent essentiellement ou 
plutôt portaient, car certaines ont déjà reçu satisfaction, 
sur quatre points : les cadres de l'armée commune, la 
langue de commandement, la participation de la Hon- 
grie aux fournitures militaires, les drapeaux de l'armée 
commune. 

Sur le premier point, les Hongrois réclamaient une 
augmentation du nombre des officiers hongrois dans 



AUTRICHE ET ITALIE. 7 

l'armée commune (1); comme moyen, ils réclamaient la 
multiplication des écoles militaires hongroises et Taffec- 
tation à des régiments hongrois des officiers hongrois, 
dont un certain nombre servait dans des régiments autri- 
chiens. 

La reconnaissance du hongrois comme deuxième 
langue de service et de commandement, — à côté de 
l'allemand, dont la connaissance est aujourd'hui seule 
obligatoire pour tous les cadres de l'armée commune et 
de la landwehr autrichienne, — est de la plus haute 
importance. Jusqu'à présent, il existe, dans chaque régi- 
ment, une ou plusieurs langues de « régiment «, celles 
que parle le cinquième au moins de l'effectif. Eq ces 
langues se fait l'instruction. Mais l'unité de la langue de 
service donne à l'autorité militaire la certitude d'être 
comprise de tous les régiments, si elle leur adresse des 
ordres en allemand. Elle lui donne aussi la possibilité de 
composer les grandes unités de l'armée avec des corps 
de toutes races, sans s'arrêter à la question de nationa- 
lité (2). Du jour où le hongrois sera reconnu comme 
langue de service, la scission de l'armée commune en 
deux parts, régiments allemands, régiments hongrois, 
sera complète. « La langue allemande, dit un auteur 
autrichien, est aussi indispensable à l'armée, que le 
pain l'est au corps. » 

Pour les fournitures militaires, les Hongrois, au cas 
où il ne serait matériellement pas possible à l'indus- 



(1) Alors que la Hongrie fournit près de la moitié du nombre total 
des recrues pour l'armée commune, un quart des officiers seulement 
est originaire de Hongrie. 

(2) Actuellement, la Hongrie détache, sur le territoire cisleithan : 
7 régiments d'infanterie (sur 47 régiments hongrois au total), 5 batail- 
lons de chasseurs (sur 8), 4 régiments de hussards (sur 16), 2 bataillons 
et demi d'artillerie de forteresse (sur 4). Einteilung und Dislokation des 
K. u. K. Heeres, 1908. 



8 AUTRICHE ET ITALIE. 

trie hoDgroise d'exécuter certaines commandes, — les 
plaques de blindage des cuirassés par exemple, — 
réclament l'attribution à la Hongrie, sur les autres com- 
mandes, de l'équivalent de ce qu'elle ne pourrait four- 
uir. Enfin, ils exigent que les armoiries hongroises et les 
couleurs nationales hongroises soient placées sur les 
drapeaux des régiments hongrois de l'armée commune, 
même des régiments dont le recrutement n'est pas tout 
entier magyar. Le Gouvernement austro -hongrois a 
concédé : l'afTectation des officiers hongrois à des régi- 
ments stationnés en Hongrie ; l'augmentation des écoles 
militaires hongroises ; la proportion des fournitures mili- 
taires fixée aux chiffres de la participation aux dépenses 
communes : 63,6 p. 100 pour TAutriche, 36,4 p. 100 pour 
la Hongrie; la nomination, à la fin de 1907, d'une 
commission chargée d'étudier la question des drapeaux 
hongrois. 

Mais pour l'adoption du hongrois comme seconde 
langue de service, les Hongrois se sont heurtés à un 
refus formel. Hs n'ont obtenu que l'emploi facultatif, — 
alors qu'ils le voulaient obligatoire, — du hongrois 
devant les tribunaux militaires en Hongrie, et, par une 
nouvelle réglementation, l'extension du hongrois, comme 
langue de régiment, à presque tous les corps recrutés en 
Hongrie. 

Ainsi se creuse le fossé entre la partie hongroise et la 
partie autrichienne de l'armée commune. Comme Ta 
dit le Ministre austro-hongrois de la Guerre le 21 fé- 
vrier 1908, devant le Parlement, « l'armée se dessèche, 
die Armée verdorrt. » 



III 

Les effectifs. — Le matériel. 

Et pourtant, cette armée, qui porte en elle des germes 
de dissolution, est une des meilleures de l'Europe. En 
temps de paix, son effectif budgétaire est de 32,000 offi- 
ciers ou assimilés et de 362,000 hommes. L'augmenta- 
tion, votée en 1908, de la landwehr autrichienne le por- 
tera bientôt à 368,000 hommes (1). Par rapport à la 
population, l'effort fourni est moins considérable en 
Autriche - Hongrie, 0,9 pour 100 de la population, 
qu'en Allemagne, 1 p. 100, et surtout qu'en France, 
1,5 p. 100 (2). Les dépenses militaires sont également 
moins fortes. En d908, elles n'atteignaient pas 430 mil- 
lions de francs, alors qu'en France, elles étaient de 
680 millions, et, en Allemagne, de 1,070 millions de 
francs (3). 

Dans le régime de la paix armée, l'Autriche-Hongrie 
est donc un des pays qui ont le moins développé leurs 



(1) Contingent incorporé en 1908 (armée de terre) : 

Hoiumes. 

Armée commune 100,000 

Landwehr autrichienne 20,000 , 

Landwehr hongroise (honved) 12,500 ' ' 

Bosaie-Herzégovine 3,500 

En Allemagne (1906) 263,000 

(Veltzé, Armée- Almanach, 1908, et Rei\ des Arm. élr , février 1908). 

(2) Effectifs budgétaires allemands en 1908 : 600,000 hommes. 

(3) Sans les dépenses nécessitées par les pensions militaires, l'entre- 
tien de la gendarmerie et des troupes coloniales. 



10 AUTRICHE ET ITALIE. 

effectifs et leurs budgets militaires. Certains écrivains 
allemands, le colonel Gàdke entre autres, lui en font un 
vif reproche (1). 

A la mobilisation, d'après le capitaine autrichien 
Veltzé, elle pourrait mettre en ligne 1,700,000 soldats 
instruits, sans compter les 2 millions d'hommes de 
l'armée territoriale (landsturm) (2). L'Autriche-Hongrie 
apporte ainsi, en temps de guerre, un très sérieux con- 
tingent aux forces de ses deux alliées dont l'une, l'Alle- 
magne, peut appeler près de 4,300,000 hommes ins- 
truits (3), et l'autre, l'Italie, environ 2 millions de sol- 
dats (armée territoriale comprise) (4). Mais sur ces 
1,700,000 soldats, 1,200,000 seulement ont reçu une 
instruction complète; les autres, ersatz - réservistes , 
après deux mois de service actif, ne sont revenus sous 
les drapeaux que pour des périodes d'instruction ana- 
logues à celles de nos réservistes. En outre, parmi les 
1,200,000 hommes complètement instruits, les uns ont 
fait trois ans de service dans l'armée commune, les 
autres, deux seulement dans les landwehrs. L'instruction 
militaire des soldats austro-hongrois est donc très 
variable (S). 



(i) Berliner Tagblatt, 25 août 1908. 

(2) Chiffres donnés par cet officier dans son Arnuee-Almanach 
(Vienne, 1908) : 



Hommes ( Landwehr et honved. 320,000 ) ^n nnn 

tement instruits. } Armée commune. . .. 900,000 j ' ' 

] Ersatz-réserve 500,000 



complètement 

Hommes 
sommairement instruits. 

Total (active et réserve) 1 ,720,000 

Landsturm (armée territoriale) 2,000,000 

(3) Lauth. État militaire des puissances étrangères. 

(4) Veltzé. Année- Almanach. 

(o) Instruction militaire maxima de chaque homme à 33 ans, 



AUTRICHE ET ITALIE. ' H 

Dans des circonstances spéciales, l'effectif du temps 
de paix peut être augmenté sur l'ordre de l'Empereur 
par le rappel total ou partiel des trois plus jeunes classes 
d'ersatz-réservistes et par celui de la plus jeune classe 
de réservistes, — ou, ce qui revient au même, par le 
maintien, sous les drapeaux, des hommes libérables. 
Cette disposition légale a été appliquée maintes fois, 
notamment lors des crises hongroises de 1903 et de 
1905. Elle permet d'augmenter les effectifs des troupes 
employées en couverture, par exemple, sans que le bud- 
get de la guerre fasse mention de ces appels d'ersatz- 
réservistes et surtout sans qu'ils soient livrés à la publi- 
cité. Il y a là, pour le gouvernement austro-hongrois, 
une ressource qui peut être précieuse en cas de tension 
politique. La presse autrichienne a récemment annoncé 
que cette mesure venait d'être appliquée au corps 
d'armée de Bosnie-Herzégovine. 

La mobilisation austro-hongroise est assez lente, par 
suite de la répartition défectueuse des troupes sur le ter- 
ritoire ; les régiments sont souvent fort loin de leurs 
dépôts, parfois dans d'autres régions de corps d'armée. 
Les dépôts seuls restent dans la circonscription de recru- 
tement. Enfin, les chemins de fer sont presque tous à 
une voie ; leur rendement est faible. Une concentration 
serait donc plus longue en Autriche-Hongrie que dans 
d'autres pays. L'administration, par contre, a su utiliser 
les enseignements des guerres récentes et réaliser d'im- 
portantes améliorations matérielles. 



moment de son passage dans le landsturm (mois calculés à 4 semaines) : 

Hommes de l'armée ( Autriche 3 ans, 4 mois. 

commune ( Hongrie 3 ans, 4 mois, 1 semaine. 

Hommes de la landwehr autrichienne. 2 ans, 4 mois. 

Hommes de la landwehr hongroise ... 2 ans, 6 mois, 1 semaine. 

Hommes de l'ersatz-réserve 5 mois. 



^^ AUTRICHE ET ITALIE. 

Le canon à tir rapide, de 76'^'°,5, modèle 1905, a 
commencé à être mis en service au début de 1908 ; 
toute l'artillerie en a été pourvue dans les premiers mois 
de 1909. Comme conséquence, une réorganisation de 
l'artillerie de campagne et de montagne a eu lieu en 
1908. Des batteries d'obusiers lourds de campagne, de 
149 millimètres, ont été créées. Un type définitif de 
mitrailleuses a été adopté en 1907, après cinq années 
d'expériences, et la formation progressive de détache- 
ments de mitrailleuses se poursuit, depuis 1907, dans 
l'infanterie et dans la cavalerie. A partir du l^"^ fé- 
vrier 1909, dans l'armée commune et les landwehrs, 
chaque régiment d'infanterie ou de chasseurs, chaque 
bataillon de chasseurs, chaque division de cavalerie 
disposera d'un détachement de mitrailleuses. Un nou- 
veau sabre, plus en main, et un pistolet automatique 
en remplacement du revolver, ont été distribués en 
1908 à la cavalerie et aux autres troupes à cheval. 
L'infanterie et les autres troupes à pied ont reçu, la 
même année, une tenue de campagne fort peu visible, 
de couleur gris clair, identique pour les officiers de la 
troupe. 

L'organisation de corps de volontaires motocyclistes 
et automobilistes, la constitution d'un matériel télépho- 
nique dans les batteries de campagne, celle d'un maté- 
riel optique — jumelles stéréoscopiques, lorgnettes — 
dans les troupes et les états-majors, la création de postes 
mobiles de télégraphie sans fil, d'autres réformes encore 
montrent le souci de doter l'armée des derniers perfec- 
tionnements techniques. 

L'instruction est bonne. Aux manœuvres, l'infanterie 
utilise le terrain et évite les formations compactes ; sur- 
tout, elle fait preuve d'une endurance remarquable. La 
cavalerie, tout en restant, dans le combat à cheval, fidèle 
à sa réputation d'être une des meilleures cavaleries de 
l'Europe, a compris l'importance du combat à pied et le 



AUTRICHE ET ITALIE. 43 

pratique avec rapidité et à-propos. L'artillerie qui, jus- 
qu'à 1908, avait semblé rester trop fidèle à la pratique 
du tir direct, a montré, lors des manœuvres de 1908 en 
Hongrie, qu'elle savait user du tir masqué (1). En 
somme, au point de vue matériel, et malgré ses imper- 
fections, dont quelques-unes sont cependant assez 
graves, l'armée austro-hongroise représente une force 
très réelle. 



(i) Plusieurs de ces renseignements sont extraits de la Bévue mili- 
taire des Armées étrangères, 1907 et 1908, passim. 



IV 

Le soldat. — Le sous-officier. 

]1 semblerait qu'issu de races très différentes, souvent 
jalouses, parfois ennemies les unes des autres, le soldat 
austro-hongrois doive subir très vivement l'influence 
des luttes que se livrent les nationalités. En face des 
insurgés hongrois et italiens de 1848, des défections ont 
pu se produire ; certaines années, aux manœuvres, des 
incidents ont pu éclater. Mais, en général, les dissen- 
timents de race ont peu de prise sur la troupe et peu 
d'influence sur la discipline. Le soldat a prouvé sa disci- 
pline et son dévouement en 1903 et 1905, alors que, par 
suite de la crise hongroise, les libérables étaient main- 
tenus et nombre d'ersatz-réservistes rappelés sous les 
drapeaux pendant plusieurs mois. Tous les hommes 
acceptèrent sans récrimination, les uns, de faire jusqu'à 
sept mois de service supplémentaire, les autres, d'être 
arrachés à leur vie journalière pendant un temps assez 
long et indéterminé. 

Très bien traité par ses chefs, sous-officiers ou offi- 
ciers, mieux nourri que chez lui, le soldat austro-hon- 
grois est peu exigeant. Aux manœuvres, où de grauds 
efforts lui sont souvent demandés, il montre beaucoup 
de bonne volonté, d'entrain et fait preuve d'une grande 
résistance. Il y a eu un très petit nombre d'éclopés aux 
manœuvres impériales de 1907 et de 1908. Peu instruit 
en général, il manque parfois d'initiative ; mais c'est un 
excellent « soldatenmaterial », comme disent les Alle- 
mands, solide, dévoué, discipliné. 



AUTRICHE ET ITALIE. 45 

La situation est moins bonne au premier échelon de 
la hiérarchie militaire, le sous-officier, puisqu'en Au- 
triche-Hongrie le caporal est sous-officier. Dans l'armée 
austro-hongroise, comme dans les autres armées, la 
réduction du temps de service a conduit à rechercher le 
nombre des sous-officiers rengagés. Mais ils n'ont pas 
répondu à l'appel qui leur était fait; 23,000 sous-offi- 
ciers seulement sont rengagés, — moins de la moitié du 
nombre total des sous-officiers (1). 

Il faut attribuer ce résultat à la situation matérielle, 
qui est peu brillante. Le sous-officier vit généralement à 
l'ordinaire. Sa solde est faible : pour un sergent-major, 
70 francs au plus par mois, haute paye comprise. Il n'a 
pas de pension proportionnelle, mais simplement, lors- 
qu'il quitte Tarmée, une prime de libération une fois 
payée : 1,100 francs à douze ans de service. A dix-huit 
ans de service seulement, il reçoit une pension d'invali- 
dité, de 260 francs en moyenne. A partir de douze ans, 
il peut prétendre à un emploi civil, mais il n'a pas la 
certitude de Tobtenir. 

L'autorité militaire vient de relever la prime de libé- 
ration et les hautes payes mensuelles. Elle veut orgaui- 
ser, dans chaque corps d'armée, une sorte d'agence de 
placement, intermédiaire entre les administratioos, pri- 
vées ou publiques, et les sous-officiers titulaires du cer- 
tificat d'aptitude à un emploi civil. Des essais de cours, 
dans les garnisons, pour les sous-officiers candidats aux 
emplois civils, ont été faits, mais ils n'ont pas abouti, 
par suite des difficultés d'organisation, de la multipli- 
cité des langues et du faible développement de l'instruc- 



(t) Sous-officiers servant nu delà de la durée légale : 
Autriche-Hongrie : 23,000 sur un effectif total de 33,000 sous-offi- 
ciers (caporaux compris). 

Allemagne : 82,000 environ, sur un effectif total de 84,000 sous- 
officiers (caporaux compris). 



16 AUTRICHE ET ITALIE. 

tion publique dans certaines régions de la monarchie. 
Jusqu'à présent, les efforts n'ont pas produit les résul- 
tats cherchés. Une diminution s'est même manifestée 
en 1907, pour la première fois depuis de longues 
années, de 230 sous-officiers dans le cadre des rengagés. 
En 1908, cette diminution a doublé. Il y a donc eu, en 
deux ans, un déficit de 600 sous-officiers rengagés. 
L'encadrement inférieur reste insuffisant. 

« Encore aujourd'hui, dit le Pester Lloyd, l'officier 
subalterne est obligé de diriger absolument seul l'ins- 
truction de détail dans toutes ses branches ; même dans 
les parties purement pratiques de l'instruction et pour 
les plus petits détails de l'éducation du soldat, l'officier 
doit recourir au concours du sous-officier. » 

Les conditions de la guerre moderne grandissent au 
combat le rôle du sous-officier rengagé. Autrefois simple 
subordonné, simple « serre-file », il devient aujourd'hui, 
sur le champ de bataille, un véritable chef. Il est le 
remplaçant éventuel de l'officier mis hors de combat. 
Les modifications fréquentes du matériel — fusil ou 
canon, — la réduction de la durée de service, rendent 
plus difficile sa mission d'instructeur en temps de paix. 
Il faut donc améliorer sa situation matérielle et morale, 
pendant son service militaire et aussi au moment de sa 
libération. En Autriche-Hongrie, plus encore peut-être 
qu'ailleurs, un corps nombreux et solide de sous-offi- 
ciers rengagés est nécessaire, pour aider les officiers 
dans le commandement de races aussi diverses. Malgré 
les efforts de l'autorité militaire, la question des sous- 
officiers reste, comme l'a écrit un journal autrichien, 
(( un des côtés faibles de l'armée austro-hongroise (1) ». 



(I) VeJctle, 5 septembre 1903. 



V 

L'officier. 

Spécialisé dans une des trois armées de l'Empire, 
armée commune, landwehr, honved, l'officier ne peut 
en sortir sans son consentement ni la décision impé- 
riale. Les généraux et les officiers d'état-major, seuls, 
peuvent servir indifféremment dans les trois armées 
austro-hongroises. La communauté d'origine semble 
préoccuper fort peu l'administration de la Guerre ; on a 
admis, pour les officiers, quatre sources différentes de 
recrutement. La majorité des officiers sort, vers vingt 
ans, des écoles de cadets. Après un temps variable, le 
cadet est nommé leutnant (sous-lieutenant). Un petit 
nombre des officiers provient des académies militaires. 
Ils en sortent à 22 ans environ, et sont nommés tout 
de suite sous-lieutenants. Quelques sous-lieutenants 
sont des officiers de réserve mis en activité (1). Enfin 
une très faible proportion, 0,05 p. 100, est constituée 
par des jeunes gens qui ont passé directement l'examen 
de cadet sans faire partie de l'armée. Sauf pour les offi- 
ciers d'approvisionnement et les comptables des corps 
de troupes, qui forment, en Autriche-Hongrie, des corps 
spéciaux, il n'existe donc, pour les officiers, aucun 
recrutement par la troupe, avec laquelle le candidat 
officier n'a pas eu de contact avant sa nomination au 
grade de sous-lieutenant. 



(1) Ce recrutement spécial est arrêté depuis 1907 en fait, mais non 
en droit. 

2 



18 AUTRICHE ET ITALIE. 

Dès son jeune âge, — 16 ans en moyenne, pour 
l'entrée dans les écoles de cadets, 11 pour l'admission 
aux (( écoles réaies » militaires, qui préparent aux aca- 
démies militaires, — le futur officier vit à part, dans 
l'ignorance de la vie sociale. Cet isolement, qui serait 
ailleurs un inconvénient des plus graves, est un avan- 
tage dans un pays aussi divisé. Le corps d'officiers est 
ainsi dressé dès sa jeunesse à l'indifférence envers le 
particularisme de race. En outre, presque tous les offi- 
ciers sont issus du même milieu social, la petite bour- 
geoisie. Plus de la moitié sont fils de fonctionnaires ou 
de militaires, et acquièrent dans leur famille, avant 
d'être officiers, un esprit de dévouement à la monarchie. 
Enfin, la majorité — les trois quarts — sont Autrichiens. 
Si la communauté d'origine n'existe pas au sens strict 
du mot, toutes ces conditions concourent néanmoins à 
donner une réelle unité au corps d'officiers austro- 
hongrois. De grade à grade, les relations sont cordiales. 
La discipline est bienveillante, « gemiitlich ». Les tarifs 
de punitions sont moins élevés qu'en France. La non- 
activité n'existe pas ; mais, lorsque la conduite d'un 
officier compromet sa dignité, il est purement et simple- 
ment renvoyé de l'armée, après comparution devant un 
conseil d'honneur. 

Intermédiaire entre les systèmes français et allemand, 
le système austro-hongrois d'avancement comporte 
l'ancienneté jusqu'au grade de capitaine inclus ; le 
choix (1/5) et l'ancienneté (4/5) pour le grade de com- 
mandant et de lieutenant-colonel ; l'ancienneté par 
sélection pour ceux de colonel et de général de brigade ; 
le choix seul, pour les emplois de commandant de régi- 
ment et d'unité supérieure et pour les grades plus élevés 
que celui de général de brigade. C'est, en résumé, l'avan- 
cement à l'ancienneté par sélection, mais l'officier omis 
n'est pas, comme en Allemagne, moralement obligé de 
prendre sa retraite ; la plupart du temps, il entre dans 



AUTRICHE ET ITALIE, 49 

l'Armeestand, cadre d'emplois sédentaires réservés aux 
officiers fatigués. 

De même qu'en Allemagne, le grade, dont l'officier 
est propriétaire, est distinct de l'emploi. Nombre de 
bataillons sont commandés par des lieutenants-colonels, 
quelques-uns par des colonels. Dans les conditions les 
plus favorables , l'officier de troupe n'atteint qu'à 
55 ans le grade de colonel (1). Il peut arriver général 
de brigade, mais difficilement général de division. Les 
hauts grades sont, à part quelques exceptions, l'apanage 
des officiers d'état-major, nommés capitaines à 31 ans 
et ne restant que neuf ans dans ce grade au lieu de 
treize ; dans le grade de major, ils gagnent en moyenne 
un an sur leurs camarades et sont promus colonels 
entre 40 et 49 ans. 

Une première mesure a été prise en 1907 pour amé- 
liorer l'avancement des officiers de troupe. De nouveaux 
emplois d'officiers supérieurs, — un par régiment d'in- 
fanterie et de cavalerie, — ont été créés et cette création 
a été compensée par la suppression d'emplois de capi- 
taine, lieutenant et sous-lieutenant. En outre, reffectif 
des écoles de cadets a été réduit de 1,118 élèves. Malgré 
tout, comme dans la plupart des autres armées, l'avan- 
cement reste très lent. De même qu'en Allemagne, il 
n'existe pas de limite d'âge correspondant au grade. 
A quarante ans de service ou 60 ans d'âge, l'officier 
peut avoir une pension de retraite. A partir de dix ans 
de service, il peut obtenir une pension pour cause de 



(J) D'après les dernières nominations, le temps moyen passé dans 
chaque grade par l'officier de troupe est le suivant : 

Sous-lieutenant. ... 7 ans. 

Lieutenant 10 — 

Capitaine 13 — 

Commandant S — Général de division, 



Lieutenant-colonel. . 3 ans. 

Colonel 6 — 

Général de brigade. . 4 ■ — 



20 AUTRICHE ET ITALIE. 

maladie. La solde a été augmentée en 1908 ; elle est, 
encore maintenant, un peu plus faible qu'en France. 

A certains points de vue, l'officier austro-hongrois a 
plus de liberté d'existence que l'officier français; il 
peut, soit disposer d'un soldat-ordonnance, soit perce- 
voir une indemnité de 17 francs par mois, et il n'est 
astreint au repas en commun au mess que pour le déjeu- 
ner. Sous d'autres rapports, il est beaucoup moins libre. 
Le mariage est étroitement réglementé. Le nombre des 
officiers mariés ne peut, sauf pour les colonels et les 
généraux, dépasser une certaine proportion, et cette pro- 
portion varie suivant la situation militaire de l'officier. 
Dans quelques emplois, le mariage est absolument 
interdit (1). 

Par rapport à l'officier français, l'officier austro-hon- 
grois attend donc un peu plus longtemps le grade de 
capitaine, reçoit une solde un peu plus faible, une 
retraite plus tardive et est assujetti pour se marier à des 
règles beaucoup plus étroites. Par contre, il peut recou- 
rir à de nombreuses institutions régimentaires de secours 
mutuels ; les pensions pour lui, sa veuve ou ses orphe- 
lins, sont plus élevées, et, s'il est malade, il est assuré, 
dès dix ans de service, d'une pension viagère. 

Il peut écrire sous son nom, sans autorisation préala- 



(1) Ua nouveau règlement, paru en 1907, a élargi les limites fixées 
antérieurement, mais, encore aujourd'hui, dans l'armée commune, le 
nombre des officiers mariés ne peut être de plus de la moitié, dans les 
états-majors et les corps de troupes; des deux tiers, dans certains ser- 
vices; du cinquième, pour les stagiaires d'état-major. Le mariage est 
interdit aux élèves de l'École de guerre, de l'École de cavalerie, de 
l'École d'application du Service de santé, aux candidats à la Justice 
militaire, aux officiers de l'escadron et de la compagnie des gardes du 
corps. 

De plus une caution (dot réglementaire), variable suivant le grade, 
doit être constituée en valeurs nominatives; celles-ci ne peuvent être 
déplacées sans l'autorisation du Ministre. 



AUTRICHE ET ITALIE. 21 

ble, dans un journal ou une revue non politique, ou 
faire paraître un volume en ii.brairie ; il peut même 
exercer les fonctions de directeur ou de rédacteur d'un 
périodique non politique ; mais il est dépourvu de tous 
droits politiques et n'est ni électeur, ni éligible, même 
en congé sans solde. 

Sa situation sociale n'est pas comparable à celle de 
l'officier allemand. Dans la société, il jouit cependant de 
l'estime générale. Astreint au port constant de l'uni- 
forme et du sabre, il peut entrer à la Cour sans invita- 
tion. Le peuple ne le hait pas, parce que la discipline 
austro-hoDgroise est bienveillante, que la vie de l'offi- 
cier, issu d'un milieu presque toujours fort simple, est 
elle-même dépourvue d'ostentation, parce qu'enfin les 
dissentiments sociaux sont peu développés en Autriche- 
Hongrie. L'officier austro-hongrois est très consciencieux, 
très dévoué à l'Empereur. Une origine, une formation 
intellectuelle presque identiques dès la jeunesse assu- 
rent au corps d'officiers de l'armée commune une véri- 
table unité. 



VI 

L 'état-major. — Le haut commandement. 

Entre les trois armées qui constituent les forces mili- 
taires de la monarchie, l'état -major est le seul lien 
commun. Sa désignation officielle est : « Etat-major pour 
l'ensemble de la force armée ». Recruté parmi les offi- 
ciers des trois armées, c'est un corps fermé, sous la 
direction du « chef d'état-major pour l'ensemble de 
la force armée )), qui a une situation toute particulière. 
Aide du Ministre austro-hongrois de la Guerre, il peut 
soumettre directement à l'Empereur, dont il relève sans 
intermédiaire, ses demandes et ses propositions au sujet 
de l'ensemble des forces autro-hongroises. 

Le chef d'état-major actuel, le feldzeugmeister Con- 
rad von Hôtzendorf, est un homme jeune, — il a 
S7 ans, — énergique, vigoureux. Très travailleur, il a 
publié, sur des sujets militaires, plusieurs ouvrages 
estimés. Pendant quatre ans, il a été professeur de 
tactique générale à l'Ecole de guerre. 

Dès son arrivée à la tête de l'état-major, en 1906, 
il a manifesté sa volonté d'en améliorer le recru- 
tement et le rendement. Il a fait subir à l'Ecole de 
guerre une réorganisation complète : la durée des cours 
a été portée de deux à trois ans, le nombre des élèves 
réduit de 300 à 140, l'enseignement conçu avec un 
caractère plus pratique, une importance plus grande 
donnée au caractère, — qualités militaires, énergie, 
activité — dans l'appréciation du mérite de chaque offi- 
cier. Aujourd'hui, l'École n'est plus qu'une école d'état- 



AUTRICHE ET ITALIE. 23 

major, où Ton entre à quatre ans au moins de grade 
d'officier, 28 ans d'âge au plus, après un examen 
en principe non renouvelable. Un examen éliminatoire 
est passé à la fin de chaque année. Après un temps 
variable, — deux ans et demi à trois ans — comme 
stagiaire d'état-major, l'officier est nommé capitaine 
d'état-major, à condition qu'il ait obtenu, à l'Ecole de 
guerre et pendant le stage d'état-major, la mention 
« très bien ». Dès lors, il fait partie du corps d'état- 
major, et ne rentre plus dans la troupe que pour deux 
périodes, l'une comme capitaine, l'autre comme officier 
supérieur. Il n'avance qu'à l'ancienneté, mais en raison 
de la proportion entre les différents grades, cette 
ancienneté est très avantageuse, et il est probable qu'avec 
le règlement de 1907 sur l'avancement, comme autre- 
fois, les officiers d'état-major pourront, presque seuls, 
accéder aux grades élevés. 

Or les officiers d'état-major se recrutent parmi les 
jeunes lieutenants ou sous-lieutenants âgés de 28 ans 
au plus, et l'examen d'entrée à l'École de guerre n'est 
pas renouvelable, en principe du moins. Le choix qui 
avantage un officier pour toute sa vie militaire, s'exerce 
donc au début de la carrière, lorsque l'officier n'a géné- 
ralement pas pu prouver toute sa valeur. Cet inconvé- 
nient peut être grave. L'admission directe, après 
examen, dans le corps d'état-major, avec le grade de 
commandant, de capitaine provenant de la troupe, 
pourra être un palliatif à la rigidité du système. 

Les réformes du général Conrad von Hôtzendorf, pour 
le service des officiers d'état-major, sont entrées en 
vigueur sur-le-champ. L'ordre de prise de fonctions du 
nouveau chef d'état-major est caractéristique à ce sujet. 
« Le général Conrad déclare (1) que tout officier d'état- 



(1) Revue des Arm. étr., juillet 1907. 



24 AUTRICHE ET ITALIE. 

major doit monter à cheval au minimum une heure et 
demie en hiver , deux à trois heures dans la bonne 
saison. Les chefs de bureau doivent veiller à ce que les 
officiers sous leurs ordres soient convenablement mon- 
tés ; ils en sont rendus responsables. Pour que l'officier 
puisse, en outre, consacrer quelques heures à des tra- 
vaux personnels, ainsi qu'à d'autres exercices physiques 
— l'escrime notamment — il ne faut pas que, normale- 
ment, les heures de bureau dépassent un total de cinq 
heures. Mais elles doivent être employées à un travail 
intensif et toutes les formalités, toute la correspondance, 
non strictement indispensables, doivent être suppri- 
mées. De plus, trois à quatre fois par an, les officiers 
d'état-major doivent participer à des exercices ou 
manœuvres d'une unité de leur arme d'origine, avec 
un commandement de leur grade. Enfin, pour obliger 
les officiers à se maintenir en bonnes conditions d'en- 
trainement, et pour avoir la mesure de leur endurance, 
chaque année, dans la bonne saison, chaque chef d'état- 
major et chaque chef d'un des bureaux de l'état-major 
général devra, avec tout son personnel, accomplir une 
reconnaissance à cheval comportant quatre jours de 
marche avec un minimum de 60 kilomètres par jour. » 
Le haut commandement, s'il comprend quelques 
généraux âgés, compte aussi quelques chefs très jeunes, 
presque tous membres de la famille impériale. L'âge 
moyen ne dépasse pas, en 4 908, 61 ans pour les comman- 
dants de corps d'armée. C'est à peu près le même qu'en 
Allemagne, où une statistique récente le fixait entre 
58 et 64 ans (1). Au-dessus des commandants de corps, 
trois <( inspecteurs généraux des troupes » dépendent 
directement de l'Empereur. Ils sont probablement desti- 
nés à être placés à la tête d'armées en temps de guerre : 



(I) France militaire, novembre 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. 25 

l'un a 70 ans, l'autre 66 ans, le troisième, Farchiduc 
Eugène, n'en a que 4S. 

* 

En résumé, si l'armée austro-hongroise présente cer- 
tains défauts, dont plusieurs tiennent à son état politique, 
— manque d'homogénéité, mobilisation et concentration 
assez lentes, effectifs de paix des landwehrs insuffisants 
pour une instruction intensive, nombre trop faible des 
sous-officiers rengagés, état-major encore un peu éloigné 
de la troupe, — elle renferme d'excellents éléments, 
possède plusieurs généraux de valeur, un chef d'état- 
major de premier ordre, et peut, en campagne, mobiliser 
des effectifs nombreux. 

Dans les deux ou trois dernières années, l'armée 
austro-hongroise a fait des progrès importants. Elle 
constitue aujourd'hui une force sérieuse, grâce surtout à 
la discipline des soldats et à l'unité du corps d'officiers. 
Le plus grave danger pour elle est le séparatisme hon- 
grois : la scission entre la partie hongroise et la partie 
autrichienne de l'armée commune ferait de l'armée 
austro-hongroise deux armées complètements distinctes, 
autrichienne d'un côté, hongroise de l'autre. La force 
militaire de l'Empire subirait, de ce fait, une diminution 
certaine. 



Frojt re Ai sir /tah 




LA FRONTIÈRE ITALIENNE 

ET L'ADRIATIQUE 



I 

La frontière au stro- italienne. 

Depuis cinq ans, l'Autriche améliore constamment 
sa situation militaire dans le Sud-Ouest de l'Empire. 

D'une façon lente mais ininterrompue, elle renforce 
les troupes de la frontière italienne ou des côtes adria- 
tiques. Elle spécialise certains bataillons pour la guerre 
dans les Alpes. Les fortifications sont améliorées. De 
nouveaux forts, de nouvelles voies ferrées se cons- 
truisent. Des manœuvres permettent, presque chaque 
année, d'éprouver l'organisation militaire de la frontière 
ou des côtes et d'en corriger les imperfections. 

(( Il n'est nullement exact, a déclaré, en juillet 1907, le 
Berliner-Tagblatt^ d'après une information de bonne 
source (1), que, comme l'affirment les journaux italiens, 
les armements de l'Autriche constituent une menace ; 
dans le régime actuel de paix armée, cet état est tout à 
fait normal ; le pessimisme et la malveillance peuvent 
seuls voir dans ce fait une menace. » Cependant, le Militàr- 



(1) Cité par la Neue Freie Presse, de Vienne, le 16 juillet 1907. 



28 AUTRICHE ET ITALIE. 

Wochenblatt, de Berlin, fait ressortir (1) que le vote par 
le Parlement italien, au mois de juin 1907, de crédits 
extraordinaires pour les fortifications du Nord-Est, « té- 
moigne de nouveau de Finquiétude des milieux militaires 
italiens de voir la Yénétie presque sans défense dans le cas 
d'une guerre toujours possible entre l'Italie et TAutriche- 
Hongrie, et de leur crainte de laisser cette province 
tomber, sans coup férir, entre les mains des troupes au- 
trichiennes. De son côté, ajoute le journal allemand, 
l'Autriche cherche à compléter rapidement l'organisation 
de ses corps de montagne, créés en 1906, pour avoir 
une troupe analogue aux excellents alpins italiens. » 

Si, comme le dit le Berliner-Tagblatty les armements 
autrichiens ne sont pas une menace, ils sont tout au 
moins une précaution . 

* * 

De la Suisse aux Alpes Juliennes près de Tarvis, la 
frontière austro-italienne court à travers une zone mon- 
tagneuse où l'altitude varie entre 3,500 et 2,500 mètres. 
Les vallées, sauf celle de l'Adige, se prêtent peu aux 
mouvements de troupes nombreuses. Une cinquantaine 
de kilomètres de terrain très accidenté séparent la fron- 
tière de la plaine lombarde ou vénitienne. 

Des Alpes Juliennes au golfe de Trieste, les mon- 
tagnes s'abaissent. Entre Gôritz et Laibach, l'altitude 
moyenne est de 1,000 mètres. De plus, aux environs de 
Yillach, de Klagenfurt, de Laibach, les vallées s'épa- 
nouissent en bassins assez larges, qui offrent des res- 
sources pour la subsistance et le cantonnement d'effectifs 
importants. La moyenne et la basse vallée de l'Isonzo, 
Gôritz, Trieste, ne sont séparés de la frontière que par 



(1) il juillet 1907. 



AUTRICHE ET ITALIE. 29 

des collines peu élevées. Enfin, depuis Canale, sur le 
haut Isonzo, jusqu'à la mer, il n'y a plus de zone mon- 
tagneuse à traverser, au delà delà frontière, en territoire 
italien. 

La nature divise donc cette frontière en deux secteurs 
distincts. Le premier, couvert de hautes montagnes, 
s'étend de la Suisse aux défilés deCarinthie; le second, 
beaucoup moins accidenté, de ces défilés au golfe de 
Trieste. 

Le premier secteur est constitué par le Tyrol méri- 
dional ou Trentin. Vers l'Est, il est relié à la Carinthie 
le long de la frontière vénitienne, par le long couloir du 
Pusterthal, et vers le Nord, au centre de l'Empire, par 
le col du Brenner. 

Sur le front occidental du Trentin, entre le Stelvio et 
la vallée de l'Adige près du lac de Garde, trois routes 
seulement franchissent la frontière, celles du Stelvio, du 
Tonale, des Giudicaria, Entre elles, les glaciers de 
rOrtler, de l'Adamello, rendent l'accès fort difficile. Sur 
le front oriental, entre l'Adige et le col de Kreutzberg, 
le terrain est plus praticable. Les altitudes sont moins 
élevées, les routes plus nombreuses, en particulier dans 
les Alpes Dolomitiques, entre la Piave, le Pusterthal et 
l'Adige. Dans la région de Cortina d'Ampezzo conver- 
gent les routes qui relient ces trois vallées. 

Au Sud du Trentin, la vallée de l'Adige, fertile, large, 
en certains endroits, de plus de 4 kilomètres, pénètre 
au cœur même du Tyrol. De tout temps, elle a joué un 
rôle considérable. Elle conduit à Trente, un des objectifs 
de l'irrédentisme italien. 

Entre le col de Kreutzberg et celui de Tarvis, les Alpes 
Carniques élèvent une barrière haute de 2,000 à 
2,500 mètres. Elle n'est, actuellement encore, traversée 
par aucune route carrossable. 

Au Sud des défilés de Carinthie — cols de Tarvis et 
de Predil — la vallée de l'Isonzo longe, du côté autri- 



30 AUTRICHE ET ITALIE. 

chien, la frontière de très près. Si l'altitude de celle-ci 
ne descend guère au-dessous de 1,600 mètres jusqu'aux 
environs de Tolmein, au Sud de ce point, elle diminue 
très vite. A hauteur d'Udine, elle n'est plus que de 
800 mètres, Près de Gôritz, le pays est complètement 
plat. Là, six routes traversent la plaine, entre l'Au- 
triche et l'Italie, sur un front Nord-Sud de 30 kilo- 
mètres. 

Cette partie de la zone frontière est celle qui est la 
plus favorable aux mouvements de masses nombreuses. 

Isolé du reste de la monarchie par des montagnes 
hautes de plus de 3,000 mètres, le Tyrol est, par rap- 
port à l'Autriche-Hongrie « ce que les extrémités sont 
pour le corps humain. A l'exception d'un étranglement 
en forme de col, qui, mesuré à vol d'oiseau, compte seu- 
lement 100 kilomètres entre Berchtesgaden, à la fron- 
tière allemande, et le col de Plôcken, dans les Alpes 
Carniques, il est partout entouré de pays étrangers. Cet 
étranglement est le seul lien du Tyrol avec les autres 
États de la couronne. A travers cette sorte d'isthme 
passent les deux principales artères du Tyrol : au Nord, 
la voie ferrée et la route qui empruntent la vallée de la 
Salza et, par le col de Thura, la basse vallée de l'Inn ; 
au Sud la voie ferrée et la route qui, par la vallée de la 
Drave et le Pusterthal, établissent la liaison avec l'inté- 
rieur de l'Autriche. Entre ces deux communications de 
fond de vallée, s'élèvent des massifs de hautes monta- 
gnes, difficilement franchissables (1). » 

L'Autriche pourrait, à la rigueur, utiliser une troi- 
sième voie ferrée, celle qui passe sur le territoire alle- 
mand, entre Salzbourg etKufstein, par Rosenheim, mais 
les deux voies ferrées de la Salza et du Pusterthal sont 
les seules sur lesquelles elle puisse compter d'une façon 



(1) Alilitdr Zeitung, 22 et 30 juillet J906. 



AUTRICHE ET ITALIE. 34 

certaine pour amener dans le Trentin, en temps de 
guerre, les troupes, les munitions, les vivres, le matériel 
nécessaires. 

Or, si, dans le cas de difficultés avec l'Italie, la voie 
de la Salza est absolument à l'abri de toute tentative, il 
n'en est pas de même de celle du Pusterthal. Celle-ci est 
très proche de la frontière italienne, — 10 kilomètres l'en 
séparent entre Toblach et Innichen. Elle est, par suite, 
très exposée aux surprises, qui peuvent couper brus- 
quement une des deux lignes de ravitaillement du 
Tyrol. 

Le tracé de la frontière, après la guerre de 1866, a 
porté ainsi les Italiens à très petite distance d'une des 
deux « artères » du Tyrol. La situation serait donc assez 
délicate pour la défense de ce pays, relié au reste de la 
monarchie par une seule ligne ferrée sûre, si, par contre, 
ce tracé ne procurait à l'Autriche certains avantages sur 
son voisin du Sud. 

Suivant l'expression d'un député italien, la forme enve- 
loppante de la frontière méridionale autrichienne enfonce 
le Trentin « comme une dent au cœur même des chairs 
italiennes». De plus, la possession par l'Autriche des 
cols et des vallées supérieures les plus importantes du 
versant italien, Chiese, lac de Garde, val Sugana, val 
d'Ampezzo, etc. . . , rend bien difficile une attaque italienne 
dans la direction de Laibach par Gôritz ou de Klagenfurt 
par Tarvis, si elle conserve, sur son flanc gauche, 
la menace des troupes du Tyrol. 

Si l'Italie a, par la guerre de 1866, acquis la Vénétie, 
le tracé de la nouvelle frontière lui a donné moins d'avan- 
tages qu'à l'Autriche. 

D'une part, la défense de la zone alpine italienne est 
plus délicate à organiser, puisque l'x^utriche occupe dès 
le temps de paix, la tête des vallées principales. 

De l'autre, les obstacles naturels du terrain, la forme 
de la frontière, entre la Suisse et les défilés de Garinthie, 



32 AUTRICHE ET ITALIE. 

permettent à l'Autriche d'économiser ses forces dans ce 
secteur, pour reporter la masse de ses troupes sur 
risonzo et, là, prendre une offensive énergique, avec 
des corps rassemblés sur un terrain peu étendu et de 
parcours facile. 



^Jt""^'^^''"'''^'"-/"! 



5î« HS CORPS AUTRICHIENS 




II 



Les préparatifs autrichiens. — Les troupes. 

Deux corps d'armée, le 14^ (Innsbrûck) et le 3® (Graz) 
bordent la frontière italienne. La défense des côtes est 
assurée, en Istrie, par une partie du 3® corps, en Dalma- 
tie, jusqu'à la frontière monténégrine, parles troupes du 
« commandement militaire de Zara ». Celles-ci repré- 
sentent à peu près la valeur d'une division mixte. 

En 1902, les corps de la frontière ou des côtes compre- 
naient : 

96 bataillons; 

27 escadrons; 

48 batteries; 

11 compagnies de pionniers ; 

14 escadrons du train (1). 

Les premières augmentations d'effectifs datent de 1903. 
Mais on créa seulement, au cours de cette année, dans le 



(1) 



14e corps 

3« corps 

Division de Dalmalie. 



ÎATAIL- 

LONS. 



ESCA- 
DRONS. 



BATTERIES 



de mon- 
tagne. 



de forte- 
resse. 



COMPA- 
GNIES 

de pion- 
niers. 



ES- 
CADRONS 
du 
train. 



{Dislokation und Einteilung des K. u, K. Heeres. 
der Dislokation). 



Uebersichtskarte 



34 AUTRICHE ET ITALIE. 

Tyrol et en Carinthie, un escadron du train et cinq cadres 
de batteries de montagne. Ce ne fut qu'à partir de 1904 
que Ton put observer nettement l'exécution d'un plan, 
progressif et continu, destiné à renforcer les 3®, 14® corps 
et la division de Dalmatie (1). 

Par suite de formations nouvelles ou d'envois de 
troupes prélevées sur les corps de l'intérieur ou de la 
Galicie, les corps de la frontière italienne et des côtes 
adriatiques ont reçu, du 1" janvier 1904 au 1^^ jan- 
vier 1908: 

En 1904 : 3 bataillons, 2 batteries de forteresse, 2 escadrons du 
train ; 

En 190o : 6 bataillons, 4 batteries de campagne; 

En J906 : 6 bataillons, 1 escadron de cavalerie; 

En 1907 : 2 bataillons, 3 batteries (2 de campagne, 1 de forte- 
resse), 13 détachements-cadres de mitrailleuses, 

soit, en chiffres ronds, 12,000 hommes, si les effectifs 
sont calculés d'après les chiffres indiqués par le capitaine 
autrichien Yeltzé dans son Armee-Ahnanach de 1908 (2). 



(1) Les renseignements relatifs aux mouvements de troupes ou aux 
créations de nouvelles unités sont extraits du Verordnungsblatt austro- 
hongrois, de la Dislokation und Einteihmg des K. u. K. Heeres, publi- 
cation autrichienne semestrielle, des LôbcWs Jahreshcrichte, publication 
allemande annuelle, du Militàr-Wochenhlatt , journal allemand tri- 
hebdomadaire, etc. 

armée commune. Landwehr. 

(2) Compagnie d'infanterie, de chasseurs, de 

chasseurs tyroliens 97 65 

Compagnie d'alpins » 137 

Escadron de cavalerie 171 69-78 

Batterie de campagne 100 100 

— de montagne 82 » 

— de forteresse 102 ;> 

Compagnie de pionniers 102 » 

Escadron du train 30 » 

Cadre pour escadron du train de montagne ... 16 » 



AUTRICHE ET ITALIH:. • oô 

A la fin de 1907, les unités stationnées sur la frontière 
ou sur les côtes formaient un total de : 

113 bataillons; 
28 escadrons; 

62 batteries, dont 5 batteries-cadres ; 
13 détachements-cadres de mitrailleuses; 
11 compagnies de pionniers; 
17 escadrons du train. 

En 1908, loin de se ralentir, le mouvement qui, 
depuis quatre années, transportait dans le Tyrol ou en 
Carinthie des troupes de l'intérieur ou de la Galicie,aété 
d'une importance particulière. En un an, TAutriche a 
renforcé de 8,000 hommes ses corps de la frontière. 

Au mois de mars, un deuxième escadron de tirailleurs 
montés a été créé en Dalmatie, avec un état-major de 
division et un cadre de dépôt ; 28 détachements de 
mitrailleuses, 17 à 2, 11 à 4 pièces, ont été formés (1). 

Au mois d'avril, une nouvelle organisation de Fartil- 
lerie de campagne et de montagne, a entraîné la trans- 
formation des 5 batteries-cadres existantes en 5 batteries 
complètes (2) et la constitution de 6 nouvelles batteries 
de montagne (3). 

Comme le contingent de recrues n'a pas été augmenté, 
l'effectif des batteries de campagne des corps d'armée, 
autres que les 3^ et 4^, a été réduit en 1908, pour per- 
mettre de former toutes les batteries de montagne, dès 
le mois d'avril, avec tout leur personnel. 

A la même époque, un troisième régiment de cavalerie 
a été affecté au 14® corps : le 6® dragons, qui, en temps 



(1) 15 au 4*^ corps, 12 au 3^ 1 en Dalmatie; dans ces 28 détache- 
ments sont compris les 13 détachements-cadres déjà existants. 

(2) 3 de montagne; 2 montées, à voie étroite, armées eu obusiers de 
104 millimètres. 

(3) 4 au 14" corps, 1 au 3s 1 en Dalmatie. 



36 



AUTRICHE ET ITALIE. 



de paix, fait partie de la division de cavalerie de 
Vienne. 

Lors des changements de garnison du printemps, 
exécutés en avril, 6 bataillons, 6 escadrons, 14 batteries 
de forteresse, 4 compagnies de pionniers sont venus 
renforcer les 3®, 14® corps et la division deDalmatie (1). 
En une seule fois, l'effectif lentement envoyé dans la 
région-frontière depuis quatre ans, était accru de 
5,400 hommes — près de la moitié de l'augmentation 
réalisée de 1903 à 1908. 

Les renforts dirigés sur le Sud-Ouest de l'Empire pro- 
venaient, pour la plupart, de la Galicie. Les garnisons 
de cette province ont perdu, au mois d'avril 1908 : 

1 état-major de division de cavalerie; 

1 état-major de brigade de cavalerie; 

5 bataillons; 

6 escadrons; 

8 batteries de forteresse ; 

2 compagnies de pionniers. 

Depuis les premiers mois de 1904, 10,000 hommes 
ont été ainsi retirés de la frontière russe. 

Dans ces changements de garnison, il convient de 
noter surtout l'augmentation sérieuse (2) des effectifs de 
couverture, déjà fort élevés, dans la vallée de l'Isonzo, 
entre les défilés de Garinthie et la mer, — en même 
temps que l'accroissement considérable de l'artillerie de 



(1) — 


liATAlLLONS. 


ESCADRONS. 


BATTERIES 

de 
forteresse. 


COMPAGNIES 

de 

pionniers. 


14e corps 

3e corps.. 


1 

5 


6 


4 
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2 


1 

■A 

» 


Division de JJalmalie 



(2) 3 bataillons, 3 escadrons, 2 compagnies de pionniers. 



AUTRICHE ET ITALIE. 37 

forteresse dans les places voisines de la frontière, — 
Trente, Riva, — et dans les ports de guerre, — Pola, 
Cattaro (1). 

L'envoi d'un régiment de cavalerie sur l'Isonzo, à 
l'extrême frontière, est particulièrement significatif. La 
revue autrichienne Kavalleristische Monatshefte a appré- 
cié cette mesure en ces termes (2) : « A partir de 1905, 
la poussée vers le Sud se fit sentir aussi pour la cavalerie, 
bien que naturellement en de moins grandes proportions 
que pour les chasseurs et l'artillerie de forteresse. 
D'abord, la Slavonie rentra en possession de son an- 
cienne garnison, avec l'état-major à Mitrowitz En 

1908, un état-major de régiment a été placé à Goritz, où 
il n'y en avait jamais eu. Le nombre des régiments de 
cavalerie dans la région alpine méridionale était seule- 
ment de deux depuis 1868. Désormais, il sera de trois. 
C'est une preuve éminemment convaincante de l'aggra- 
vation du danger d'une guerre dans le Sud. » 

Au mois d'octobre, 2 nouvelles batteries montées 
(obusiers de 104 millimètres) de landwehr ont été créées, 
l'une au 14®, l'autre au 3* corps. 

Enfin, au cours de décembre 1908 et de janvier 1909, 
un détachement de 2 mitrailleuses a été formé dans 
chaque régiment d'infanterie ou de chasseurs tyroliens, 
et dans chaque bataillon de chasseurs de l'armée com- 
mune (3). Cette mesure n'a pas élevé l'effectif stationné 
sur la frontière et sur les côtes. Les hommes nécessaires 
à la constitution de ces nouvelles unités ont été, en effet, 
pris dans les compagnies d'infanterie, puisque le Gou- 



(1) Riva, 3 batteries au lieu de 1; Trente, 6 au lieu de 4; Pola, 
16 au lieu de 8; Cattaro, 8 au lieu de 6. 

(2) Dans son numéro de septembre 1908. 

(3) Le 22® régiment d'infanterie qui, en Dalmatie, forme 2 groupes 
de 2 bataillons, a reçu 2 détachements de mitrailleuses. 



38 



AUTRICHE ET ITALIE. 



vernement austro-hongrois n'a pu obtenir du Parlement 
l'augmentation du contingent. Par contre, le nombre des 
détachements de mitrailleuses des 14^, 3® corps et de la 
division de Dalmatie a été accru de 21, — c'est-à-dire 
de 42 mitrailleuses (1). 

Cette mesure a été, en même temps, étendue aux 
régiments de la landwehr. Jusqu'à la fin de 1908, les 
11 bataillons alpins de la landwehr possédaient seuls 
des mitrailleuses. L'afiPectation d'un détachement de 
2 mitrailleuses à chaque régiment de landwehr augmente 
de 8 le nombre des détachements en garnison sur la 
frontière italienne ou sur les côtes (2). 

En résumé, les corps de la frontière italienne ou des 
côtes adriatiques ont, en 1908, reçu de nombreuses 
troupes, formations nouvelles ou unités envoyées des 
autres corps d'armée (3). 

Le total des renforts, depuis le i^^ janvier 1904, c'est- 
à-dire en cinq ans, se monte ainsi à 20,000 hommes de 
troupes actives : 



(1) 8 détachements au 14^ corps, iO au 3^ corps, 3 en Dalmatie. 

(2) 2 détachements au '14® corps, 4 au 3° corps, 2 en Dalmatie. 



(3) 



/ Un état-major de division. . . 

[ Un escadron dalmate 

l Un cadre de dépôt 

For- 1 57 détaciiements de raitrail- 

mations / Jeuses 

nou- 1 / i) de montagne 

velles. I l 2 montées, à voie 

Kof»û ] étroite (obusiers 
''f f ] de montagne) . . 
"*'^- (2 montées (iand- 

\. wehr) 

Changements de garnison du printemps. 
Affectation au Uc corps d'un nouveau 

régiment de cavalerie 

Totaux 



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1 


BATTERIES 


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14 


57 


5 


7,6.50 



3î Corps .^, 




AUTRICHE ET ITALIE. 



39 



23 bataillons; 

14 escadrons ; 

36 batteries (Il de montagne, 8 de campagne, 17 de forteresse) ; 

57 détachements de mitrailleuses (46 à 2, 11 à 4 pièces) ; 

5 compagnies de pionniers ; 

2 escadrons du train. 

Il est surtout intéressant de constater l'effort accompli 
par l'Autriche en 1908. Par rapport à celui des quatre 
années précédentes, il est considérable (1). 

La formation des nouvelles unités, l'arrivée de celles 
qui provenaient d'autres régions, ont entraîné une répar- 
tition nouvelle des troupes à l'intérieur des corps de la 
frontière ou des côtes. 

Elle a eu généralement pour résultat d'augmenter les 
effectifs dans la zone la plus proche de la frontière, ou 
de la mer. 

Dans cette zone, certaines garnisons — Innsbrttck, 
Trente, Riva, Klagenfurt, Gôritz, Trieste, Pola, Gattaro — 
ont été renforcées (2), de nouvelles ont été créées. 





(1) 


BATAIL- 
LONS. 


ESCA- 
DRONS. 


I 

de mon- 
tagne. 


JATTERIEs 

de cam- 
pagne. 


de forte- 
resse. 


DÉTA- 
CHE- 
MENTS 

de 
mitrail- 
leuses. 


COMPA- 
GNIES 
de pion- 
niers. 


ESCA- 
DRONS 

du 
train. 


Renforts en 4 ans 

(1!)04-1907).... 

Renforts en 1908. 


17 
G 


1 


11 


G 
2 


3 
14 


57 


5 


2 


Soit, en plus, en 
1908, par rap- 
port aux tannées 
précédentes 


12 


il 


-' 


H 


57 


5 


» 



(2) Innsbrùck a été augmenté de : 1 bataillon, 3 détachements de 
mitrailleuses, 1 escadron ; Trente, de 2 détachements de mitrailleuses, 
3 compagnies d'artillerie de forteresse, 1 compagnie de pionniers; 
Riva, de 1 détachement de mitrailleuses, 2 compagnies d'artillerie de 
forteresse, 1 compagnie de pionniers ; Klagenfurt, de 1 bataillon , 
3 détachements de mitrailleuses ; Gôritz, de 2 escadrons, 2 détache- 



40 AUTRICHE ET ITALIE. 

Dans le Tyrol méridional, les localités de Tione, Borgo, 
Mezzolombardo, Clés, qui n'avaient pas de garnison en 
1904, ont reçu chacune un bataillon. 

Il en a été de même sur les frontières Nord et Est de 
la Vénétie pour Brilneck, Niederndorf, Innichen (déta- 
chement à Cortina d'Ampezzo), Lienz, Kôtschach, Her- 
magor, Canale (détachement à Tolmein), Gradisca 
Ronchi, Sesana, près de Trieste. 

Une compagnie a été détachée de Cavalese à Predazzo, 
une de Clés à Maie. 

Du col de Stelvio au golfe de Trieste, 18 nouvelles 
garnisons ont été constituées. 

En Istrie les petits ports de Parenzo et de Rovigno ont 
reçu, en 1908, le premier, une, le second trois compa- 
gnies d'infanterie. 

En Dalmatie, Zara, Spalato, Raguse-Gravosa, villes 
ouvertes, ont perdu 4 bataillons sur 7, au profit du port 
de guerre des bouches de Cattaro (3 bataillons) et du 
futur point d'appui de Sebenico (1 bataillon). D'autre part, 
les dépôts des régiments ont été transférés soit dans les 
places fortes de la côte, soit à l'intérieur du pays. Ils 
sont ainsi à l'abri d'un coup de main tenté sur les côtes 
par une flotte ennemie. 

Du Stelvio à Trieste, dans une zone large d'une étape 
— 30 à 3S kilomètres — en deçà de la frontière, la cou- 
verture est assurée aujourd'hui par 26 bataillons, 5 esca- 
drons, 8 batteries de montagne, 4 batteries montées, 
19 détachements de mitrailleuses, 2 compagnies de pion- 
niers, — comme troupes de campagne, — et, — comme 



ments de mitrailleuses, 2 compagnies de pionniers; Trieste, de 
3 bataillons, 3 détachements de mitrailleuses; Pola, de 2 bataillons, 
2 détachements de mitrailleuses, 8 compagnies d'artillerie de forte- 
resse, 1 compagnie de pionniers; Cattaro, de 3 bataillons, 4 détache- 
ments de mitrailleuses, i batterie de montagne, 2 compagnies d'artil- 
lerie de forteresse. 



AUTRICHE ET ITALIE. 4i 

troupes de forteresse, — par 4 compagnies d'artillerie (1) 
et 2 de pionniers. 

A proximité immédiate de cette première ligne, des 
réserves sont massées par groupes de la valeur d'une 
brigade mixte : 

à Trente et environs (30 kilomètres de la frontière) : 

5 bataillons, 1 batterie de montagne, 2 détachements de 
mitrailleuses ; 

dans la haute vallée de 1' Adige (4S kilomètres) : 

6 bataillons, 3 batteries de montagne, 3 détachements de 
mitrailleuses ; 

à Innsbriïck (iOO kilomètres) : 5 bataillons, 3 esca- 
drons, 3 détachements de mitrailleuses ; 

à Klagenfurt (70 kilomètres) ; 6 bataillons, 2 escadrons, 
4 batteries montées, 3 détachements de mitrailleuses ; 

à Laibach (70 kilomètres) : 7 bataillons, 1 escadron, 
4 batteries montées, 2 détachements de mitrailleuses ; 

à Trieste (40 kilomètres) : 8 bataillons, 3 détache- 
ments de mitrailleuses. 

Des compagnies d'artillerie et de pionniers de forte- 
resse sont chargées de la défense de Trente et Franzens- 
feste (2). 

L'augmentation considérable des effectifs dans la zone 
de couverture a nécessité un remaniement de l'organi- 
sation du commandement. 

En juin 1906, Tétat-major de la brigade alpine de 
tirailleurs tyroliens (88^ de landwehr, 14® corps) avait 
déjà été transféré d'Innsbriick, dans le Tyrol septen- 
trional, à Botzen, dans le Trentin. En avril 1907, l'état- 
major de la 36® brigade d'infanterie (3® corps) avait été 
envoyé de Laibach, en Garniole, à Gôritz, sur l'Isonzo. 



(i) Une compagnie correspond à une batterie d'artillerie de forte- 
resse. 

(2) A Trente, 6 compagnies d'artillerie et 1 de pionniers; à Fran- 
zensfeste, 2 compagnies d'artillerie. 



42 AUTRICHE ET ITALIE. 

Au mois d'avril 1908, les états-majors de la 8« division 
et de la 45® brigade d'infanterie ont quitté Innsbrûck 
pour rejoindre à Botzen celui de la brigade de tirailleurs 
tyroliens. Le 14® corps a donc maintenant, dans le Tren- 
tin, un état-major de division et trois états-majors de 
brigade. 

Dans la même région, on a constitué, en 1908, une 
brigade d'artillerie de montagne. Elle comprend les trois 
régiments de cette arme (1) formés au printemps de 
1908. 

Pour mieux assurer l'unité de commandement des 
troupes d'artillerie de forteresse, un état-major de 
brigade a été installé, le 30 avril 1908, à Trente. 

Une nouvelle inspection de pionniers a été créée à 
Linz, dans le 14® corps, .une autre à Graz, dans le 
3® corps. Les deux compagnies de pionniers du 11® ba- 
taillon, venues en avril 1908, de Galicie à Gôritz, ont été 
réunies en demi-bataillon provisoire. 

De plus, la 3® brigade de cavalerie, portée de 2 à 3 
régiments, a cessé de faire partie du 3® corps pour être 
rattachée à la 2® division de cavalerie (2). L'état-major 
de cette division était à Lemberg, sur la frontière russe, 
jusqu'au printemps de 1908. A cette date, il a été trans- 
féré dans l'intérieur de l'Empire, à Presbourg. Trois 
régiments de cette division sont dans la vallée du 
Danube, les trois autres sur l'Isonzo ou en Carniole. Par 
suite, il semble que la division tout entière doive parti- 
ciper à la couverture sur l'Isonzo. 

La situation des corps d'armée autrichiens, sur la 
frontière italienne, est donc aujourd'hui très forte. 
Depuis cinq ans, leur effectif a été très augmenté et leur 
organisation améliorée. 



(1) 2 au 14^ corps, 1 au 3® corps. 

(2) Le numéro de cette division a été publié pour la première fois 
lors des manœuvres impériales de Hongrie en 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. 43 

Sur les côtes de l'Adriatique, il n'y a eu, en 1908, 
d'autre modification organique que le groupement, en 
demi-bataillon provisoire, des deux compagnies de 
pionniers de forteresse de Pola, et la création de deux 
brigades d'artillerie de forteresse, l'une à Pola, l'autre 
à Cattaro. 

Au commencement de l'année 1909, l'organisation des 
14®, 3*^ corps et de la division de Dalmatie est la sui- 
vante (1) : 



(1) 14'^ corps : Innsbrûck. 

3^ division à Linz : 5*^ brigade à Linz : 7 bataillons, Â détachements 
de 2 mitrailleuses ; 6« brigade à Salzbourg : 12 bataillons, 4 détache- 
ments de 2 mitrailleuses. 

8^ division à Botzen : 15« brigade à Botzen : 10 bataillons, 4 déta- 
chements de 2 mitrailleuses; 16^ brigade à Trente : 8 bataillons, 
3 détachements de 2 mitrailleuses. 

44^ division de landwehr à Innsbrûck : 87^ brigade à Linz : 6 batail- 
lons, 2 détachements de 2 mitrailleuses ; 88'^ brigade à Botzen, 
8 bataillons alpins, 8 détachements de 4 mitrailleuses. 

Cavalerie : 2 régiments (4'^ et 6« dragons) de la division de Vienne ; 
1 régiment de landwehr (6^ uhlans); 1 division (3 escadrons) de tirail- 
leurs tyroliens. 

Artillerie : 14*^ brigade de campagne à Linz : (14^ régiment d'obu- 
siers, 40*^ et41« de canons), 12 batteries; 1" brigade de montagne à 
Brixen (1er et 2*= régiments de montagne) : 9 batteries; 14^ groupe 
de campagne de landwehr, 2 batteries d'obusiers. 

Pionniers : 2"^ bataillon (4 compagnies). 

Train: 14« division (M escadrons dont 4 de montagne). 

Commandement de place forte à Trente : 3^ brigade d'artillerie de 
forteresse; 6 compagnies d'artillerie de forteresse; 1 compagnie de 
pionniers de forteresse ; 3 cadres de détachements (1 de projecteurs, 
1 de télégraphie de forteresse, 4 d'aérostiers). 

Commandement de place forte à Riva : 3 compagnies d'artillerie de 
forteresse; 1 compagnie de pionniers de forteresse. 

Franzensfeste : 2 compagnies d'artillerie de forteresse. 

5« corps : Graz. 
6« division à Graz : ll^ brigade à Graz : 8 bataillons, 3 détache- 



4i 



AUTRICHE ET ITALIE. 



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AUTRICHE ET ITALIE. 43 

D'après les chiffres indiqués par le capitaine autrichien 
Veltzé, et si l'on tient compte de 25 bataillons à effectif 



ments de 2 mitrailleuses; 12« brigade à Klagenfurt : 9 bataillons, 
6 détachements de 2 mitrailleuses. 

28« division à Laibach : 55« brigade à Trieste : 13 bataillons, 5 déta- 
chements de 2 mitrailleuses; 56^ brigade à Gôritz : 11 bataillons, 
5 détachements de 2 mitrailleuses. 

22^ division de landwehr à Graz : i3' brigade à Graz : 6 bataillons, 
2 détachements de 2 mitrailleuses; 44^ brigade à Laibach : 9 batail- 
lons, dont 3 alpins, S détachements de 4 mitrailleuses. 

Cavalerie : 3^ brigade à Marbourg : 5« dragons, 6*^ et 16^ hus- 
sards. 

Artillerie : 3« brigade de campagne à Graz (3® régiment d'obusiers, 
7®, 8®, 9« régiments de canons), 16 batteries ; 3" régiment de montagne 
(4 batteries); 3'^ groupe de campagne de landwehr, 2 batteries d'obu- 
siers. 

Pionniers : 15*^ bataillon (4 compagnies); demi-bataillon provisoire, 
(2 compagnies). 

Train : 3^ division (6 escadrons). 

Commandement de place forte à Tarvis : 1 compagnie d'artillerie de 
forteresse; 1 compagnie de pionniers de forteresse. 

Commandement de place forte à Pola : 4* brigade d'artillerie de for- 
teresse ; 4 bataillons d'artillerie de forteresse (16 compagnies); 1 demi- 
bataillon provisoire (2 compagnies) de pionniers de forteresse ; 3 cadres 
de détachements (1 de projecteurs, 1 de télégraphie de forteresse, 

1 d'aérostiers). 

Division de Dalmatic. [Commandement militaire de Zara). 

4® brigade de montagne, Cattaro : 9 bataillons, 4 détachements de 

2 mitrailleuses; 5^ brigade de montagne, Zara : 4 bataillons, 2 déta- 
chements de 2 mitrailleuses. 

Cavalerie : division de tirailleurs dalmates (2 escadrons). 

Artillerie : 1 batterie de montagne. 

Commandement de place forte à Cattaro : 5^ brigade d'artillerie de 
forteresse; 2 bataillons et demi d'artillerie de forteresse (9 compa- 
gnies); 1 compagnie de pionniers de forteresse; 3 cadres de détache- 
ment (1 de projecteurs, 1 de télégraphie de forteresse, 1 d'aérostiers) . 

Commandement de place forte à Raguse : 1 compagnie d'artillerie 
de forteresse. 



46 



AUTRICHE ET ITALIE, 



renforcé (1), le nombre des troupes de campagne serait 
approximativement de (2) : 

50,500 hommes pour les 14^ et 3^ corps ; 
5.000 hommes pour la division de Dalmatie. 

et celui des troupes de forteresse (artillerie et pion- 
niers), de : 

3,500 hommes pour les 14^ et 3^ corps; 
1.000 hommes pour la division de Dalmatie, 

soit, au total, 66,000 hommes environ. Avec les services 
accessoires, ce chiffre doit vraisemblablement atteindre 
70,000 hommes. 

Près du cinquième de larmée austro-hongroise est 
donc, maintenant, sur la frontière italienne ou sur les 
côtes de TAdriatique (3). 

L'emploi des réservistes de recrutement {Ersatz-reser- 
visten), fait par l'autorité militaire, permet du reste à 
celle-ci de donner aux effectifs une très grande sou- 
plesse. En effet, ces hommes ne figurent au budget que 



(1) Au budget de 1909, figurent, en plus des 11 bataillons alpins et 
des 17 bataillons de Bosnie-Herzégovine à effectif renforcé, 25 autres 
bataillons — soit 5 de plus qu'en 1908 — dont la garnison n'est pas 
indiquée. Il y a lieu de supposer que ces 25 bataillons sont pour la plu- 
part sur la frontière italienne. En effet, on a supprimé en 1908 l'effec- 
tif renforcé pour les batteries de Galicie. Il est donc peu probable que 
les autres troupes de celte province aient conservé cet effectif. 



(2) 


TliOUPE 


DE CAMPAGNE. 




TUOOPES DE FORTERESSE 


TOT.IL 

gé- 
néral. 




Infau- 
lerie. 


Cavale- 
rie. 


Artille- 
rie. 


Pion- 
niers. 


Total. 


Artille- 
rie. 


Pioa- 
niers. 


Tot.il. 


14* et 3e corps. . . 
DiTisiou de Dal- 
matie 


'm, 000 

5,000 


0,800 
160 


4,500 

100 


1,000 


56,300 
5,-26t) 


2,800 
1,000 


500 
100 


3,300 
1,100 


59,600 
6,360 





(3) L'effectif budgétaire total est, en 1908, de 361,500 hommes. 



AUTRICHE ET ITALIE. 



pour un nombre total de journées de présence, sans 
aucune indication de répartition, et la loi autorise le sou- 
verain à convoquer, par ordre spécial et exceptionnel, 
en cas de nécessité particulière, les trois plus jeunes 
classes de VErsatz-reserve. C'est ainsi que pendant 
l'hiver 190o-1906, le o^ régiment d'artillerie de forte- 
resse, réparti dans les ouvrages de la Dalmatie méri- 
dionale, a reçu un veiiîoviim^ov\.dJ[iidLErsatZ'reservisten. 
Ce fait a été divulgué seulement par une question posée 
au mois de février 1906 au Ministre de la Défense par 
un groupe de députés de l'Autriche du Sud. 

Les effectifs d'une région déterminée peuvent donc 
être, pendant une certaine période, beaucoup plus 
élevés qu'ils ne le sont normalement. 

Aucune indication n'existe, en temps de paix, sur la 
façon dont seraient, en temps de guerre, groupées les 
forces de la frontière. 

Le 17 octobre 1908, un nouvel emploi a été créé pour 
l'archiduc Eugène, qui venait de quitter le commande- 
ment du 14^ corps, dans le Tyrol, pour devenir « ins- 
pecteur général des troupes», c'est-à-dire commandant 
éventuel d'armée. L'archiduc a été nommé « comman- 
dant supérieur de la défense du Tyrol et du Vorarlberg », 
avec résidence à Innsbruck. Il faut peut-être voir dans 
cette mesure la probabilité de la formation, en temps de 
guerre, d'une armée spéciale à la frontière italienne, ou 
tout au moins au ïvrol. 



III 

Les troupes autrichiennes de montagne. 



ïnfanterie. 



En Italie et en France, la protection des frontières 
montagneuses est assurée, depuis plusieurs années, par 
des troupes spéciales, dont l'organisation remonte, pour 
l'Italie, à 4872, pour la France, à 1888. 

Jusqu'en 1906, TAutriche-Hongrie ne possédait pas 
de bataillons alpins. A ce moment, elle sentit la néces- 
sité de créer des troupes spéciales, chargées, sur la fron- 
tière italienne, du service de surveillance et de sûreté. 
« Les moyens limités dont dispose l'administration de 
la guerre étaient un obstacle à de nouvelles formations. 
On fut donc obligé de constituer les troupes de mon- 
tagne projetées avec les deux régiments de tirailleurs 
tyroliens et le 4® régiment d'infanterie delandwehr (1). » 

Formés en 1906, les alpins autrichiens n'ont reçu leur 
organisation définitive qu'en 1907 (2). Un quatrième 
régiment alpin a été créé le 9 janvier 1909, par dédou- 
blement du 1^^ tirailleurs. En face des 10 bataillons 



(1) Kolnische Zeitung, 20 août 1906. 

(2) Yerordnungshlatt, 8 mars 1907. — Formés au début à 10 batail- 
lons, les alpins autrichiens en comptent aujourd'hui 11. Ils occupent les 
garnisons suivantes : 

Trentin oriental. — l'^'" tirailleurs (9 compagnies), à Trente : 
1 bataillon (4 compagnies), à Trente; 1 bataillon (2 compagnies), 




M,bn 
ALPim ITALIENS ET AUTRICHIENS 







AUTRICHE ET ITALIE. 49 

alpins (31 compagnies, renforcées en cas de mobilisa- 
tion par 13 compagnies de la milice mobile) que l'Italie 
a répartis sur la frontière, les Autrichiens disposent 
maintenant de 11 bataillons (36 compagnies) : 8 dans le 
Tyrol méridional (3 à l'Ouest, 5 à l'Est de l'Adige), 
3 en Carinthie et en Carniole. A chaque bataillon est 
affecté un détachement de 4 mitrailleuses. 

L'effectif de ces unités a été très notablement ren - 
forcé. Au lieu des 4 officiers et 58 hommes, dont se com- 
pose une compagnie ordinaire de landwehr, chacune des 
36 compagnies alpines compte 4 officiers et 133 hommes. 

Du 15 avril au 15 septembre, grâce à l'appel des 
réservistes, l'effectif atteint 160 hommes (l). La com- 
pagnie alpine autrichienne est donc, en temps nor- 
mal, aussi forte que la compagnie alpine italienne, qui 
comprend 4 officiers et 140 hommes, et plus forte 
qu'elle, pendant cinq mois de l'année. 

Les règles admises en Italie et en France pour l'infan- 
terie alpine ont été adoptées en Autriche (2) : recrute- 
ment parmi les populations des montagnes, organisation 
du bataillon, même de la compagnie (3), en vue d'ac- 
tions indépendantes, remplacement des voitures par des 
animaux de bât, affectation de chaque bataillon à un 



à Pergine; 1 bataillon (3 compagnies), à Cavalese ; 3^ tirailleurs 
(5 compagnies) : 1 bataillon (2 compagnies), à Gortina d'Ampezzo ; 
1 bataillon (3 compagnies), à Innichen. 

Trentin occidental. — 2^ tirailleurs (10 compagnies), à Botzen : 
1 bataillon (3 compagnies), à Botzen ; 1 bataillon (3 compagnies), à 
Meran; 1 bataillon (4 compagnies), à Riva. 

Carinthie et Isonzo. — 4® d'infanterie (12 compagnies), à Klagen- 
fuit: 1 bataillon (4 compagnies), à Klagenfurt; i bataillon (4 compa- 
gnies), à Hermagor; 1 bataillon (4 compagnies), à Gôritz. 

(1) Militdr-Wochenblatt, 4 avril 1907. 

(2) Verordnungsblatt, 8 mars 1907. 

(3) Composition de la compagnie alpine : 1 capitaine, 3 officiers 
subalternes, i cadet suppléant-officier ; 7 sous- officiers, dont 1 infir- 

4 



50 AUTRICHE ET ITALIE. 

secteur déterminé où il se rend, Tété, dans des stations 
de montagne. 

Un armement spécial — le mousqueton à répétition, 
avec baïonnette, au lieu du fusil — a été donné aux régi- 
ments alpins. Les conducteurs d'animaux de bât ont reçu 
la carabine, ceux d'automobiles (1), le revolver, tous, le 
sabre de pionnier. La tenue est celle qui a été récem- 
ment adoptée pour toute l'infanterie austro-hongroise en 
campagne, avec quelques modifications de détail ren- 
dues nécessaires par le service spécial de ces corps. De 
couleur grise, elle est fort peu visible. Sa coupe se rap- 
proche de celle des effets des chasseurs alpins français. 

Il semble qu'à cette formation de régiments alpins 
corresponde, en Autriche, — des publications récentes 
le montrent (2), — une attention spéciale pour ce qui 
concerne la guerre de montagne, même en hiver. 

(( Si nos troupes d'infanterie de montagne, dit un lieu- 



mier; 9 caporaux, dont 1 pionnier; 116 soldats, dont 12 gefreite, chefs 
de patrouille, 2 clairons, 4 boulangers, 5 pionniers, 2 brancardiers, 
3 conducteurs ; 1 cheval de selle, 3 animaux de bât. 

Chaque compagnie alpine dispose de 10 chiens de guerre, employés 
comme auxiliaires du soldat en sentinelle, ou de la patrouille en explo- 
ration. 

Composition des compagnies d'infanterie de Farmée austro-hongroise 
(régiments non alpins) : 

Armée Landwehr. Landwehr. 

coBimune. autrichienne, honitroise. 

Officiers et cadets 5 4 4 

Sous-officiers 4 4 4 

Caporaux 6 - 4 3 

i Gefreite 6 4 3 

Fantassins 70 40 35 

Clairon ou tambour . . 2 1 1 

Ordonnances 4 4 4 

(1) Il y a une automobile par régiment de tirailleurs, et deux auto- 
mobiles pour le 4'' régiment de landwehr. 

(2) Mililârgebirgsdienstim Winter, par le lieutenant Czant, Vienne, 



AUTRICHE ET ITALIE. 51 

tenant autrichien, ne peuvent défendre les cols du 

Tyrol que pendant les mois où la neige disparaît 

des sommets, — de mai à octobre, — elles perdent 
beaucoup de leur valeur 

« Que ce soit sur le théâtre d'opérations du Nord, 
sur celui du Nord-Est ou sur celui du Sud-Ouest, par- 
tout en Autriche se dressent de hautes montagnes 

Ces contrées montagneuses jouent, et joueront de plus 
en plus dans la guerre future, un rôle de premier ordre. 
L'importance donnée, surtout dans ces dernières années, 

aux troupes de montagne, en est la preuve , ainsi 

que les grandes manœuvres exécutées maintenant pres- 
que annuellement en pays de montagne, en Suisse, en 
France, en Italie, en Autriche. » 

L'organisation de détachements d'infanterie pourvus 
de skis ou de raquettes n'est pas encore, en Autriche, 
l'objet d'une réglementation uniforme. Toutefois, pres- 
que chaque hiver, des groupes de skieurs sont consti- 
tués, pour une certaine durée, par les commandants des 
corps stationnés en pays de montagne. Jusqu'à pré- 
sent, ces groupes n'ont compris presque exclusivement 
que des fantassins. Les écrivains militaires autrichiens 
réclament l'emploi de détachements de mitrailleuses et 
de canons de montagne, les premières portées, les 
seconds traînés par des hommes munis de skis ou de 
raquettes. « Dans nos montagnes, écrit un de ces offi- 
ciers, il ne doit exister aucun point que n'importe 
lequel de nos adversaires puisse avoir la prétention de 
maîtriser, avec ses skis ou ses raquettes, mieux que 
nous-mêmes (1). )> 

L'organisation de bataillons alpins donne à l'Autriche, 



1907; Der Alpine Wintcrkurs des R. u. K. 14. Korps, par le lieute- 
nant Rosroann, Innsbrùck, 1908, etc. 
(1) Militdrgebirgiidienst im Winter. 



52 AUTRICHE ET ITALIE. 

pour la guerre dans les Alpes, les mêmes avantages que 
la création des Alpîni a procurés à l'Italie. D'ailleurs, 
même avant la création de ces troupes spéciales, l'Au- 
triche trouvait, parmi ses populations du Tyrol et du 
Vorarlberg, des soldats particulièrement aptes à la 
guerre en montagne. 

Ces deux provinces ont, depuis de longues années, 
une situation spéciale au point de vue militaire. Les lois 
qui les concernent sont votées par leur Landtag et non 
par le Reichsrath. Leur contingent n'est affecté qu'aux 
4 régiments de chasseurs tyroliens et aux 4 batteries du 
1®^' régiment de montagne dans l'armée commune, aux 
3 régiments et aux 3 escadrons de tirailleurs tyroliens 
dans la landwehr autrichienne, et au landsturm tyrolien. 
Ce dernier comprend environ 24 bataillons territoriaux. 
Les Tyroliens sont astreints à deux exercices de tir par 
an pendant tout leur service dans la landw^ehr, et pen- 
dant les deux premières années qu'ils passent dans le 
landsturm. Dans le reste de la monarchie, les hommes 
du landsturm ne sont convoqués pour aucun exercice. 
Le ïyrol et le Vorarlberg fournissent donc une cinquan- 
taine de bataillons, 4 batteries et 3 escadrons, composés 
de montagnards. 

En cas de guerre, ces troupes peuvent rendre, dans 
les Alpes, les plus grands services. Les difficultés ren- 
contrées par les Français dans le Tyrol, en 1809, ont 
témoigné de la valeur guerrière de ses habitants. 

Les 4 régiments de chasseurs tyroliens de l'armée 
commune tiennent tous garnison dans le Tyrol (1). Leur 
organisation est semblable à celle des autres unités 



(l) 1*='" régiment, Innsbriick : 2 bataillons à Innsbrùck, 1 à Méran, 
1 à Clés; 2® régiment, Botzen : 2 bataillons à Botzen, 1 à Mezzolom- 
bardo, 1 à Brixen ; 3° régiment, Roveredo : 1 bataillon à Roveredo, 
1 à Borgo, i à Riva, 1 à Trente ; 4*= régiment, Bregenz, 1 bataillon 1/2 
à Bregenz, 4 à Hall, 1/2 à Schwaaz, près d'Innsbrùck, 1 à Innsbrùck. 



AUTRICHE ET ITALIE. 53 

d'infanterie austro-hongroise, mais leur recrutement 
spécial en fait un corps précieux en montagne. 

Du reste, « toutes les troupes qui tiennent garnison 
dans les Alpes peuvent être considérées comme des 

troupes de montagne Les manœuvres et exercices 

exécutés chaque année en montagne le prouvent ample- 
ment (1) ». 

Cavalerie. 

Les 5 escadrons de tirailleurs tyroliens ou dalmates 
constituent, pour l'Autriche, une véritable cavalerie de 
montagne. Leurs cavaliers sont des montagnards, origi- 
naires, soit du Tyrol ou du Vorarlberg, soit de la Dal- 
matie, et leurs chevaux, de petite taille, sont parfaite- 
ment accoutumés aux difficultés spéciales au pays. 

Ces 5 escadrons formeraient, sans doute, la cavalerie 
des divisions ou brigades de montagne du 14® corps 
(3 escadrons de tirailleurs tyroliens) et du commande- 
ment militaire de Zara (2 escadrons de tirailleurs dal- 
mates) . 

AiHillerie. 

Jusqu'en 1905, à l'exception des batteries stationnées 
en Bosnie-Herzégovine, l'artillerie de montagne autri- 
chienne se réduisait à 3 batteries (2 à Trente, 1 à Inns- 
brûck) de 4 pièces de 72"^°^, o et un cadre de dépôt, com- 
posant le groupe du ïyrol et du Vorarlberg. En temps 
de guerre, chaque batterie se dédoublait et le cadre de 
dépôt formait 4 batteries montées à voie étroite, à 
4 pièces de 87 millimètres (2). 

L'artillerie de montagne était donc fort peu nom- 
breuse. Jusqu'à ces dernières années, en effet, l'attention 



(1) Schweizerische Monatschrift filr Offiziere aller Waffen, mai 1907. 

(2) Veltzés Armée -Almanacli. 



54 AUTRICHE ET ITALIE. 

s'était surtout portée sur l'artillerie de campagne, qui 
aurait eu seule à entrer en action dans les plaines de 
Galicie et de Pologne. Du jour où les préoccupations se 
dirigèrent vers la frontière italienne, on s'aperçut de la 
nécessité d'augmenter le nombre des batteries de mon- 
tagne. 

Toutefois, en Autriche-Hongrie, l'impossibilité d'ob- 
tenir du Parlement une augmentation du contingent 
rend très difficile la constitution de nouvelles unités. 
Cette question, devenue une question politique, dépend, 
d'une façon presque exclusive, du bon vouloir du Parle- 
ment hongrois. 

En 1906 et en 1907, la presse autrichienne avait 
signalé l'existence de cinq batteries-cadres de montagne, 
dans le Tyrol ou en Carinthie. Le système d'unités- 
cadres est très usité en Autriche-Hongrie. Les deux 
landwehrs ne sont autre chose que des troupes-cadres 
qui se sont développées peu à peu. Cependant, aucun 
document officiel n'indiqua, jusqu'en 1908, de nouvelles 
batteries de montagne. 

Lors de la réorganisation de l'artillerie, au printemps 
de 1908, le nombre des batteries de montagne, dans le 
Tyrol, en Carinthie ou en Dalmatie, a été presque dou- 
blé. De 8, il est passé à 14 (1). 

De plus, des exercices fréquents habituent les batte- 
ries de campagne stationnées dans la région alpine à 
parcourir, en montagne, des itinéraires difficiles sur des 
chemins muletiers et des sentiers. 

Enfin, des expériences ont été faites avec des batteries 
d'obusiers lourds. 

En 1905, quatre batteries d'obusiers de campagne de 



(1) Deux de ces batteries sont montées et à voie étroite (l°%i3 au 
lieu de 1™,53). Elles sont armées en obusiers légers de 404 millimètres. 
Les douze autres batteries sont portées à dos de mulet. Leur arme- 



AUTRICHE ET ITALIE. 55 

15 centimètres, à voie étroite (1) ont été organisées pour 
les manœuvres du 14^ corps. « La guerre russo-japo- 
naise venait de prouver l'urgence de l'adoption d'une 

pièce lourde de campagne Les expériences faites 

avec un obusier de IS centimètres à voie étroite montrè- 
rent l'importance qu'attribuait à cette question le feld- 
zeugmeister Kropatschek, inspecteur général de l'artil- 
lerie L'Autriche-Hongrie avait du reste un besoin 

très pressant d'une pièce de ce genre, en raison du 
caractère particulier des fortifications de montagne sur 
la frontière italienne (2). » 

Mitrailleuses. 

Après cinq années d'essais, les détachements de mi- 
trailleuses ont été définitivement organisés en 1908. 

Chaque régiment d'infanterie ou de chasseurs tyro- 
liens, chaque bataillon de chasseurs possède maintenant 
un détachement de deux mitrailleuses. Dans les quatre 
régiments alpins, il y a quatre mitrailleuses, non par 
régiment, mais par bataillon. 



ment est coDstitué par le canon de montagne de 72°^™, 5. Les caracté- 
ristiques principales de ces deux pièces sont les suivantes : 

Canon de 72nini,5. Obusier de lOimm. 

,,., . .,. , (Obus )^^, ,, (290 mètres. 

Vitesse initiale. ] „, , [304 mètres < ^„„ ., 

( Shrapnel ) (303 mètres. 

Poids du pro-rObus "i ri/i'^^,300. 

jectile ( Shrapnel j ^' ( 12^^,695. 

_, ^, . (Tir fusant ) , ^.^ ,, (5,Ô00mètres, 

Portée maxima. { ^. ^ ^ ^4,800 mètres {/..aa ^l 

( Tir percutant ) ' (6,100 mètres. 

{Waffenlehre, Korzen et Kûhn, Vienne). 

(1) Gesobusiers tirent un obus explosif de 39 kilogrammes, contenant 
6 kilogrammes d'écrasite, un shrapnel de 37 kilogrammes, renfer- 
mant 380 balles et une boîte à mitraille. Leur portée maxima est de 
6,000 mètres {Schvjeizerische Monatsdirift, loc. cit.). 

(2) Militàr-Wochenblatt, ll>ai 1907. 



56 AUTRICHE ET ITALIE. 

Aucune voiture, aucun caisson, n'entre dans la com- 
position de ces unités. Elles peuvent donc, dans les 
Alpes, passer partout, comme les batteries de monta- 
gne (1). 

Pionniers. — Train des équipages. 

Il n'existe pas d'unités alpines de pionniers. Les com- 
pagnies affectées à des formations de montagne sont 
organisées en temps de guerre de façon que chaque sec- 
tion puisse agir isolément. 

Les moyens de transport de tous les corps ou éléments 
destinés à la guerre de montagne sont constitués, soit 
uniquement avec des animaux de bât (type normal), soit, 
partie avec des voitures, partie avec des animaux de bât, 
(type mixte). 

L'organisation normale répond aux nécessités d'une 
guerre dans des régions inaccessibles aux voitures ; 
l'organisation mixte est prévue pour le cas où les voi- 
tures peuvent arriver jusqu'à une certaine distance des 
troupes. 

Le 14^ corps possède, en temps de paix, à Innsbrûck, 
quatre cadres pour former, à la mobilisation, des esca- 
drons du train de montagne (2). 

Chaque escadron se divise en deux pelotons com- 
mandés par un officier. Le peloton comprend deux 



(1) L'effectif de paix comprend, pour les détachements de 2 mitrail- 
leuses, 1 officier, 12 ou 14 hommes, 5 mulets (les deux détachements 
des deux régiments de landwehr de Dalmatie comptent 1 officier, 
26 hommes, 12 mulets); pour ceux de 4 mitrailleuses, 3 officiers et 
46 hommes. D'après le projet de règlement de manœuvres de 1908, 
l'effectif de guerre des détachements de 2 pièces est de : 1 officier, 
36 hommes, 20 mulets. Chaque pièce est approvisionnée à 10,000 car- 
touches. 

(2) 1 officier, 15 sous-officiers et soldats, 1 cheval de selle, 8 ani- 
maux de bât pour chacun de ces cadres. 



AUTRICHE ET ITALIE. 57 

demi-pelotons. Chacun de ces derniers possède un nom- 
bre d'animaux de bât (50 en moyenne) correspondant 
aux besoins d'un bataillon, d'une compagnie de pion- 
niers, de deux escadrons de cavalerie, d'une demi-sec- 
tion d'hôpital de campagne, d'une demi-ambulance divi- 
sionnaire (1). 

Services : télégraphie, artillerie^ santé, intendance. 

Le service télégraphique est assuré par des détache- 
ments (un par division de montagne) et des patrouilles 
de télégraphistes et téléphonistes (une par brigade de 
montagne). Les premiers sont formés par le régiment 
des chemins de fer et des télégraphes, les secondes par 
les corps d'infanterie. Leur matériel est porté à dos 
d'animaux. Chaque détachement se partage en un certain 
nombre de sections qui peuvent être employées isolé- 
ment, chaque patrouille en quatre groupes : trois télé- 
phoniques et un optique (2). 

Le rôle du détachement est de relier la division avec 



(1) Nombre d'animaux de bât, du train, afifectés à chaque unité pour 
son train de combat et son train régiraentaire : 

Bataillon d'infanterie ou de chasseurs (14 de muni- 
tions, 2 d'outils, 1 de matériel sanitaire, 10 de 

bagages, 28 de vivres, 4 haut-le-pied) 59 

Escadron de cavalerie 22 

Compagnie de pionniers (32 mulets pour l'outillage 

technique) 58 

Batterie de montagne 24 

État-major de division 44 

— de brigade 9 

— de régiment d'infanterie 9 

Ambulance divisionnaire 116 

Hôpital de campagne 58 

(Schmidt, Taktisches Handbuch). 

(2) Chaque groupe téléphonique dispose de deux postes et de 24 kilo- 



58 



AUTRICHE ET ITALIE. 



le commandement supérieur et avec les services de 
l'arrière, celui de la patrouille, de relier la brigade à 
la division et d'établir, dans le rayon d'action de la bri- 
gade, les communications nécessaires. 

En montagne, chaque division reçoit un parc de muni- 
tions. Il est divisible en un certain nombre de sections. 
Chacune peut être affectée à une brigade isolée. Elle 
porte des munitions d'artillerie, d'infanterie, de cava- 
lerie, des explosifs et du matériel pour les réparations. 
Les munitions et le matériel sont chargés sur des ani- 
maux de bât ou sur des voitures. Il existe aussi des 
dépôts de munitions de montagne qui doivent ravitailler 
les parcs divisionnaires (1). 

Le nombre des brancardiers de bataillon est doublé. 
De plus, chaque bataillon possède un mulet chargé de 
matériel sanitaire. Il peut ainsi installer un poste de 
secours auxiliaire. Chaque division ou brigade de mon- 
tagne comprend, en outre, une ambulance (2). 

Des hôpitaux de campagne peuvent aussi être utilisés ; 
ils reçoivent, dans ce cas, un échelon de mulets. Chaque 
demi-section d'hôpital est alors constituée de façon à 



mètres de câble, dont 16 pour le téléphone et 8 pour le télégraphe. Le 
groupe optique dispose de cinq postes. L'effectif de la patrouille de télé- 
graphie est de : 1 officier, 50 hommes, 40 animaux. 

(1) Approvisionnement des corps en munitions pour la guerre de 
montagne : 

r f . • i Sur l'homme 120 cartouches. 

( Train de combat 30 — 

Batterie de montagne 112 coups. 

— de campagne à voie étroite 96 — 

(Glûckmann, Heerwesen.) 

(2) Cette ambulance comprend 2 sections avec un poste de secours, 
un échelon de voitures pour blessés, une réserve de matériel sanitaire, 
en 4 sections, une section sanitaire de l'Ordre teutooique, éventuelle- 
ment des sections de transport de blessés de la Croix-Rouge hongroise. 
Elle dispose de 116 animaux de bât et de 20 voitures. 



AUTRICHE ET ITALIE. 59 

pouvoir transporter 100 malade?. « Comme cette orga- 
nisation exige beaucoup de personnel et une longue 
colonne de mulets, elle n'est utilisée que lorsque les 
troupes ont à franchir des régions montagneuses dépour- 
vues de chemins {\). » 

En ce qui concerne l'alimentation, les troupes ont avec 
elles 4 jours de vivres (2) ; de plus, chaque division dis- 
pose d'un convoi d'animaux de bât qui porte 7 jours de 
vivres (3) et, éventuellement, de boulangeries de cam- 
pagne (4), ainsi que de dépôts de bétail. 

Brigades et divisions de montagne. 

Les grandes unités ont, par suite, en montagne, la 
composition suivante : 
1*^ Brigade de montagne : 

État-major : 

4 à 5 bataillons d'infanterie, avec des détachements de mitrail- 
leuses; 
1 batterie de montagne ; 
\ patrouille de télégraphie de montagne ; 
1 escadron du train de montagne. 

2° Division de montagne : 

a) Quartier général. 
h) Troupes. 

3-4 brigades de montagne; 

1-2 escadrons ; 



(1) Glùckmann, Heerwesen. 

(2) Sur l'homme, 3 jours de vivres dont 2 de réserve, sur les mulets 
1 jour de réserve. 

(3) 4 jours pour la consommation journalière, 3 jours de réserve. Un 
troupeau de bétail suit les troupes. Il représente 4 jours de viande. 

(4) Chaque section de boulangerie comprend 10 fours de mon- 
tagne. 20 mulets sont nécessaires pour le transport de deux de ces fours 
(Glùckmann). 



60 AUTRICHE ET ITALIE. 

1-3 batteries de campagne à voie étroite ou de montagne; 
1 compagnie de pionniers, éventuellement; 
1 détachement de télégraphie de montagne, éventuellement. 

c) Parcs et convois. 

1 parc de munitions divisionnaire de montag;ie ; 
1 ambulance de montagne ; 
i convoi de subsistances de montagne; 
3-4 escadrons du train de montagne et le nombre nécessaire de 
détachements du train d'escorte (pour les convois des éléments 
non embrigadés) ; 
1 parc du train divisionnaire de montagne (1). 
Soit de 9,000 à 15,000 fusils, 1f)0 à 300 sabres, 12 à 24 mitrail- 
leuses, 20 à 28 canons, environ 2,500 animaux de bât. 

L'emploi, en montagne, de divisions ou de brigades 
est prévu en détail, comme le prouvent les indications 
précédentes, extraites de publications militaires austro- 
hongroises (2). 11 n'est du reste pas possible d'affirmer 
que telle ou telle division, telle ou telle brigade du 3®, 
du 14® ou d'un autre corps, serait, en cas de guerre, 
organisée en division ou brigade de montagne. Ces dési- 
gnations, faites pour la mobilisation, restent secrètes. 
Néanmoins, autant qu'il est possible d'en juger d'après 
l'organisation du temps de paix, il est probable que le 
14® corps et peut-être la division-frontière du 3® seraient 
constitués en grandes unités de montagne. 

En temps de paix, la dénomination de brigade et de 
division de montagne est réservée aux seules troupes 
de Dalmatie ou de Bosnie-Herzégovine. Les troupes 
d'infanterie stationnées dans ces régions ne sont pour- 
tant pas, à proprement parler, des troupes de montagne, 
mais de simples unités détachées momentanément de 



(1) Ce parc est un organe de remplacement en hommes, animaux 
et voitures pour les unités du train. Il reste en principe sur les routes 
carrossables. 

(2) Glûckmann, Heerwesen. — Veltzés Armée- Ahnanach. 



AUTRICHE ET ITALIE. 6i 

leurs corps, et pourvues de convois d'animaux de bât. 
Seule, l'artillerie y est organisée en véritables unités de 
montagne. 

En résumé, sur la frontière italienne, — sans parler 
de la Dalmatie — , les troupes de montagne austro-hon- 
groises (armée commune et landwehr) comprennent 
actuellement : 

l'* Troupes alpines : 

11 bataillons (36 compagaies) de tirailleurs tyroliens ou d'in- 
fanterie ; 
11 détachements de mitrailleuses. 

2^ Troupes recrutées en pays de montagne : 

16 bataillons de chasseurs tyroliens ; 

3 escadrons de tirailleurs tyroliens; 
13 batteries de montagne ; 

4- détachements de mitrailleuses; 

4 escadrons du train de montagne. 



IV 



Les préparatifs autrichiens. — Les fortifi- 
cations. 



Le système de fortifications, adopté par l'Autriche sur 
la frontière italienne, s'est naturellement inspiré des 
dispositions caractéristiques des deux grands secteurs de 
cette frontière, si différents par l'étendue et par l'aspect 
du terrain. 

Entre la Suisse et la haute vallée de l'Isonzo, dans la 
région montagneuse, des ouvrages barrent, souvent très 
près de l'Italie, les routes qui viennent de la Lombardie 
ou de la Yénétie. 

Depuis la haute vallée de l'Isonzo jusqu'au golfe de 
Trieste, dans une région d'abord moins accidentée, puis 
complètement plate, aucune fortification n'existe. 

Dans le premier secteur, le front occidental est rendu 
très fort par la nature. Aussi les ouvrages du Stelvio, du 
Tonale, du val Giudicaria ont-ils été peu perfectionnés. 

Sur le front oriental, les routes sont, au contraire, 
plus nombreuses. Entre l'Adige et le col de Kreutzberg, 
elles conduisent des zones italiennes de rassemble- 
ment dans le Tyrol autrichien, — soit de Pieve di Cadorc 
dans le Pusterthal, — soit de la Pieve et de la Brenta 
dans la vallée de l'Adige. Les fortifications élevées sur 
ce front ont dû, par conséquent, être plus sérieuses. Ce 
sont les barrages de Tresassi, Pieve, Moena, Pane- 
veggio, reliés entre eux par une route pourvue de nom- 
breux ouvrages d'art, le barrage de Levico, dans le val 
Sugana, celui des Fugazze, plus au Sud. « Ces barrages 



AUTRICHE ET ITALIE. 63 

sont cuirassés et puissamment armés. Chacun d'eux com- 
prend un ouvrage de vallée et un ouvrage dominant, 
pour le combat éloigné (1). » 

Au Sud du Trentin, la dépression du lac de Garde est 
défendue, à la frontière même, par les ouvrages de Riva. 
En 1905, ils ont été organisés en un groupe doté, dès le 
temps de paix, d'un commandement unique. L'action de 
ce groupe peut s'étendre sur la plaine de FAdige, à 
10 kilomètres à l'Est de Riva. 

A 30 kilomètres plus au Nord, la vallée de l'Adige est 
barrée par la place forte de Trente. 

Entouré de forts cuirassés et de batteries casematées, 
Trente est devenu, dans ces dernières années, un camp 
retranché de premier ordre. C'est le réduit de la défense 
du Tyrol méridional. 

Au Nord de Trente, Franzensfeste défend les débou- 
chés du Pusterthal et du Brenner dans le haut Adige. 

Les fortifications du Tyrol méridional consistent donc 
essentiellement en une suite de forts de barrage, séparés 
par des montagnes les uns des autres, sur les routes 
venant de l'Italie. Plus solides à l'Est qu'à l'Ouest du lac 
de Garde, ils ne sont réunis en groupe qu'au Sud du 
Tyrol, à Riva. Au centre du système, une grande place, 
Trente. Plus au Nord, un ouvrage isolé, Franzensfeste. 

Entre le col de Kreutzberg et celui de Tarvis, aucune 
route carrossable ne traverse la frontière, constituée par 
l'arête presque continue des Alpes carniques, haute de 
plus de 2.000 mètres. Les obstacles du terrain ont si 
sérieusement fortifié ce front qu'aucune défense artifi- 
cielle n'est venue s'y ajouter. 

Aux défilés d'e Carinthie, les ouvrages de Tarvis, or- 
ganisés en groupe depuis 1904, interdisent l'accès des 
vallées de la Save et de la Drave par celle du Taglia- 



(1) Militdr-Wochenblatt, 11 juillet 1907* 



64 AUTRICHE ET ITALIE. 

mento. En même temps, ils assurent le flanc droit d'une 
concentration exécutée vers Gôritz et fournissent une 
base solide pour des opérations offensives dans le flanc 
gauche d'une armée italienne qui marcherait d'Udine 
sur la Garniole. 

(( Tarvis a une importance particulière comme nœud 
de routes. Du Tagliamento moyen et d'Udine, une route 
et une voie ferrée établissent la communication la plus 
directe sur Vienne, par la vallée de la Fella et Tarvis, 
vers la vallée de la Drave et Villach. Une autre route 
relie Udine, soit à la vallée de l'Isonzo par le col de 
Predil, soit à Goritz et Laibach par Wurzen, menaçant 
ainsi le flanc et les derrières des forces austro-hongroises 
déployées dans cette région (1). » A l'Ouest de Tarvis, 
un ouvrage cuirassé, le fort Hensel, a été construit dans 
la vallée de la Fella, pour barrer la route et le chemin 
de fer de Pontebba. Pour empêcher un mouvement 
tournant par l'Isonzo, on a ajouté aux vieilles fortifica- 
tions de Predil et de Flitsch des forts munis de coupoles 
tournantes, de casemates cuirassées et de canons à tir 
rapide sous cuirasse (2). 

Au Sud des ouvrages de Tarvis, jusqu'à la mer, l'Au- 
triche n'a édifié aucune fortification. 

Dans sa constitution générale, ce système n'a pas subi 
de modifications au cours de ces deux dernières années. 
Toutefois, de sérieux perfectionnements de détail y ont 
été apportés. 

Les journaux de la Péninsule observent maintenant 
avec une attention particulière l'activité militaire autri- 
chienne sur la frontière. 

En 1907, ils avaient déjà signalé quelques projets de 
nouveaux ouvrages autour de Trente (3). 



(1) Militàr-Wochenhlatt, 11 juillet 1907. 

(2) LobelVs Jahresberichte, 1906. 

(3) lialia militare e marinât 6 mars 1907. 



AUTRICHE ET ITALIE. 65 

Désinformations publiées par eux en 1908, il semble 
résulter qu'une grande activité a régné sur les chantiers 
de travaux, dans leTyrol méridional, pendant tout l'hi- 
ver de 1907 à 1908 et l'été de 1908. 

La presse italienne a successivement annoncé : 

en février, la construction, près de Trente, d'un fort 
blindé sur le mont Rovere et celle d'une route militaire 
sur le mont Bondone (1) ; 

en mai, la construction d'un fort puissant, au col de 
Cereda, à 1,320 mètres d'altitude, pour dominer la route 
d'Imer à Fiera di Primiero (2) ; 

en juin, la construction de nouveaux ouvrages et d'une 
route militaire sur le mont Tombio, au Nord-Ouest de 
Riva, — celle d'une route destinée à desservir la posi- 
tion de Horst, sur le haut plateau de Livarone, aux 
environs de Trente (3), — celle de plusieurs batteries 
dans les vallées de Sole, Sarca, Daone, pour barrer, sur 
le front Sud-Ouest du Trentin, certaines voies d'accès 
praticables à l'infanterie, barrages dont les manœuvres 
de 1905 avaient fait reconnaître la nécessité (4) ; — des 
études faites par de nombreux officiers autrichiens à Ala, 
Avia, sur les monts Lessini et Baldo (o) ; 

en juillet, un voyage d'inspection, dans le Trentin, 
des archiducs Eugène, Frédéric et Henri, dont l'atten- 
tion s'est portée sur les forts de la frontière ita- 
lienne (6) ; 

en novembre, une passation de marchés pour le trans- 
port de Trente à Lavarone et Luserna, dans la haute 



(1) Carrière délia Sera, 26 février 1908. 

(2) Secolo, 9 mai; Tribuna, 12 mai 1908. 

(3) Italia militare e marina, 10 juin. 

(4) Libéria di Pad'jva, 15 juin. 

(5) Arena de Verona, 26 juin. 

(6) Information de Rome à la France militaire, 17 juillet. 

5 



^6 AUTRICHE ET ITALIE. 

vallée de l'Astico, des canons et cuirassements destinés 
à l'armement de nouveaux forts en construction (1). 

({ L'armement des ouvrages autrichiens consiste d'or- 
dinaire en quatre ou huit canons à trajectoire tendue, 
sous casemates cuirassées, et deux ou quatre canons à 
iir courbe, sur afiPùts cuirassés. Pour le combat rappro- 
ché, on dispose de canons à tir rapide sur affûts cuirassés 
ou de mitrailleuses. Des observatoires cuirassés tour- 
nants, des projecteurs électriques à éclipse, de 2 à 4 ki- 
lomètres de portée, des communications télégraphiques 
souterraines, des postes optiques et acoustiques sont 
utilisés pour les services de reconnaissance, de sûreté 
et de liaison (2) . » 

(( L'effectif de chaque garnison dépend de l'armement; 
l'infanterie comprend, au plus, 100 hommes de 2^ ou 
3« ligne (3). » 

Quant aux troupes d'artillerie ou de pionniers affectées 
spécialement aux forteresses, elles ont été considérable- 
ment renforcées en 1908. Il y a maintenant, sur la fron- 
tière et sur les côtes, 38 compagnies d'artillerie au lieu 
de 19, 6 de pionniers au lieu de 3. L'augmentation est, 
en un an, de près du double. 

Au point de vue du commandement des places, il y a 
eu peu de changements. Par suite de l'importance de la 
garnison, un commandement de place a été créé à 
Botzen, le 1^^ janvier 1908. En outre, une direction du 
génie a été installée, à la même date, à Riva, dans le 
Tyrol méridional. Il n'y en avait jusqu'à présent que 
deux, à Brixen et à Trente (4). 

Le système défensif actuel sur la frontière se résume 
donc ainsi : 



(1) Secolo, 18 novembre. 

(2) Ueberall, 14 décembre 'J906. 

(3) Militctr-Wochenblatt, 11 juillet 1907. 

(4) Ycrordnungsblatt, 28 décembre 1907. 



AUTRICHE ET ITALIE. 67 

du Stelvio à l'Isonzo, ouvrages réunis en groupes 
(Riva, Tarvis) ou isolés ; réduit du Tyrol, à Trente ; plus 
au Nord, débouchés du Brenner et du Pusterthal dans 
l'Adige, barrés par Franzensfeste ; 

sur risonzo, aucun ouvrage. 

En somme, cet ensemble, dont « le travail d'améliora- 
tion est constant (1) », répond aux nécessités suivantes, 
imposées par le terrain : 

concentration du gros des forces autrichiennes au Sud 
des grandes Alpes, sur l'Isonzo, le flanc gauche protégé 
par la mer, le flanc droit par le groupe d'ouvrages de 
ïarvis, le front par les troupes de couverture, très aug- 
mentées dans cette région depuis 1904 ; 

protection des communications entre le Tyrol et la 
Styrie, à travers le Pusterthal, et défense du Trentin 
assurées par des troupes spéciales, appuyées, en pre- 
mière ligne, sur les forts qui barrent, le plus près 
possible de la frontière, les principales voies d'accès, — 
en seconde ligne, sur Trente et Franzensfeste, réduits de 
la défense du Tvrol méridional. 



(1) Secolo XIX, 15 août 1908. 



Les préparatifs autrichiens. — Les chemins 
de fer et les routes. 



Voies ferrées. 

Les voies ferrées qui desservent la frontière italienne 
et les côtes adriatiques peuvent être étudiées à trois 
points de vue différents : 

réseau de concentration sur la frontière italienne ; 

réseau local du Tyrol méridional ; 

réseau des côtes. 

Réseau de concentration sur la frontière. — Depuis 
cinq ans, le gouvernement austro-hongrois a fait de 
grands efforts pour améliorer le réseau ferré du Sud- 
Ouest de l'Empire. Si les perfectionnements réalisés ont 
servi les intérêts économiques, « les considérations 
stratégiques, comme a dit la Gazette de r Aileniagne du 
Nord (1), ne sont pas venues en dernière ligne », pour la 
décision à prendre. 

Jusqu'en 1904, quatre lignes ferrées seulement réu- 
nissaient à la frontière italienne les ponts du Da- 
nube (2) : 



(1) 2 mai 1907. 

(2j Deux ponts près de Lioz (Steyeregg et Mauthausen), un à Krems 
(ligne d'intérêt local), un kTùUn, trois à Vienne, un à Presbourg (ligne 



BAVJEBE 




ITALIE 



AUTRICHE ET ITALIE. 69 

la ligne (I) da Brenner (Linz, Salzbourg, Innsbriick, 
Trente), à une voie (1) ; 

la ligne (II) de Linz ou Krems à Selzthal, Saint-Michel, 
Yillach, Tarvis, à une voie ; 

la ligne (III) de Vienne ou Presbourgà Graz, Laibach, 
Trieste, Monfalcone, à deux voies; 

la ligne (IV) de Presbourg ou Budapest à Agram, 
Fiume, Saint-Peter, à une voie ; à Agram, peut abou- 
tir une autre ligne venant de Gombos-Erdod ou de 
JVeusatz. 

Les lignes II, III, IV, peuvent seules être utilisées 
pour une concentration dans la région Gôritz-Tarvis, 
car la ligne I, celle du Brenner, est séparée de la ligne II 
par une distance (Franzensfeste-Villach) de plus de 
200 kilomètres. Encore les troupes transportées par la 
ligne II ne seraient- elles débarquées que dans la 
haute vallée de la Save. Celle-ci est séparée de Tlsonzo 
par le massif des Alpes Juliennes, haut de 2,000 mètres 
en moyenne et traversé par un petit nombre de routes. 

Dans de telles conditions, l'Autriche avait un très réel 
avantage à disposer d'une ligne de plus. 

Pour cette raison, et aussi pour des raisons commer- 
ciales du plus haut intérêt, telles que la liaison entre 
Trieste et l'Allemagne du Sud, l'administration austro- 
hongroise a commencé en 1904 la construction de deux 
sections de voie. L'une, à travers le massif des Tauern, 
entre Schw^arzach-Saint-Veit et MoUbriick, ouvrira une 
communication directe entre Salzbourg et Villach et 
réduira de 185 kilomètres le trajet entre ces deux villes. 
L'autre, à travers les Karawanken et les Alpes Juliennes, 
relie le bas Isonzo à Villach et Klagenfurt. 



secondaire), deux à Budapest, un à Gombos-Erdod (au coude Sud du 
Danube), un à Neusafz. Un quatrième pont est en projet à Vienne. 
{Neue Freie Presse, 5 juillet 1907). 

(1) Celte ligne est à deux voies sur certaines sections. 



70 AUTRICHE ET ITALIE, 

Au mois de septembre 1903, le premier tronçon Nord 
de la section des Tauern a été livré à l'exploitation. 
Toutefois, la percée d'un tunnel de plus de 8 kilomètres 
à travers le massif s'est heurtée à des difficultés considé- 
rables. Celles-ci ont occasionné des retards importants 
et des dépassements notables de crédits. Ce tunnel a été 
ouvert le 21 juillet 1907. « Il est inutile, a dit à cette 
occasion le Jou7mal de Genève (1), de faire ressortir l'im- 
portance stratégique et commerciale de la nouvelle 
ligne. » Elle ne pourra être entièrement construite avant 
l'été de 1909. 

La ligne Klagenfurt-Trieste, à une voie, a été termi- 
née au mois de septembre 1906. Il en a été de même du 
tronçon Spitalam Pyhrn-Selzthal. Ce tronçon raccourcit 
de 50 kilomètres la distance de Linz à Selzthal. 

Actuellement, la ligne II a donc été poussée jusqu'à 
(joritz et Trieste, et la distance Linz-Trieste diminuée de 
170 kilomètres. Il faut cependant tenir compte de ce fait 
que les sections nouvellement construites ont un profil 
accidenté et que les trains militaires n'y pourront proba- 
blement circuler que dédoublés. En outre, entre le tunnel 
de Wochein et Gôritz, la ligne II longe la frontière ita- 
lienne à moins de lo kilomètres, parfois à 4 ou 5. Par 
suite, elle devra être gardée d'une façon très sérieuse, 
dès le premier jour d'une mobilisation. Les troupes de 
couverture sont aujourd'hui, du reste, assez nombreuses 
dans cette région. 

Malgré ces inconvénients, il n'y a pas à douter que 
l'appoint constitué par les nouvelles voies ferrées, en vue 
d'une concentration sur l'Isonzo, est très appréciable. 
L'Autriche dispose aujourd'hui de trois lignes de trans- 
port pour masser ses forces sur l'Isonzo, et d'une qua- 
trième pour renforcer le Tyrol. Lorsqu'elle sera achevée, 



(1) 28 juillet 1907. 



BAVJEBE 




Légende. /_' M^U-'-}^ 

2 voies ^ Fui.^e 

'J \en conslruition ^ 
\ea projet ^ 



ITAUE 



AUTRICHE ET ITALIE. 71 

la section des Tauern pourra fournir une quatrième 
ligne pour la concentration vers Villach-Gôritz. 

D'autre part, de Trieste à Trente, il existe maintenant, 
le long de la frontière, une voie ferrée ininterrompue. 
S'il n'est pas indispensable d'utiliser la ligne du Puster- 
thaï pour les transports de concentration, elle peut 
rendre de grands services pour des mouvements latéraux 
de troupes ou de matériel en arrière de la frontière. 

En 1908, le réseau de concentration n'a été l'objet 
d'aucune amélioration importante, si l'on excepte les 
travaux de la ligne des Tauern, non encore terminés. 
Tout au plus convient-il de signaler, dans la région de 
risonzo, les projets de voie ferrée de Laibach à San 
Daniel, près de Gôritz, et de Gôritz à Gervignano, à la 
frontière (1). Les travaux préparatoires de cette dernière 
ont été commencés au mois d'octobre 1908 (2). 

Au commencement de 1909, le réseau se compose 
donc de quatre lignes possibles de transport. Une seule 
est à deux voies. Sur l'Isonzo, « les stations sont aména- 
gées pour les grands mouvements de troupes et de maté- 
riel Ce réseau est très développé. Le budget impérial 

fait pour lui des dépenses très importantes (3) ». 

Réseau local du Tyrol méridional. — Si le réseau de 
concentration est, à la fin de 1908, à peu près dans l'état 
où il était une année auparavant, des améliorations nota- 
bles ont été, au contraire, décidées ou commencées en 
1908 pour les chemins de fer locaux du Trentin. 

Au point de vue militaire, ce réseau rendra la défense 
plus facile, par la possibilité de faire exécuter aux 



(1) Zcitung des Vereins deutscher EiscnbahnvenvaltungeUf 2 sep- 
tembre 1908. 

(2) Ibid., 24 octobre. 

(3) Sccolo XIX, ]o août 1908. 



72 AUTRICHE ET ITALIE. 

réserves, rassemblées dans les vallées, des mouvements 
plus rapides. 

Si la nouvelle ligne Brtineck-Sand, le projet Mals- 
Landeck ne présentent pas un grand intérêt militaire, 
il n'en est pas de même des lignes, projetées ou en cons- 
truclion, de Botzen et Trente à Malé et Fucine, de 
Toblach et Waidbrtick à Gortina d'Ampezzo, de Trente 
àTione(l). Bien que ces lignes soient à voie étroite, 
leur construction améliorera certainement la défense 
du Trentin. 

Ces projets font partie d'un plan général établi, en 
1908, par une commission de représentants de divers 
ministères et de députés des régions intéressées, en vue 
du « relèvement économique du Tyrol et du Ktisten- 
land (2) ». 

Réseau des côtes. — En Istrie, deux nouvelles lignes 
locales compléteront le réseau : celle de Fiume à Pirano, 
sur la côte occidentale, et celle de Pisino, sur la 
grande voie Trieste-Pola, à Parenzo, sur la même 
côte. 

En Dalmatie, les améliorations sont d'ordre plus 
général. 

Jusqu'à la fin de 1907, la Dalmatie était reliée au reste 
de l'Empire par l'unique voie étroite qui, de Metkovitz à 
Brod, traverse toute la Bosnie-Herzégovine, du Sud au 
Nord, parMostar et Sarajevo. En cas de guerre avec un 
ennemi maître de la mer, la Dalmatie, le port de guerre 
de Cattaro, seraient donc à peu près livrés à eux- 
mêmes. 

Le compromis austro-hongrois, signé en décembre 



(1) Zfdtung des Vereins deutscher Eisenhahriveriualtungen, 16 sep- 
tembre et 14 novembre 1908. 

(2) Ihid., 2 septembre 1908. Le Kùstenland comprend le territoire 
de Trieste, le comté de Gôritz et de Gradisca et l'Istrie. 



AUTRICHE ET ITALIE. 73 

1907, a enfin aplani toutes les difficultés d'ordre tech- 
nique et politique auxquelles se heurtait, depuis plu- 
sieurs années, le projet d'un chemin de fer de jonction 
entre la Dalmatie et la ligne Vienne-Trieste. 

De Rudolfswert, terminus actuel d'un embranchement 
de cette ligne, le nouveau tracé traversera le chemin 
de fer de Fiume à Budapest et, par la Croatie méri- 
dionale, rejoindra, à Kain, la ligne dalmate qui fait 
communiquer ce point avec Sebenico et Spalato. 

En outre, dès maintenant, on s'occupe de rattacher 
cette grande ligne future à celle de la Dalmatie méridio- 
nale et de l'Herzégovine en construisant la section 
Spalato-Metkovitz. 

Les travaux doivent être finis en 1911. Ils sont éva- 
lués à 130 millions. 

Lorsqu'ils seront achevés, le port de guerre de Cat- 
taro sera relié, d'une part, avec la Hongrie par la ligne 
de Bosnie, de l'autre, avec l'Autriche par la ligne de 
Dalmatie. 

A voie normale, alors que le réseau bosniaque est à 
voie étroite, la nouvelle ligne Rudolfswert-Spalato per- 
mettra d'amener rapidement des troupes, depuis Vienne 
jusque sur les côtes dalmates. Cette importance a été 
signalée par la presse autrichienne et allemande. « Le 
rapport rédigé par la Chambre des seigneurs, dit la 
Zeilung des Vereins deutscher Eisenbahnverioaltungen^ 
exprime la satisfaction que le gouvernement, et en 
particulier le Ministre des chemins de fer, ait réussi à 
surmonter la résistance qui s'opposait à la jonction de 
la Dalmatie. avec le réseau ferré croate et autrichien, 
et à persuader l'administration hongroise de l'avantage 
de cette liaison pour la Dalmatie et la Croatie, comme 
aussi de sa nécessité pour l'ensemble de l'Etat austro- 
hongrois. » 

En ce qui concerne les chemins de fer, l'effort prin- 
cipal a donc porté, en 1908, sur l'amélioration des com- 



74 AUTRICHE ET ITALIE. 

munications par voie ferrée entre les côtes dalmates et 
l'intérieur de l'Empire. 

Routes. 

Dans le programme de « relèvement économique du 
Tyrol et du Kustenland », conçu au mois de juillet 1908, 
figurent de très nombreux projets de routes aux environs 
de la frontière italienne. La Neue Freie Presse, de 
Vienne, en a donné l'énumération détaillée. 

« Jusqu'à présent, lit-on dans le journal autrichien (1), 
le réseau routier, dans le Tyrol méridional, est très défec- 
tueux ; dans beaucoup de vallées importantes, il n'y a 

pas de routes Vers Gôritz et Trieste, de même 

qu'en Istrie, les conditions sont un peu meilleures, bien 
qu'elles aient cependant besoin de perfectionnements. 
Dans la région de Gôritz, il existe de nombreux chemins, 
mais ils ne répondent plus entièrement aux exigences. 
Des motifs militaires aussi bien qu'économiques prouvent 
la nécessité de construire de nouvelles routes. 

« L'avantage principal de cette intervention de l'Etat 
sera d'assurer l'unité de direction dans la construction et 
l'entretien des routes dans le Tyrol, la région de Gôritz, 
celle de Trieste, et en Istrie Les crédits se réparti- 
ront sur quinze ans. Chaque année, il faudra un million 
et demi de couronnes (2). » 

Au cours de ces dernières années, des travaux avaient 
déjà été exécutés pour améliorer certaines voies de com- 
munication parallèles à la frontière : 

celle qui, par Cortina d'Ampezzo et Predazzo, conduit 
de Toblach, dans le Pusterthal, à Auer, sur l'Adige, lon- 
geant toute la frontière du Tyrol sud-oriental ; 



(1) 4 août 1908. 

(2) La couronne Taut i fr. 05 environ. 



AUTRICHE ET ITALIE. 75- 

celle qui relie Imer, dans le val Gismone, à Strigno, 
dans la vallée de la Brenta ; 

celle qui unit le val Giudicariaàla route du Tonale. 

D'autres routes, construites par des compagnies de 
pionniers, ont manifestement un intérêt militaire au pre- 
mier chef. 

Le H juin 1908, la, Zeii, de Vienne, annonçait que 
deux compagnies de pionniers travaillaient à la cons- 
truction d'une route entre Mauthen, — dans la vallée du 
Gail, près de Kôtschach — et le col de Plôcken, à la 
frontière italienne. 

Sur une longueur de près de 80 kilomètres, des défi- 
lés de Garinthie à la Strada d Allernana^ route directe de 
Venise à Innsbrûck par Gortina d'Ampezzo, le col de 
Plôcken marque la dépression la plus basse — \ ,300 mè- 
tres — des Alpes Garniques. Jusqu'en 1908, il n'était 
franchi que par un chemin muletier. G'est ce chemin 
que l'autorité militaire a fait transformer en voie carros- 
sable, du côté autrichien. Gomme Mauthen est déjà relié 
à la ligne ferrée de laDrave parla route Mauthen-Ober- 
Drauburg, il existera ainsi une communication directe, 
pour l'artillerie et les convois, entre le chemin de fer et 
le col de Plôcken. 

Quelque temps après, au mois de septembre, la presse 
a parlé de l'envoi de pionniers dans la région de Bievero, 
pour établir une route à travers le col de Gereda (1). 

Tant que le réseau ferré local du Tyrol méridional 
n'aura pas reçu un plus grand développement, l'impor- 
tance du réseau routier sera considérable pour la défense 
du pays. L'exécution du programme de 1908, l'achève- 
ment des travaux faits par les troupes techniques, 
l'amélioreront d'une façon sérieuse. 



(1) Neue miUtàrische BlàtteVf 4 octobre 1908. 



VI 



Les préparatifs autrichiens. — La défense 
des côtes et la marine. 

De la frontière italienne près de Monfalcone à la 
frontière monténégrine près de Spizza, le développe- 
ment des côtes austro-hongroises est de 800 kilomètres 
environ. 

Les brouillards, les courants, les vents, parfois vio- 
lents, rendent partout la navigation assez délicate. 

Entre Pola et Raguse, sur une étendue de 500 kilo- 
mètres, l'accès des côtes dalmates est défendu par 
une suite presque ininterrompue d'iles et d'ilôts, der- 
niers vestiges d'un littoral disparu, séparés par des 
passes souvent étroites . Une soixantaine de petits ports 
bordent ces côtes. Dans ces parages difficiles, aucun 
d'eux n'a pu, toutefois, prendre un grand dévelop- 
pement. Des flottilles de torpilleurs, des petits croiseurs 
trouveraient là des abris assurés en vue d'entreprises 
à tenter au large. 

A l'extrémité méridionale de la Dalmatie, la magni- 
fique rade fortifiée des bouches de Gattaro offre un point 
d'appui excellent à des croiseurs qui auraient à opérer 
dans la basse Adriatique. 

Au Nord de la Dalmatie, entre les deux grands ports 
marchands de Fiume et de Trieste, l'un, autrichien, 
l'autre, hongrois, le port de guerre de Pola est la base de 
la flotte de combat austro-hongroise. 

A part quelques batteries sur certaines îles, la défense 
fixe des côtes ne comprend encore que les deux ports 
de guerre de Pola et de Gattaro. Aucun travail impor- 



AUTRICHE ET ITALIE. 77 

tant n'y a été signalé en 1908, mais les troupes tech- 
niques de forteresse, — artillerie et pionniers, — y ont 
été sensiblement augmentées. 

Entre ces deux places maritimes, l'organisation d'une 
base secondaire a été étudiée. ^ Au Ministère de la 

guerre (1) , on projeta de fortifler Sebenico, en y 

consacrant 6 millions de francs. Ce plan fut abandonné, 
car le canal, long de 7 kilomètres, qui conduit à Sebe- 
nico, est très étroit. Maintenant, il est décidé d'établir ce 
point d'appui dans le golfe de Sabbioncello. On cons- 
truira des forts sur la presqu'île et le continent, et on 
percera l'isthme de Stagno On aura ainsi une com- 
munication sûre, en temps de paix comme en temps de 
guerre, entre Spalato et Raguse, entre la Dalmatie du 
Nord et celle du Sud (2). » 

En Autriche-Hongrie, la défense des côtes incombe 
au commandement territorial (3), sauf à Pola et à Gat- 
taro. Pola est commandé par un amiral, Cattaro par un 
général, gouverneur, assistés chacun d'un état-major, 
d'un directeur de l'artillerie, et d'un directeur du génie. 
Le gouverneur de Cattaro dispose, en outre, d'un capi- 
taine de vaisseau, par l'intermédiaire duquel il exerce 
son autorité sur les navires et les établissements de la 
marine affectés à la défense des Bouches. La garnison 
de chacun de ces deux ports de guerre comprend envi- 
ron une brigade d'infanterie, avec des compagnies de 
pionniers et plusieurs bataillons d'artillerie de forte- 
resse (4). 



(1) En Autriche-Hongrie les atfaires maritimes sont traitées, non 
par un Ministère spécial de la marine, mais par une section du Minis- 
tère de la guerre. 

(2) Neue militànsche Blâtter, 31 août 1908. 

(3) Commandant du 3^ ou du 13^ corps d'.trmée, ou du territoire 
militaire de Zara. 

(4) Pola, 6 bataillons, 1 demi-bataillon (2 compagnies) de pionniers 



78 AUTRICHE ET ITALIE. 

Dans une étude très documentée sur « la Dalmatie et 
la défense de ses côtes (1) », le capitaine de vaisseau von 
Rziha apprécie comme il suit la valeur respective des 
difTérents points d'appui de la côte dalmate : 

(( Par suite de sa situation à la pointe Sud de la pénin- 
sule de ristrie, qui s'enfonce dans l'Adriatique comme 

une épine, Pola peut servir de repli mais 

l'arsenal et les dépôts de munitions peuvent être bom- 
bardés de la mer par un tir indirect. Les navires qui 
exécutent ce tir peuvent se tenir hors de la portée des 

batteries de côte La rade de Fasana, où devrait 

se tenir la flotte autrichienne, est vue de la mer, au 

Nord-Ouest et au Sud-Ouest Au Nord, les forts 

sont à 2 kilomètres des dépôts de munitions et à 3 kilo- 
mètres de l'arsenal. Les uns et les autres peuvent être 
bombardés du village de Dignano, à 9 kilomètres ». Au 
Sud de Pola, l'île de Lussin a été fortifiée. Quant à 
Cattaro, ce port de guerre est devenu un véritable 
camp retranché, dont les ouvrages sont « munis de 
nouveaux canons lourds, du dernier modèle (2) ». Le 
port est malheureusement dominé à bonne distance 
par les hauteurs où passe la frontière. Les Monté- 
négrins ont, en 1906, construit un fort sur ces hau- 
teurs. Aussi a-t-on évacué sur Castelnuovo, au com- 
mencement de 1907, les magasins militaires de Cattaro 
pour les mettre hors d'atteinte des pièces monténé- 
grines (3). 

Dans les Bouches de Cattaro, a Teodo, dit le comman- 
dant von Rziha, possède un petit arsenal de réparations, 



de forteresse, 4 bataillons (16 compagnies) d'artillerie de forteresse. 
— Cattaro, 7 bataillons, 1 compagnie de pionniers de forteresse, 2 ba- 
taillons et demi (9 compagnies) d'artillerie de forteresse. 

(1) Revue allemande Ueberall, avril et mai 1908. 

(2) Giornale tritalia, mars 1906. 

(3) Étuile belge, M février 1907. 



( 



AUTRICHE ET ITALIE. 70' 

avec dépôt de charbon. Le stationnement d'une division 
de croiseurs avec des torpilleurs y est ainsi facilité. 
Leur tâche principale consistera à surveiller le canal 
d'Otrante et à tenter des opérations contre Antivari, Bari 
et Brindisi 

« Sebenico est la meilleure base pour la flotte ac- 
tive Il y a de l'eau douce en abondance aux envi- 
rons, des mines de charbon. Un chemin de fer relie le 
port à l'intérieur. 

« Le point le plus faible de la côte autrichienne est 
Trieste. » 

L'opportunité de fortifier le grand port de commerce 
autrichien est très discutée en Autriche dans la presse 
militaire et maritime. Il y a vingt-cinq ans, un projet 
complet avait été établi par le général du génie von Her- 
mann. « La fortification de Trieste sur le front de mer 
est, sans doute, très utile et souhaitable, dit la Militàri- 
sche Presse (1). Notre plus grand port, les lignes ferrées 
importantes qui en sortent seraient ainsi couverts contre 

un coup de main Mais les fortifications que l'on 

élèverait sur les deux iles en avant de Trieste 

seraient détruites en très peu de temps par les cuirassés 
ennemis 

« La fortification de Trieste serait un désavantage 
direct pour la défense de notre côte, non parce que les 
30 millions de couronnes qu'elle exigerait seraient cer- 
tainement prélevés sur le budget de la marine, mais 
parce qu'elle donnerait à beaucoup de personnes une 

fausse sécurité Construire la flotte est la première 

nécessité^ le premier moijen de défendre la côte 

(( Les enseignements répétés des guerres navales 
prouvent sans exception, que, seule, la victoire sur mer 
rend impossible l'attaque d'une flotte contre le littoral, et 



(i) 21 novembre, 2 décembre 1908. 



80 AUTRICHE ET ITALIE. 

que, seule, la suprématie navale peut protéger la côte. 
Le moyen de défense contre toutes les attaques venant 
de la mer est et reste donc uniquement la flotte 

« Les fortifications côtières ont seulement pour but 
de défendre contre une surprise les navires mis momen- 
tanément hors de combat , de permettre à la flotte 

de se ravitailler en sécurité Ce sont des bases 

d'opérations. 

«. De même que Trieste ne peut être protégée, contre 
une invasion par terre, que grâce à une armée solide, 
de même, une flotte puissante pourra, seule, empêcher 
le débarquement de troupes de siège italiennes. » 

Cette opinion est aussi celle du commandant von 
Rziha : 

« Une côte étendue, où les îles et les côtes maritimes 
sont nombreuses, comme en Dalmatie, ne peut être 
mise à Fabri d'un coup de main, dit-il (1), qu'avec une 
flotte assez forte et des fortications en rapport avec 
cette flotte. L'adversaire trouvera, en effet, facilement 
sur le littoral des points d'appui pour ses opérations. 
Par contre, avec ces deux moyens de combat, — flotte 
et fortifications, — la possession d'une côte de ce genre 
est un avantage en face d'une côte plate, pauvre en 
ports, comme celle de l'Italie dans l'Adriatique, où 
Venise et Ancône sont en l'air, sans bases internué- 
diaires 

<( Il n'est pas douteux qu'en Autriche la flotte n'est 
pas assez forte et la côte pas assez fortifiée, pour ren- 
dre une victoire italienne absolument impossible 

« La construction des navires et la fortification des 
côtes doivent se faire simultanément et en temps oppor- 
tun. Les improvisations de la dernière heure sont tou- 
jours défectueuses. Les moyens de combat n'ont de 



(1) Ueberall, mai 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. 81 

valeur que s'ils sont liés à la pratique nécessaire et à 
l'éducation du temps de paix. » 

« La côte ne peut se défendre que par l'attaque », 
lit-on dans le Danger italien^ brochure éditée à Vienne 
en 1908(1). 

Or, la supériorité numérique de la flotte de guerre 
italienne est indéniable, — de près du double. A 
l'époque de Lissa, cette supériorité était seulement du 
tiers (2). 

« L'effort accompli par les Italiens pour nous dépasser 
de beaucoup, écrit un publiciste autrichien (3), date 
seulement de peu de temps. Depuis trois ans, sous le 
couvert des mots « Mare nostrum », une vive agitation 
a commencé pour augmenter la flotte italienne. 

« Cette agitation s'est produite en même temps que 
se produisaient les grands troubles de Hongrie. Jamais 
les Italiens n'auraient réussi à nous distancer de cette 
sorte, si les Hongrois, par l'obstruction faite aux projets 
militaires, n'avaient rendu nos chantiers déserts pendant 
deux ans, en 1 90o et 1 906. 

(( Ce qui est fait est fait. Mais comment notre flotte, 
qui a en mains le sort de l'Empire, pourra-t-elle suffire 
à sa grande tâche ? . . . . 

« Croit-on qu'au moment du danger, un second Teget- 
thoff surgira? Rara avis! Même, s'il se révélait, il reste 
très douteux qu'il exécuterait de nouveau l'œuvre d'art 
de Lissa. Aujourd'hui, la décision appartient au feu et 
non à l'éperon. En outre, on ne peut s'égarer dans le 
domaine de l'extraordinaire ; nous devons tabler sur des 
chiffres réels, avec des hommes normaux et des efforts 
normaux. » 



(1) Librairie Daozer. 
(-2) Ueberall, mai 1908. 
(3) Le danger italien. 



82 AUTRICHE ET ITALIE. 

La nécessité d'une forte marine de guerre, en face de 
la flotte italienne, est donc unanimement proclamée en 
Autriche. 

Aussi, dans ces dernières années, l'Autriche a-t-elle 
fait un effort considérable pour renforcer sa flotte. De 
17 millions et demi de francs en J880, le budget de la 
marine a, en 1909, atteint 64 millions. Depuis 190o, 
en quatre ans, l'accroissement a été de 14 millions, 
c'est-à-dire de 25 0/0(1). 

Au point de vue du personnel, comme le Parlement 
n'accordait pas l'augmentation du contingent nécessaire 
pour armer les nouveaux navires, 2,000 hommes ont 
dû être prélevés sur l'armée de terre et versés dans 
les équipages de la flotte. Ce fait doit se reproduire 
en 1910 et en 1911. A ce moment, l'effectif des équi- 
pages sera de 14,000 hommes au lieu de 10,000 en 
1907. 

Au point de vue du matériel, le programme de i904, 
pour lequel 127 millions de francs furent votés, compor- 
tait la construction de trois cuirassés de 10,600 tonnes. 
(( Ces navires sont aujourd'hui, dit la revue navale ita- 
lienne Lista navale italiana (2), le noyau le plus puis- 
sant et le plus homogène de la puissance navale de la 
Monarchie. » 

A ce programme de 1904 en a succédé un autre, en 
1907. Ce dernier consiste à construire un croiseur très 
rapide à turbines, des torpilleurs, 6 sous-marins et 



(i) Progression du budget naval (sans les pensions) : 

En 1S80 'J7,SOO,000 francs. 

En !H96 26,000,000 — 

En 11)00 39,500,000 — 

En 1905 51,000,000 — 

Eu 1907 45,000,000 — 

En 1909 64,000,000 — 

(2) Supplément de mars 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. 83 

surtout trois cuirassés, dont le déplacement sera très 
supérieur à celui des cuirassés de 1904. Ces navires 
jaugeront 14,500 tonnes et seront armés puissamment: 
quatre pièces de 305 et huit de 240. L'un d'eux a été 
lancé le 30 septembre 1908 à Trieste. 

Lorsque les navires en construction seront achevés — 
en 1911, d'après les déclarations de l'amiral Monte- 
cuccolli aux Délégations, — la flotte de l'Empire com 
prendra (1) : 

en première ligne (navires modernes), 

9 cuirassés (trois divisions) : 3 lancés en 1900-1902 (8,400 
tonnes), 3 du programme de 1904 (10,600 tonnes), 3 du 
programme de 1907 (14,500 tonnes) (2); 

2 croiseurs cuirassés (6,300 et 7,300 tonnes) (3); 
4 croiseurs protégés (2,300 et 3,000 tonnes) ; 

12 contre-torpilleurs (400 tonnes); 

24 torpilleurs de haute mer (200 tonnes) ; 

24 torpilleurs de 2« classe (100 tonnes); 

6 sous-marins ; 

en seconde ligne (navires plus anciens) : 

3 garde-côtes cuirassés de 5,600 tonnes (une division) ; 

1 croiseur cuirassé (5,400 tonnes) ; 

2 croiseurs protégés (4,600 tonnes) ; 

2 croiseurs-torpilleurs (1,500 tonnes) ; 

7 contre-torpilleurs (350-610 tonnes). 

Pour la défense des ports : 22 torpilleurs de 30 mètres. 

En outre, lors de la discussion du budget de 1909, 
l'amiral MontecuccoUi a annoncé que, vraisemblablement 



(1) Revue de Streffleur, septembre 1908; commandant de Balin- 
court, Les flottes de combat en 1909. 

(2) La vitesse de ces 9 cuirassés d'escadre varie de 19», 5 h 20", 4. 
Leur armement le plus puissant est constitué par des pièces de 
240°^™ pour ^ix d'entre eux, et de 305™°^ pour les trois autres. 

(3) Vitesse variant de 20 à 22 nœuds. 



84 AUTRICHE ET ITALIE. 

pour le budget de 1910, il demanderait des crédits pour 
le remplacement des trois vieux garde-côtes cuirassés 
par des navires de 18,000 à 19,000 tonnes et pour la 
mise en chantier de trois nouveaux croiseurs rapides et 
de plusieurs sous-marins. 

D'après les informations publiées, au mois d'avril 1909, 
par la presse autrichienne et italienne, ces projets seront 
mis à exécution cette année. Au budget de 1910 sera 
prévue une première annuité pour la construction de 
3 « Dreadnought » de 19,000 tonnes, armés, chacun, de 
10 pièces de 305°^°^ (1). 

Ces navires devront être terminés en 1912. A cette 
époque, la flotte de combat austro-hongroise compren - 
dra 18 cuirassés ou croiseurs-cuirassés : 14 modernes 
et 4 plus anciens. 

Sans aller jusqu'à dire, comme le colonel allemand 
Gâdke, que « à moins d'un miracle, la flotte autrichienne 
ne pourra pas tenir l'Adriatique contre la marine ita- 
lienne (2) », les forces de l'Autriche, sur mer, n'en sont 
pas moins, aujourd'hui, inférieures à celles de l'Italie. 
Les constructions navales projetées pourront atténuer 
cette infériorité. Elles ne la supprimeront probablement 
pas. 



(1) Neue Freie Presse, 6 avril ; MilUari^cke Presse, 10 avril 1909. 

(2) Berliner Tageblatt, 25 août 1908. 



VII 

Les préparatifs autrichiens. — Les manœuvres. 

Presque chaque année, depuis 1904, des grandes 
manœuvres, en Tyrol, en Carinthie ou en Dalmatie, ont 
été l'occasion, pour l'autorité militaire, d'expérimenter 
la nouvelle organisation créée sur la frontière ou sur les 
côtes. 

En 1905, le Tyrol méridional a été le théâtre de manœu- 
vres de corps d'armée, en présence de l'Empereur. « Peu 
d'informations ont été publiées sur les enseignements 
qui en ont résulté, car les correspondants de journaux 
n'étaient pas autorisés à y assister. On a simplement 
appris que les troupes y ont fait des exercices de pon- 
tage, dans des conditions très difficiles, des expériences 
de transmission de renseignements par pigeons voya- 
geurs, par le télégraphe sans fil et des essais d'obusiers 
de campagne à voie étroite (1). » 

En 1906, des unités de l'armée et de la flotte ont parti- 
cipé à des manœuvres combinées dans le Sud de la 
Dalmatie, entre un parti de l'Ouest qui « dispose d'une 
flotte supérieure à celle du parti de l'Est », et un parti de 
l'Est, « dont les forces principales de terre sont d'abord 
retenues dans l'intérieur de l'Herzégovine pour des raisons 
militaires ». 

En 1907, les manœuvres impériales se sont exécutées 
en Carinthie et dans les hautes vallées de la Drave, du 
Gail et de l'Isonzo. Deux corps d'armée complets, 3^ et 

(1) Internationale Revue, 61® supplément, novembre 1905. 



86 AUTRICHE ET ITALIE. 

14®, — 60,000 hommes environ, — y ont pris part. 
D'après les journaux italiens, « ces manœuvres sont 
importantes pour divers motifs, et, avant tout, en raison 
de la zone frontière dans laquelle elles se déroulent. » 

En 1908, les manœuvres impériales ont eu lieu en 
Hongrie, loin par conséquent de la frontière. Toutefois, 
dans le thème donné au parti Sud, on peut reconnaître 
la trace des préoccupations qui agitent le commandement 
austro-hongrois. 

Les masses principales du parti Sud (italien) — 
7 corps — ont pénétré en Styrie et dans la Hongrie occi- 
dentale. Elles cernent le gros des forces ennemies 
(autrichiennes) dans Vienne, qui a été fortifiée. La tête 
de pont de Presbourg est investie par les troupes du 
parti Sud. 

Une armée du Sud (italienne) s'avance du front 
Kopreinitz-Warasdin (1) vers le Nord. Elle a pour mis- 
sion de gagner la région de Papa (2) pour couvrir les 
masses principales du parti Sud contre tout mouvement 
de l'ennemi entre le lac Balaton et le Danube (3). 

L'organisation des « voyages d'études de cavalerie », 
en 1908, a fourni une nouvelle preuve de l'attention 
avec laquelle est maintenant étudié en Autriche tout ce 
qui se rapporte à la frontière du Sud-Ouest. 

Ces voyages avaient lieu, le plus souvent, dans les 
plaines de Galicie ou de Hongrie, plus favorables que 
d'autres régions de l'Empire à l'étude de la tactique de 
la cavalerie. En 1908, au contraire, un de ces deux 
voyages a été exécuté en Carniole, près de la frontière 
italienne, dans la région même où de nouveaux esca- 
drons avaient été envovés en renfort au début de Tannée. 



(1) A environ 150 kilomètres à l'Est de Laibach. 

(2) A 100 kilomètres au Sud-Est de Presbourg. 

(3) Milildr Wochmhlatt, 24 novembre 1908. 



VIII 

Les préparatifs italiens. — Les troupes. 

Aux préparatifs autrichiens, d'une importance parti- 
culière sous tous les rapports, l'Italie ne semble avoir, 
dans ces dernières années, répondu que dans une bien 
moindre mesure. 

Son attention paraît s'être portée, du reste, beaucoup 
plus sur les fortifications et les voies ferrées que sur les 
troupes. 

Vis-à-vis des 14® et 3® corps autrichiens, l'Italie dis- 
posait, en 1902, de deux corps, le 3^ et le 5®. 

En 1906, les circonscriptions territoriales en Vénétie 
ont été remaniées (1). Aujourd'hui, trois corps, les 3^ 
(Milan), 5® (Vérone) et 6® (Bologne) (2), bordent la fron- 
tière autrichienne, dont la surveillance est ainsi mieux 
assurée. 

Sous l'empire des préoccupations causées par les arme- 



(i) LôbelVs Jahrcsberichfe, 1906. 
(2) Veltze\s Armce-Almanach, i909. 

3^ corps : Milan, 

5® division, à Milan : brigade de Coni, à Milan (6 bataillons) ; bri- 
gade de Palerme, à Milan (6 bataillons). 

6^ division, à Brescia : brigade de Lorabardie, à Brescia (6 batail- 
lons) ; 2 régiments de bersagliers, à Milan et Brescia (6 bataillons). 
Groupe d'alpins de Vérone : J régiment, à Milan (4 bataillons, 12 com- 
pagnies). Ensemble : 28 bataillons. 

3*^ brigade de cavalerie, à Milan : 4 régiments (24 escadrons). 

Commandement d'artillerie de campagne*. 2 régiments, 16 batteries 



88 AUTRICHE ET ITALIE. 

ments autrichiens, un nouveau bataillon a été, en 1908, 
créé au 7^ régiment alpin, en Vénétie, au moyen d'une 
compagnie de ce régiment et de deux compagnies reti- 
rées de la frontière française. 

La presse italienne et autrichienne a même annoncé 
que Ton s'occupait de la formation d'un 8® régiment 



montées (dont 8 sur le territoire du 2^ corps), 3 compagnies du train 
(sur le territoire du 4^ corps). 

Régiment d'artillerie à cheval, à Milan : 4 batteries à cheval, 3 com- 
pagnies du train. 

2 compagnies cyclistes (Milan et Brescia). 

5^ corps : Vérone. 

9^ division, à Vérone : brigade du Roi, à Vérone (6 bataillons); 
1 régiment de bersagliers, à Vérone (3 bataillons). 

10^ division, à Padoue : brigade des Marches, à Trévise (6 batail- 
lons); brigade de Pignerol, à Padoue (6 bataillons). 

Groupe d'alpins de Vérone : 2 régiments, Vérone, 7 bataillons 
(22 compagnies), dont 2 sur le territoire du 6^ corps. Ensemble : 
28 bataillons (dont 4 sur le territoire du 6® corps). 

4^ brigade de cavalerie, à Vérone : 2 régiment?, 12 escadrons; 
5*= brigade de cavalerie, à Padoue : 2 régiment*, 12 escadrons (dont 
6 sur le tenitoire du 6® corps). 

Commandement d'artillerie de campagne, à Vérone : 2 régiments : 
16 batteries montées, 3 compagnies du train ; 1 groupe de montagne : 
3 batteries de montagne. 

Artillerie à cheval, à Vérone : 1 groupe (2 batteries à cheval, 1 com- 
pagnie du train). 

Génie : 5 compagnies (2 compagnies de pontonniers, 2 de télégra- 
phistes à Vérone, 1 de mineurs à Vigo). 

1 compagnie cycliste, à Vérone. 

Troupes de forteresse : 8 compagnies d'artillerie (5 à Vérone, 3 à 
Mantoue). 

6^ corps : Bologne. 

11« division, à Bologne : brigade de Pistoïe, à Bologne (6 bataillons) ; 
brigade de Rome, à Udioe (6 bataillons); brigade des Pouilles, à Venise 
(6 bataillons). 

12« division, à Ravenne : brigade d'Ancône, à Ravenne (6 batail- 



AUTRICHE ET ITALIE. 89 

alpin et d'un corps de volontaires alpins sur la frontière 
autrichienne (1), de la création de trois régiments de 
cavalerie à Pordenone (entre L'dine etTrévise), Trévise, 
Palmanova (2), de l'envoi, à Trévise, de batteries à 
cheval et de compagnies du génie (3). 

En attendant, une nouvelle répartition des troupes a 
été adoptée en Vénétie orientale, menacée par les ren- 
forts autrichiens envoyés sur l'Isonzo. Dans cette région, 
quelques bataillons et escadrons italiens, ont été, en 1908, 
avancés vers la frontière. 

Le 7« régiment alpin, augmenté d'un bataillon, a 
quitté Padoue et Conegliano pour Feltre et Tai di Cadore, 
— au pied des cols du Trentin oriental, — Tolmezzo 
et Gemona, — au débouché du col de Tarvis. 

La garnison d'Udine a été renforcée d'un bataillon, 
mais l'état-major de brigade de cavalerie, qui était à 
Udine, a été ramené en arrière, à Padoue. 

Dans la zone située au Nord de la ligne Feltre-Palma- 
nova, incluse, l'augmentation réalisée en 1908 est de 
deux bataillons. 



Ions); brigade de Sicile, à Forli (6 batailloos); 1 régiment de bersa- 
gliers, à Bologne (3 bataillons). Ensemble : 33 bataillons (dont 5 sur 
le territoire du o^ corps). 

C^ brigade de cavalerie, à Bologne : 3 régiments, 18 escadrons (dont 
6 détachés sur le territoire du 4® corps). 

Commandement d'artillerie de campagne, à Bologne : 2 régiments 
(16 batteries montées, 3 compagnies du train). 

1 bataillon cycliste (4 compagnies), à Bologne. 

Troupes de forteresse : 10 compagnies d'artillerie (7 cà Venise, 3 à 
Bologne). 

Génie : 7 compagnies (3 compagnies de sapeurs à Bologne; 2 com- 
pagnies de laguniers et 1 de sapeurs, à Venise; 1 de mineurs, à Chiusa- 
forte). 

(1) Esercito iialiano, !«' mai; Eeuue autrichienne de Streffleur, juin 
1908, février 1909. 

(2) Messogero, 19 février 1909; Pester Lloyd, 18 mars 1909. 

(3) Miiitàrische Presse, 20 février 1909. 



•90 AUTRICHE ET ITALIE. 

Au Sud de cette ligne, les garnisons de Venise et de 
Vérone se sont accrues, la première, de 4 compa- 
gnies, la seconde, d'une compagnie d'artillerie de forte- 
resse (1). 

Un bataillon cycliste a été formé le 1«^ avril 1908 à 
Bologne, avec la compagnie cycliste qui était déjà dans 
cette ville, et 3 autres compagnies venues de Naples, 
Ancône et Livourne (2). 

L'effectif total des 3®, 5^ et 6® corps a donc été sim- 
plement augmenté de 2 bataillons de nouvelle création, 
l'un alpin, l'autre cycliste, et de 5 compagnies d'artille- 
rie de forteresse venues d'autres corps d'armée. En face 
des renforts autrichiens, ce changement est de faible 
importance. 

Au Nord du Pô, l'effectif des 3% 5« et 6« corps itaUens 
est actuellement (3) de : 

66 bataillons; 

3 compagnies cyclistes ; 
48 escadrons; 

41 batteries de campagne ou de montagne ; 
'J5 batteries de forteresse ou de côte; 

9 compagnies du génie; 
10 compagnies du train. 

Pour avoir le total de ces trois corps, il y aurait 



(1) Veltzé's Armée- Almanach, 1908; Neae Freie Presse, 17 mars 
1909 ; La Preparazione, 17 mars 1809. 

(2) Revue de Streffleur, juin 1908. 

Batteries 
/^\ de Compa- Compa- 

Compa- Batteries Batteries forteresse gnies gnies 

Ba- gnies Esca- Batteries à de ou du du 

taillons, cyclistes, drons. montées, cheval, montagne, de côte, génie, train. 



3« corps. . 


28 


2 


24 


16 


4 


» 


» 


» 


6 


5e — . 


27 


1 


24 


16 


2 


3 


8 


5 


4 


6« — . 


11 


» 


)) 


)> 


» 


)) 


7 


4 


)) 



Totaux. 66 3 4S 32 6 3 15 9 10 



AUTRICHE ET ITALIE. 94 

lieu d'ajouter à ces chiffres les unités des 5® et 6^ corps, 
dont les garnisons sont situées au Sud du tleuve (1). 
L'ensemble serait alors de : 

89 bataillons; 

7 compagnies cyclistes ; 
66 escadrons; 
48 batteries montées; 

6 — à cheval; 

3 — de montagne; 
J8 — de forteresse ou de côte; 
12 compagnies du génie ; 
14 — du train. 

Si l'on admet, pour ces corps, les effectifs indiqués 
par les décrets organiques de l'armée italienne (2), 
les 3'', o^ et G*"^ corps compteraient, en temps de paix, 
60,000 hommes (3). Ce chiffre se réduit à 43,000, 



^[\ Compa- Batteries Couipa- Conipa- 

Ba- gnies Esca- Batteries de gnies gnies 

taillons, cyclistes. dions. montées, forteresse, du génie, du train. 

5^ corps i » )) » )> » » 

6^ — 22 4 18 16 3 3 3 

(2) Effectifs en hommes, flxés par le décret du 3 août 1903 : 

Compagnie d'infanterie et de bersagliers HO hommes. 

— d'alpins 140 — 

Escadron de cavalerie 1S3 — 

Batterie montée 90 — 

— à cheval J20 — 

— de montagne 140 — 

— de forteresse ou de côte 110 — 

Compagnie du génie Ho — 

— du train , 90 — 

(3) Infanterie et bersagliers 33,000 hommes. 

Alpins 4,700 — 

Cavalerie 9,700 — 

Artillerie de campagne 4,700 — 

A reporter 54,100 hommes. 



92 AUTRICHE ET ITALIE. 

si l'on fait abstraction des garnisons des 5® et 6® corps 
au Sud du Pô. 

Jusqu'au commencement de 1908, l'Autriche et l'Italie 
disposaient de forces à peu près équivalentes sur 
leur frontière commune : l'envoi, depuis 1903, dans les 
3® et 14® corps autrichiens, de 12,000 hommes de nou- 
velles troupes, avait rétabli, pour l'Autriche, l'équilibre 
avec les forces italiennes de la vallée du Pô. Les renforts 
et les nouvelles formations de 1908 (1) ont rompu cet ; 
équilibre au profit de l'Autriche. De plus, à petite dis- 
tance de la frontière, les troupes de couverture sont 
moins nombreuses en Italie qu'en Autriche. Les modi- 
fications réalisées par l'Italie, au cours de l'année 1908, 
en Vénétie orientale, sont sans grande importance. 
Elles ont peu changé la situation d'infériorité des forces 
italiennes dans cette province, en face des nombreuses 
troupes autrichiennes qui garnissent la région de 
risonzo. 



Report 5i,100 hommes. 

Artillerie de montagne 400 — 

— de forteresse 2,000 — 

Génie 1,300 — 

Train d'artillerie 1,300 — 

Total général 59,100 hommes. 

(1) L'Autriche a envoyé, en 1908, 8,000 hoaimes sur la frontière 
italienne. Voir, à ce sujet, p. 35. 



IX 

Les préparatifs italiens. — Les fortifications. 

Si, le long de la frontière, les troupes ont été peu 
augmentées, le système de fortifications a, par contre, 
reçu depuis cinq ans, quelques améliorations (1). 

A rOuest du Trentin, l'Italie n'avait, jusqu'à ces der- 
nières années, élevé aucun fort. Aujourd'hui, les cols du 
Stelvioet du Tonale sont barrés par des batteries près de 
Bormio, par un fort près de Ponte di Legno. 

Aux débouchés Sud des vallées de la Chiese et de 
TAdige, les ouvrages de Rocca d'Anfo, de Vérone, de 
Rivoli ont été renforcés. Ces derniers sont aujourd'hui 
puissamment armés. Les forts construits autour de 
Vérone, à grande distance (10 kilomètres environ), don- 
neront à cette place une valeur qu'elle ne possédait pas 
auparavant, comme tête de pont sur la rive gauche de 
l'Adige et comme camp retranché. 

Entre l'Adige et le Tagliamento, les Italiens ont orga- 
nisé plusieurs zones fortifiées de rassemblement, véri- 
tables places d'armes pour des opérations contre leTyrol 
sud-oriental : celle de la haute vallée de l'Astico, entre 
Arsiero et Asiago, couverte, près de la frontière, par les 
forts du val Leogra et de San-Pietro ; — celle de la 
Brenta, entre Valstagna et Gismone, défendue par les 
forts de Primolano et d'Asiago ; — celle de la Piave, 
entre Feltre et Bellune, protégée de même par les 



(1) LohelVs Jahresherichte, d904, 1905, 1906; Ueberall, 7 et li dé- 
cembrel906; Militar Woclunblatt, Il juillet 1907. 



94 AUTRICHE ET ITALIE. 

ouvrages de Pedevena, d'Agordo, de Pieve di Cadore, 
de Vigo. De tous ces ouvrages, « un seul est cuirassé (1) ». 

« Les fortifications du val Leogra et d'Agordo sont les 

forts italiens les plus solides de la frontière Celles 

d'Agordo consistent en une batterie ouverte, semi-per- 
manente, un emplacement pour pièces, et un barrage 
permanent très solide, avec des casemates dans le rocber. 
Le chemin Fiera di Primiero-Agordo, qui tourne ces 
ouvrages, est barré près de la frontière par une batte- 
rie pour pièces de campagne. 

« Les fortifications de Vigo-Lorenzago se composent 
de plusieurs emplacements pour pièces de campagne et 
de logements défensifs. 

« Celles de Pieve di Cadore comprennent plusieurs 
ouvrages fermés, destinés au combat éloigné, près de 
Pieve et de Perarolo, de nombreux emplacements de 
pièces, et, près de Perarolo, une position de batterie (2). » 
Mais ce camp retranché de la Piave est « incomplet et 
très faible (3) » . 

L'importance, pour la défense du Tyrol, du maintien 
des communications par le Pusterthal, — l'une de ses 
deux lignes de ravitaillement, — la proximité de la 
frontière italienne qui s'approche à 8 kilomètres de 
cette vallée, donnent une valeur offensive particulière aux 
forts de la haute- Piave, à l'abri desquels des troupes 
peuvent venir se masser à courte distance de la haute 
Rieoz et de la haute Drave. 

Plus à l'Est, les efforts s'étaient, jusqu'en 1907, portés 
presque uniquement sur la défense de la voie ferrée 
Osoppo-Tarvis. Le reste de la frontière orientale n'était 
nullement fortifié. 



(1) SecoloXlX, 15 août 1908. 

(2) MUitar Wochenblait, 11 juillet 190S. 

(3) Secolo XIX, 15 août 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. 95 

(( Depuis plus de trente ans, dit l'ingénieur Lorenzo 
d'Adda dans le Secolo (1), le général Perruchetti ne 
cesse de signaler dans de nombreuses publications le 
grand danger de cette brèche sans défenses. » 

L'administration militaire s'est préoccupée de cette 
situation qui permettait aux Autrichiens de franchir la 
frontière sans coup férir, d'autant plus que la supério- 
rité de leur réseau ferré- leur donnait une avance appré- 
ciable dans la concentration de leurs forces. Une partie 
des crédits militaires extraordinaires, votés au mois de 
juin 1907 par le Parlement italien, a été affectée aux for- 
tifications du Nord-Est. 

Le premier chapitre du rapport de la Commission 
d'enquête sur l'armée, publié le 18 mai 1908, a concerné 
les fortifications de la frontière. 

La Commission a relevé des lacunes importantes dans 
Porganisation défensive « que des considérations finan- 
cières ont fait négliger pendant de longues années ». Il 
s'agit là vraisemblablement de la frontière du Nord-Est. 
Le rapport estime qu'il faut mettre les barrages des 
Alpes à hauteur des progrès de l'artillerie moderne et 
réorganiser aussi les places maritimes. 

Commencés à la fin de 1907, les travaux ont continué 
en 1908, tant pour barrer la trouée entre le col de Tarvis 
et la mer, que pour renforcer la défense des cols du 
Trentin oriental. « Le rassemblement de notre armée 
entre la Piave et le ïagliamento, dit le Secolo (2), serait 
rendu très difficile, si l'on ne mettait pas notre flanc 
gauche à l'abri de n'importe quelle tentative d'irruption 
par les passages du Tyrol. » 

La presse (3) a signalé la construction d'ouvrages, en 



(1) 26 juillet 1908. 

(2) Ibîd. 

(3) Étoile belge, 24 mai 1908. 



96 AUTRICHE ET ITALIE. 

1908, dans la vallée du Natisone, près de Cividale, à 
la frontière orientale — et dans celle de la Piave ; en 

1909, dans les hautes vallées de l'Oglio (col du Tonale), 
de la Chiese (val Giudicaria), de la Piave, près de Vigo 
(col de Kreutzberg), de la Fella (col de Tarvis) (1), du 
Gordevole, au Nord-Ouest de Bellune (2), — et sur le 
front de terre de Venise, à l'Ouest des lagunes (3). 

Depuis deux ans, l'Italie renforce donc ses forts des 
Alpes autrichiennes et organise, à Venise, une base 
fortifiée, non seulement pour sa flotte dans l'Adriatique 
septentrionale, mais aussi pour les forces de terre qui 
opéreraient entre le Tyrol et la mer. 

Toutefois, il ne faut pas oublier que les crédits alloués 
en 1907 se répartissent sur plusieurs années. Par suite, 
la date d'achèvement de tous les travaux prévus peut 
être assez éloignée. 

« Parmi les fortifications italiennes, les unes sont de 
simples ouvrages de barrage avec caractère défensif, 
comme Rocca d'Anfo, Val Leogra, Agordo, les autres 
forment des zones fortifiées de rassemblement en vue 
d'opérations offensives (Arsiero-Asiago, Primolano- 
Fastro-Lamone) ou des zones de manœuvres pour la 
défense de la frontière (Vigo — Lorenzago — Forni — A vol- 
tri — Pievedi Cadore). Les nœuds déroutes sont battus 
directement aux défilés, ou indirectement par des batte- 
ries qui les prennent d'enfilade (Arsiero et Agordo). Ces 
défenses consistent généralement en un ouvrage de vallée 
et un ouvrage dominant destiné à combattre l'artillerie 
adverse 

« De nombreux chemins militaires conduisent aux 
emplacements préparés pour les batteries. Des dispositifs 



(i) Rivista di politica estera e coloniale^ 20 janvier 1909. 

(2) Gazetta di Venezia, 25 janvier 1909. 

(3) Adriatico, de Venise, 21 janvier 1909. 



AUTRICHE ET ITALIE. 97 

de mine près des ouvrages d'art complètent les mesures 
défensives (1). » 

Vis-à-vis du Tyrol et de la Carinthie, l'organisation 
défensive adoptée par l'Italie est, en résumé, la sui- 
vante : 

près de la frontière, des forts servent de point d'ap- 
pui aux troupes de couverture et barrent les principaux 
passages venant du Nord; la vallée la plus importante, 
celle de l'Adige, est défendue par la place de Yérone, 
transformée en une grande tête de pont sur la rive gau- 
che du fleuve ; 

sur le front oriental du Trentin, des zones fortifiées 
permettent de rassembler des troupes à l'abri, soit 
pour couvrir le flanc gauche et les derrières d'une 
armée marchant de la Brenta sur l'Isonzo, soit pour 
tenter des opérations offensives sur le Pusterthal ou la 
haute Adige. 

A l'Est du Tagliamento, aucun fort n'existe encore 
actuellement. 

Sur la côte, les fortifications de Venise peuvent être 
utilisées pour couvrir le flanc droit d'une armée déployée, 
face au Nord-Est, sur la Brenta. 

Cette organisation n'a pas la force de l'organisation 
autrichienne, plus complète. D'après la revue allemande 
Ueberall (2) « les fortifications autrichiennes sont orga- 
nisées d'une façon plus moderne. Par conséquent, la 
durée de résistance des barrages italiens serait moin- 
dre ». 



(1) Militar Woch-^nblalt, Jl juillet 1901 

(2) 14 décembre 1906. 



X 



Les préparatifs italiens. — Les chemins 
de fer et les routes. 



Voies ferrées. 

Pour la concentration d'une armée sur la Brenta, les 
Italiens disposent de trois voies ferrées : 

1 ° Ancône — Ra venne — Ferrare — Rovigo — Chioggia ; 

2o Florence — Bologne — Mantoue — Padoue ; 

3° Livourne — Parme — Mantoue — Vérone — Vicence. 

Plus probablement, en raison du peu d'avantages que 
leur procurerait l'utilisation de la section Rovigo — 
Chioggia, et en tout cas, s'ils veulent pousser la concen- 
tration plus loin vers la frontière du Nord-Est, deux 
lignes seulement sont à leur disposition : 

Parme — Mantoue — Vérone — Vicence — Trévise — 
Udine ; 

Bologne — Padoue — Monfalcone. 

Sauf les sections Bologne — Modène et Vérone — 
Padoue — Venise, toutes sont à une voie, 

Dès 1903, l'amélioration de ce réseau était à l'ordre 
du jour. 

(( A l'occasion des projets de loi autrichiens relatifs 
aux nouveaux chemins de fer dans les Alpes, quelques 
journaux italiens, notamment la Potria^ ont fait ressortir 
la nécessité de la construction de voies ferrées aboutis- 
sant à la irontière austro-hongroise La Patria décla- 
rait que ce complément du réseau serait une mesure de 



AUTRICHE ET ITALIE. 99 

sécurité militaire, sans que la fidélité envers la puis- 
sance alliée en fût entamée Un capitaine d'état- 
major, Emil Abati, étudia cette question au seul point de 
vue militaire, dans un travail intitulé : // problema 

ferroviario italiano Il demandait la pose d'une 

deuxième voie sur toute les lignes principales, l'adoption 
du block-système et l'extension du réseau ferré. D'après 
ses calculs, 600 millions de francs seraient nécessaires 
pour les améliorations à apporter aux voies exis- 
tantes, et 400 millions pour la construction de nouvelles 
lignes (1). » 

Depuis la reprise des chemins de fer par l'Etat, le 
1^^ juillet 1905, le gouvernement a reconnu la nécessité 
de grands travaux sur le réseau national. 

De 1905 à 1908, le Parlement lui a accordé, à cet effet, 
un milliard de francs. Plus du tiers — 380 millions — a 
été consacré à l'achat de matériel roulant. En 1908, une 
nouvelle somme de 550 millions a été votée (2). D'après 
les journaux (3), la discussion, à la Chambre, a « pris une 
grande vivacité au sujet de la construction de certaines 
lignes d'intérêt stratégique en Vénétie », demandées par 
les députés de cette région. « Ceux-ci préconisaient une 
ligne directe de Bologne à la frontière orientale, par 
Ostiglia, Legnago, Camposanpietro. Le gouvernement 
écarta ce projet, qui ferait une concurrence aux lignes 
existantes, et s'en tint au doublement de la ligne Bologne 
— Padoue (4). » 

Certains travaux du programme adopté intéressent la 
Yénétie et la Lombardie orientale, tels que le double- 



(1) Internationale Revue ûher die gemmmten Armeen und Flotten, 
6® supplément, décembre 1903. 

(2) Revue de Streffleur, novembre 1908. 

(3) Tem:,s, 16 juin 1908. 

(4) Zeitung des Vereins deutscher Eisenbahnverwaltungen, 11 avril 
1908. 



100 



AUTRICHE ET ITALIE. 



ment des lignes Bologne — Padoue, Mestre — Trévise — 
Gasarsa et la construction de celles de Bellune à Cadore et 
de Poggio Rusco à Vérone. En 1907, on a commencé la 
ligne de Mestre à Tezze. Par le val de Sugana, elle fera 
communiquer directement Venise avec Trente. 

Comme pour les fortifications, les crédits alloués sont 
répartis sur plusieurs années : 4 seulement des 550 mil- 
lions votés, doivent être dépensés au cours de Tannée 
budgétaire (1) 1908-1909, 43 en 1909-1910, 70 en 1910- 
1911, 72 en 1911-1912 (2). 

Lorsque les travaux prévus par ce programme seront 
achevés, la situation sera un peu améliorée sur le réseau 
ferré du Nord-Est : une double voie reliera le Taglia- 
mento à Vérone d'une part, à Bologne de l'autre, une 
nouvelle ligne aboutira, du Sud, à Vérone, et deux 
autres voies desserviront les hautes vallées de la Piave 
et de la Brenta. Le rendement de ce réseau, dit un 
journal italien (3), est beaucoup plus faible « que celui 
des chemins de fer autrichiens , organisés supérieu- 
rement pour la concentration la plus rapide du gros de 

l'armée impériale En Italie, les quais et les voies 

nécessaires pour les grands mouvements de troupes et de 
matériel manquent. Avec un tel système dévoies ferrées, 
on peut dire que, dans le même temps, l'Autriche peut 
concentrer des forces deux fois plus grandes. » L'éche- 
lonnement des crédits montre toutefois que cette amélio- 
ration ne pourra pas être réalisée avant un avenir assez 
lointain. 

Routes. 

La presse italienne a fait ressortir que, dans ces der- 
nières années, peu de voies carrossables ont été cons- 



(1) L'année budgétaire italienne commence au 1®^ juillet. 

(2) Bévue de Stref fleur, novembre 1908. 

(3) Secolo XIX, 15 août 1908. 



AUTRICHE ET ITALIF. 101 

truites dans un but militaire. Elle a signalé aussi l'utilité 
d'établir des ponts sur les fleuves de Vénétie. « Ces 
ponts sont toujours les mêmes qu'il y a quarante ans, 
sauf celui de Pinzano, sur le Tagliamento. Il faudrait en 
augmenter le nombre (1) ». 

Pour l'Italie, l'importance des routes, dans la zone 
frontière, est du reste moindre que pour l' Autriche. 
Cette zone est en effet, beaucoup moins montagneuse 
en terrain italien que du côté du Tyrol et de la Carin- 
thie. 

Il était donc naturel que l'effort budgétaire de l'Italie 
se portât de préférence sur les voies ferrées destinées à 
transporter dans la vallée du Pô les troupes du reste du 
royaume. 



(1) Secolo XIX, loaoût V 



XI 



Les préparatifs italiens. — La défense des côtes 
et la marine. 



Le long des côtes italiennes de l'Adriatique, par suite 
des courants et des vents, la navigation est parfois diffi- 
cile. En dehors de Venise, ces côtes ne présentent aucune 
rade ou port important. 

L'étendue du littoral, le peu de développement du 
réseau ferré qui le dessert, rendent malaisée, sur terre, 
l'organisation de la défense. Celle-ci incombe presque 
entièrement à la marine. 

Si la supériorité de la marine italienne, par rapport à 
la flotte autrichienne, est réelle, l'Italie n'a, dans l'Adria- 
tique, en face de Pola et de Gattaro, qu'un seul port 
militaire, Venise. 

Sous l'énergique impulsion de l'amiral Bettolo, autre- 
fois préfet maritime de Venise, et actuellement chef 
d'état-major de la marine, les défenses de cette place, 
qui doit devenir « un point d'appui naval de premier 
ordre (1) », ont été considérablement renforcées depuis 
le d^r janvier 1906. Elles s'étendent jusqu'à 12 ou 15 kilo- 
mètres de la ville et sont aujourd'hui très solides (2). 

Un nouveau port de guerre a été projeté à Gomacchio 
en 1906, mais aucun travail n'y a encore été exécuté. 
Quant aux ouvrages de Tarente et d'Ancône, ils ne sont 
pas modernes ni susceptibles d'une résistance très 



(1) Militdrische Presse, 12 décembre 1908. 

(2) Ibid., 3J octobre 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. 403 

sérieuse. D'après la presse italienne (1), Ancône, délaissé 
depuis plusieurs années, doit être, de nouveau, mis en 
état de défense. Une compagnie d'artillerie de forteresse 
y a déjà été dirigée de Gênes, au printemps de 1909. 

Dans les premiers mois de l'année 1908, la presse a 
annoncé que l'Amirauté italienne étudiait la création 
d'une base secondaire dans la région des Fouilles et que 
la construction de deux nouveaux ports de guerre sur 
l'Adriatique, l'un à Ravenne, l'autre dans la baie de 
Manfredonia, allait être proposée. On estimait que « la 
nécessité de ces deux ports s'imposait absolument (2) ». 

Jusqu'à présent, rien n'a été fait dans ce sens. D'ail- 
leurs, en Italie comme en Autriche, on estime que la 
meilleure protection des côtes réside dans une puissante 
flotte de combat. 

Cependant, il convient de noter (3) l'aménagement, à 
Brindisi, d'un vieux château en caserne pour 700 mate- 
lots, l'augmentation du nombre, porté à 30, des torpil- 
leurs et des contre-torpilleurs, la construction d'un dock 
flottant, et l'affectation permanente de 2 croiseurs à ce 
port. Il semble donc qu'un effort assez sérieux soit fait, 
ou sur le point de se faire, pour constituer, à Brindisi et 
à Otrante, un point d'appui naval en face des bouches 
de Cattaro. 

Sous le titre « Une nouvelle orientation de la politique 
navale italienne », une revue allemande (4) a signalé les 
efforts de l'amiral Bettolo pour développer la marine. 

« Le chef d'état-major de la marine italienne, l'amiral 
Bettolo, a rapporté à Rome, de son voyage d'inspection 



(1) Preparazione, citée par la MilitO.rische Presse, 10 avril 1909. 

(2) Temps, 21 mai et 14 juin 19u8. 

(3) Correspondance de Brindisi au Standard, citée par le Temps, 
8 avril 1909. 

(4) Ueberall, août 1908. 



^Oi AUTRICHE ET ITALIE. 

sur la côte de l'Adriatique, un nouveau plan pour la poli- 
tique navale de l'Italie : plus de nouveaux points d'appui, 

et, à leur place, création d'une grande flotte Venise, 

disent les partisans de l'amiral Bettolo, n'est pas en état 
de se défendre seule. La flotte autrichienne peut bom- 
barder la ville et, grâce aux passages peu nombreux et 
étroits, bloquer l'escadre ennemie. Dans l'Adriatique, 
sur une longueur de 1,063 kilomètres, jusqu'à Tarente, 
il n'existe pas de base maritime utilisable. A Tarente, la 
flotte italienne de l'Adriatique ne peut non plus trouver 
la protection nécessaire. La flotte dépend ainsi de la 
Spezzia, éloignée de 1,165 kilomètres de Tarente, et 
de 1,830 de Venise. 

« Par contre, pour ses entreprises sur mer, l'Autriche 
dispose, en dehors de Pola, de meilleurs points d'appui, 
dans les ports et les iles dalmates, fortifiés par la nature. 

« Il ne reste donc pas autre chose à faire que d'aug- 
menter le matériel flottant et, au lieu de fortifications 
côtières, de construire des navires de combat 

(( Il n'y a pas à douter que le Gouvernement se ralliera 
aux vues de l'amiral Bettolo et accélérera l'achèvement 
de la nouvelle division de 19,000 tonnes. » 

Cette division comprend 2 cuirassés. Ils sont encore 
en chantier. 

Aux nouveaux projets autrichiens de constructions 
navales ont répondu, en Italie, des projets analogues, 
plus étendus. D'après la presse autrichienne (1), ils 
concernent : 

6 cuirassés à tourelles de 20,000 tonnes; 
4 croiseurs cuirassés de 12,000 tonnes; 
8 croiseurs rapides de 4,000 tonnes; 
10 torpilleurs de haute mer de 300 tonnes. 



(1) Neue Fre'e Presse, 2 mars 1908, 16 mars 1909. 



AUTRICHE ET ITALIE. 



103 



Les crédits nécessaires seraient de 600 millions de 
francs. Ce programme devrait être exécuté en 1912. 

En Italie, comme en Autriche-Hongrie, les budgets de 
la marine augmentent. Le budget de 1909-1910 est 
supérieur à celui de 1908-1909, de plus d'un million de 
francs. L'effectif des équipages de la flotte, de 27,000 
hommes en 1908, atteint 28,000 hommes en 1909. 

Si l'on ne fait état que des navires actuellement cons- 
truits ou en construction, l'Italie peut mettre en ligne 
22 navires cuirassés, éclairés et appuyés par 14 croiseurs 
non cuirassés, tandis que l'iVutriche compte seulement 
15 navires cuirassés et 8 croiseurs (1). 

Dans le combat sur mer, Timportance de l'artillerie est 
primordiale. La bataille de Tsoushima a fourni de ce 
fait la preuve la plus claire et la plus récente. Sur ce 
point aussi, l'avantage appartient à la flotte italienne. 
Si la grosse artillerie des cuirassés et des croiseurs est, 
des deux côtés, en nombre à peu près équivalent 
— 79 pièces pour l'Italie, 75 pour l'Autriche, — le nom- 
bre des canons de très gros calibre est beaucoup plus 



(1) La liste ci-après comprend les navires actuellement en construc- 
tion, autres que les torpilleurs : en Italie, 4 cuirassés d'ejcadre, 
4 croiseurs cuirassés, 6 contre-torpilleurs, 3 sous-marins; en Autriche : 
3 cuirassés d'escadre, 1 croiseur (Commandant de Balincourt, Les 
flottes de combat en 1909). Les 3 Dreadnought autrichiens, qui seront 
mis en chantier à l'automne de 1909, ne figurent pas dans le tableau 
suivant. 













































CONTHE- 


LEURS 


AUTRES 


sous- 




,^" ^* 




^^ ~^ 


1^1 ^ 1 II» ~» 




de haute 








Cui- 


Garde- 


Croi- 


Croi- 


Croi- 


TOBPIL- 


tor- 






rasses 


côtes 


seurs 


seurs 


seurs 


LEURS. 


et de ire 


pilleurs. 


MARINS. 




d'es- 


cuiras- 


cuiras- 


proté- 


torpil- 












cadre. 


ses. 


sés. 


gés. 


leurs. 










Italie 


10 


„ 


1-2 


7 


7 


23 


34 


80 


9 


Autriche... 


9 


3 


3 


6 


2 


19 


30 


46 


6 



406 



AUTRICHE ET ITALIE. 



élevé en Italie qu'en Autriche. De plus, Finfériorité de 
la flotte austro-hongroise est très grande pour l'artillerie 
moyenne — 226 pièces contre 419 — et pour l'artillerie 
légère — 273 pièces contre 533 (1). 

Les projets de constructions navales, à l'étude dans les 
deux pays, modifieront peu cette situation relative. 

Vis-à-vis de la flotte austro-hongroise, la flotte ita- 
lienne possède aujourd'hui, et conservera sans doute 
dans l'avenir, une supériorité incontestable. 



(1) Nombre total de pièces des différents calibres, en service sur les 
navires cuirassés et les croiseurs, construits ou en construction (/6?V/.) : 





GAOSS 

343 % 


E ARTILLERIE. 


303 % 

ou 
190% 


TILLERII 


MOYEN 


NE. 
100 


ARTILLERIE LÉGÈRE. 1 




305% 


•234 % 

ou 
240% 


150 % 


120% 


76 % 


37 % 


47 m/ 
*' Ad 


37 % 


Italie 


12 


40 


27 


94 
41 


138 


167 


67 


238 


187 


82 


6 


Autriche... 


79 

m 1 63 


419 

90 1 28 


533 

81 1 >. 1 192 1 » 




7d 




2 


26 




2 


73 



XII 

Les préparatifs italiens. — Les manœuvres. 

Eq Italie, les manœuvres de corps d'armée contre 
corps d'armée existent seulement depuis 1882. Les pre- 
mières qui aient été faites près de la frontière autri- 
chienne datent de 1903. Leur thème présente un intérêt 
particulier. Il fait ressortir la difficulté pour une armée 
italienne de se concentrer ou de marcher dans la Vénétie 
orientale sans être très fortement couverte sur son flanc 
gauche. En outre, il montre comment un corps autri- 
chien peut utiliser les routes de la région Cortina- 
Toblach-Gadore pour déboucher du Pusterthal sur le 
flanc et les derrières des masses italiennes réunies entre 
Trévise et Udine. 

(( L'idée générale était la suivante : 

« Le 30 août, au matin, le gros des forces du parti 
bleu (Sud) (1) s'est heurté, sur l'extrême frontière Est, à 
des forces rouges (Nord) (2) considérables. Un corps de 
troupes appartenant au parti rouge, et chargé de la 
défense des vallées de la Piave, et de Gordevole, a 
occupé le bassin de Bellune, où il est arrivé le 29 au 
soir. Des troupes du parti bleu tiennent encore le massif 
de Col Moi dans les Alpes subordonnées vénitiennes. 

« Un corps d'invasion (rouge) a franchi les Alpes et 
tente de pénétrer dans la vallée de la Piave pour s'y 
installer, s'y refaire et s'y réapprovisionner. Il a pour 



(1) Troupes italiennes. 

(2) Troupes autrichiennes. 



108 AUTRICHE ET ITALIE. 

mission d'agir sur les communications en arrière de l'en- 
nemi. Le parti bleu, rassemblé à Padoue, accourt à la 
hâte pour interdire à l'adversaire le débouché des mon- 
tagnes. » 

« Cette idée générale suppose donc que le gros du 
parti bleu s'est déployé sur l'Isonzo, et que le gros du 
parti opposé a marché à sa rencontre jusqu'à la fron- 
tière. Pendant cette phase initiale, les régiments alpins, 
chargés de la défense de la frontière alpine, ont occupé 
les secteurs qui leur sont affectés dès le temps de 
paix 

« Mais, en même temps, l'adversaire (parti rouge) a 
dirigé, du Pusterthal sur le versant Sud des Alpes, un 
corps, avec la mission, d'une part, d'occuper les vallées 
de la Piave et de Cordevole, de l'autre, de tomber dans 
le dos de l'ennemi. Un corps (bleu), rassemblé près de 
Padoue, marche à la rencontre de ce corps rouge, que les 
alpins ont maintenu jusqu'à Col Moi 

« Les manœuvres représentaient donc les combats 
qu'il faudrait livrer pour déboucher de la Piave dans la 
plaine vénitienne (1). » 

En 1906, les manœuvres italiennes les plus impor- 
tantes ont eu lieu entre le lac de Garde et le val Camo- 
nica. A la critique finale, le général commandant le 
III*^ corps, directeur des manœuvres, fit ressortir com- 
bien il était utile « pour les troupes italiennes, et non 
seulement pour les troupes spéciales, d'apprendre à se 
mouvoir et à combattre en grandes unités dans les mon- 
tagnes (2) ». 

Les grandes manœuvres de 1907 et de 1908 n'ont pas 
eu lieu à proximité de la frontière autrichienne. 



(1) Internationale Fevue, 4G^ supplément, décembre 1903. 

(2) Allgemeihe Schweizerische Militàrzeitung, 26 janvier 1907. 



L'ARMÉE ITALIENNE 



L'organisation générale. 

L'armée italienne date de la formation du royaume 
d'Italie. Elle est donc de création récente. Son organi- 
sation actuelle remonte à 1872, moins de quarante ans. 

Certaines particularités, spéciales à l'Italie, ont donné 
à cette armée un caractère assez différent, sur certains 
points, de celui des forces militaires constituées, d'après 
le principe de la nation armée, dans les autres Etats 
européens. 

L'unité nationale avait été longue à faire. Le passage 
des recrues sous les drapeaux pouvait être un moyen de 
la consolider. Il était essentiel de ne pas le négliger. 

Afin de lutter contre le particularisme local, l'Italie 
a, pour le recrutement et la mobilisation, adopté un 
système mixte, compliqué de changements de garnison 
périodiques. 

Les jeunes soldats sont envoyés dans des régiments 
loin de leur lieu d'origine, mais afin d'éviter les retards 
que l'application de ce système entraînerait, en cas de 
guerre, on a décidé que, pour l'infanterie, les réservistes 
seraient affectés au régiment stationné dans le district où 
ils résident (1). Si le recrutement de l'infanterie est 



(l) 11 y a 94 districts militaires. Chacun d'eux correspond à l'un des 
94 régiments d'infanterie de ligne. 



UO AUTRICHE ET ITALIE. 

national, sa mobilisation se fait donc par district. Seuls, 
les bataillons alpins reçoivent leurs recrues et leurs 
réservistes du secteur auquel est affecté le bataillon. 
Pour presque tout le reste de l'armée, le mode de recru- 
tement est national, mais la mobilisation est régio- 
nale (1). 

Cette métbode a pour résultat d'incorporer un nombre 
assez élevé de réservistes, lors de la mobilisation, dans 
des unités où ils n'ont pas paru pendant leur service 
actif, où ils ne sont pas connus. De ce fait, la cohésion 
des troupes peut être diminuée. 

Cet inconvénient est d'autant plus à redouter que les 
changements de garnison sont fréquents. Ils se font en 
principe tous les quatre ans. Chaque brigade d'infanterie 
est placée successivement dans un groupe de deux dis- 
tricts de la Haute, de la Moyenne et de la Basse Italie. 
Lorsqu'elle est par exemple, en Haute Italie, ses recrues 
proviennent de deux groupes de deux districts — un 
groupe en Moyenne, l'autre en Basse Italie — et ses 
réservistes, des deux districts où la brigade tient gar- 
nison. 

La Commission d'enquête sur l'administration de la 
guerre, instituée en 1907, a proposé d'adopter la fixité 
des garnisons pour les régiments d'infanterie de la fron- 
tière du Nord et des places maritimes et pour la brigade 
de grenadiers. Jusqu'à présent, aucune décision n'a été 
prise à ce sujet. Du reste, il y aurait de sérieuses diffi- 
cultés dans les détails d'application. Mal accueillie par 
l'opinion publique, cette modification ne sera proba- 
blement pas acceptée par le Parlement. 

Si le système de recrutement et de mobilisation, assez 
complexe, a eu pour origine le souci de consolider 
Tunité nationale, la répartition des troupes a été déter- 



(1) La mobilisation des 2 régiments de grenadiers est nationale. 



AUTRICHE ET ITALIE. M] 

minée par des considérations politiques, l'état des res- 
sources du casernement, et surtout la configuration phy- 
sique des diverses provinces. 

La nature a séparé nettement le territoire italien en 
deux grandes régions. La Moyenne et la Basse Italie, 
montagneuses, sont peu propres aux manœuvres de 
masses nombreuses et à la construction de voies fer- 
rées à grand rendement. Au Sud des Alpes, les riches 
plaines de la Lombardie et de la Vénétie sont, au con- 
traire, .de parcours facile. Le sol y est généralement 
très couvert ; l'emploi de la cavalerie et de l'artillerie y 
est cependant plus aisé que sur le terrain accidenté de 
la péninsule. 

Ces conditions géographiques ont eu beaucoup d'in- 
fluence sur l'organisation des grandes unités. 

Comme les grandes puissances européennes, l'Italie 
est partagée en régions de corps d'armée, mais, si 
chacune de ces 12 régions comprend 2 divisions mili- 
taires (1), la composition des corps d'armée est fort 
inégale (2). 

Le nombre des régiments d'infanterie de ligne est 
normal — 8 — dans 4 corps seulement. Dans les autres, 
il varie de 6 à 10. Un corps n'a pas de régiment de ber- 
sagliers, un autre en a 2. Les deux tiers de la cavalerie, 
qui compte 24 régiments, sont stationnés dans les 
plaines du Pô et de la Vénétie, sur le territoire des six 
premiers corps. Trois corps d'armée ne comptent aucun 
escadron. Les trois cinquièmes des batteries de campa- 
gne sont dans la Haute Italie. Quant aux troupes tech- 
niques, leur distribution entre les différents corps est 
très variable. 



(1) La Sardaigne forme, dans le 9^ corps, une 3^ division militaire. 

(2) Composition normale du corps d'armée italien : 2 divisions 
d'infanterie (8 régiments); 1 régiment de bersagliers; 2 régiments de 
cavalerie, 2 d'artillerie. 



.112 AUTRICHE ET ITALIE. 

Dans les corps d'armée italiens, la constitution nor- 
male est donc loin d'être la règle. Plusieurs d'entre eux 
auront à s'organiser presque complètement au moment 
de la mobilisation. L'Italie n'a pas adopté, au même 
degré que la plupart des autres grandes armées euro- 
péennes, le principe dont, pour sa part, la France a 
reconnu, après 1870, l'impérieuse nécessité : constituer 
tous les corps d'armée, dès le temps de paix, avec les 
unités qu'ils auraient en temps de guerre. 

De l'état politique du royaume, de la nature même du 
sol, est donc résultée, pour l'armée italienne, une situa- 
tion toute spéciale. Pendant longtemps, cette situation 
a été aggravée par des conditions budgétaires, parfois 
fort délicates (1). 

« L'armée nationale italienne, dit un officier alle- 
mand (2), a dû se développer au milieu de grandes diffi- 
cultés financières. La dette publique élevée, les crises 
financières nombreuses, la politique coloniale en Afrique 
ont, jusqu'à l'époque actuelle, rendu, en Italie, l'éco- 
nomie nécessaire plus encore qu'ailleurs. C'est seule- 
ment dans les dernières années qu'une gestion prudente 
a permis d'arriver à l'équilibre et même à un excé- 
dent. 

« De plus, par suite de la situation même du pays, 
une attention spéciale a dû être donnée au dévelop- 
pement de la marine L'armée italienne n'a pu être 



(i) Le premier budget du royaume, en 1862, s'était soldé par un 
déficit de plus de 400 millions de francs. Si l'on excepte la période de 1875 
à 1887, le déficit fut à peu près constant jusqu'en 1896, mais, depuis 
cette date, la situation financière s'améliora. Pour l'année budgétaire 
1906-1907, l'excédent a été de 75 millions. Ces chiffres sont extraits 
de la publication du Grand État-Major allemand, Vierteljahrshefte far 
Truppcnfûhrung ii?id ffcereskunde, Berlin, 1908, l^"" fascicule. 

(2) Vierteljahrshefte, 1907, 4® fascicule; étude faite par le capitaine 
von Bonin, du Grand État-M^jor allemand. 



AUTRICHE ET ITALIE. 113 

renforcée que peu à peu et avec beaucoup moins d'am- 
pleur que dans d'autres Etats. 

Cependant, il fallait à Tltalie des régiments en assez 
grand nombre pour encadrer, en cas de conflit euro- 
péen, tous les hommes valides que sa population pouvait 
fournir. 

Cette nécessité, comme aussi l'obligation de propor- 
tionner, en temps de paix, le développement de l'orga- 
nisme militaire aux ressources financières, ont amené la 
formation d'unités assez nombreuses (1), mais d'effectif 
relativement faible. 



(1) Nombre d'unités en temps de paix : 

Infanterie. 
96 régiments de ligne (dont 2 de 

grenadiers) 288 1 o.o t. . -n j . »a, 

.^ , . , , , ,. o^ / 348 bataillons, dont 12 

12 régiments de bersagliers 36 > • ,. . 

_ , . . j, , . r^, \ compagnies cyclistes. 

7 régiments d alpins 24 ) ^ ° ^ 

Cavalerie. 
24 régiments 144 escadrons. 

Artillerie. 

2 i régiments montés 186 | 192 batteries de cam- 

1 régiment à cheval 6 j pagne. 

( 18 batteries de montagne 

1 régiment et 2 groupes de montagne, j (15 dans les Alpes, 

( 3 en Sicile). 

3 régiments de forteresse 37 ) 78 batteries de forteresse 

3 régiments et 1 groupe de côte. 41 ) ou de côte. 

Troupes techniques. 

2 régiments de sapeurs 24 

1 régiment de télégraphistes et 

spécialistes 14 

1 régiment de pontonniers 10 )> 66 compagnies. 

1 régiment de mineurs 12 

1 groupe de chemins de fer ... . 6 

1 section d'automobiles » 

8 



144 AUTRICHE ET ITALIE. 

Si l'effectif organique semble suffisant (1), il n'est 
presque jamais réalisé. L'effectif moyen brut, c'est-à-dire 
l'effectif présent, sans déduction des congés, permis- 
sions, etc., lui est sensiblement inférieur (2). Il est beau- 
coup moins élevé que l'effectif réel d'autres armées, en 
particulier que celui des troupes allemandes (3). 

Jusqu'en 1906, l'incorporation tardive des recrues 
faisait descendre, pendant plusieurs mois, l'effectif à un 
chiffre dérisoire : 45 hommes pour une compagnie d'in- 
fanterie. « Si, de ce chiffre, dit un journal allemand (4), 
on déduit les soldats détachés, ceux qui sont employés 
pour le service intérieur, pour la garde, etc., il n'en 
reste plus que 20 à 30 disponibles pour l'instruction. » 
La fixation de l'appel au mois d'octobre, depuis 1906, a 
remédié à cet état de choses, sauf pendant la période 
qui s'écoule entre le départ d'une classe et l'arrivée 



(1) Effectifs organiques : 

Compagnie d'infanterie, bersagliers et de troupes 

techniques 110 hommes. 

Compagnie d'alpins 140 — 

— de troupes de chemins de ter 175 — 

Escadron de cavalerie 153 — 

Batterie montée 90 — 

— à cheval 120 — 

— de montagne 141 — 

— de forteresse ou de côte 107 — 

(2) Effectif moyen brut, pour l'infanterie et la cavalerie : 
Compagnie d'infanterie de ligne 75 hommes. 

— de grenadiers et de bersagliers 99 — 

— d'alpins 140 — 

Escadron 132 — 

(3) Effectifs réels en Allemagne pour l'infanterie et la cavalerie : 

Effectif faible. Effectif fort. 

Compagnie d'infanterie 142 159 

Escadron de cavalerie 136 142 

(4) Dcutsches Offizierblatt, 18 mars 1909. 



AUTRICHE ET ITALIE. 115 

de la suivante. C'est à ce moment, d'ailleurs, que doivent 
être convoqués, pour 4 mois, les 25,000 hommes de 
la 2^ catégorie, sorte de réserve de recrutement instituée 
parla dernière loi militaire (1). 

Toutefois, même avec ces améliorations, il faudra, 
pour mettre les unités italiennes sur pied de guerre, un 
grand nombre de réservistes : près de 180 par exemple, 
dans une compagnie d'infanterie, — plus de 2 réservistes 
pour 1 fantassin de l'armée active. « Nous n'avons aucun 
motif, disait au mois de janvier 1893 le général Caprivi 
au Reichstag, de nous défier de la valeur des troupes 
autrichiennes et italiennes; mais les deux armées souf- 
frent d'un défaut d'organisation. Je veux dire que leur 
valeur est diminuée par la faiblesse de l'effectif de paix 
des bataillons. » Et, dans son exposé des motifs, la loi 
allemande du 3 août 1893 déclare : « Le pays qui dis- 
pose de classes respectivement plus fortes que l'adver- 
saire peut, dans la lutte décisive, lui opposer une armée 
plus jeune, et, si l'adversaire veut diminuer son infério- 
rité numérique, il est obligé de mobiliser, dès le début, 
des classes anciennes, qu'il vaudrait mieux laisser sur 
le territoire. » 

L'armée de première ligne, qui comprend une forte 
proportion de réservistes, pourra être, en Italie, moins 
jeune que dans un pays où l'élément actif serait plus 
important. 

D'après les paroles mêmes d'un général italien (2), 
« les neuf dixièmes de la force d'une armée dépendent 
de l'effectif de paix de la compagnie d'infanterie ; c'est 
là le secret de la puissance de l'Allemagne ». La nou- 
velle loi de recrutement témoigne des efforts faits aujour- 
d'hui en Italie pour relever les effectifs. La Commission 



(1) Loi entrée en vigueur le 1^^ février 1908. 

(2) Général Ricotti; séance du Parlement italien, 16 décembre 1886. 



416 AUTRICHE ET ITALIE, 

d'enquête, instituée en 1907, a proposé de porter à 93, 
comme en Autriche-Hongrie, le nombre des hommes de 
la compagnie italienne. 

Du reste, il ne faut pas oublier que, comme l'Alle- 
magne, l'Italie appelle ses jeunes soldats à 20 ans, 
un an plus tôt que la France ou que l' Autriche-Hon- 
grie. 

D'autre part, si la diminution, constatée en 1908 pour 
rémigration italienne, persiste, et si l'état des finances 
continue à s'améliorer, il sera possible d'incorporer un 
contingent annuel plus nombreux. L'inconvénient qui 
résulte de l'insuffisance des effectifs de paix pourra être 
ainsi, sinon tout à fait supprimé, du moins atténué dans 
une assez large mesure. 



II 

L'armée italienne en temps de paix. 

L'Italie est peuplée de près de 34 millions d'habi- 
tants (1). Ses ressources en hommes devraient donc être 
considérables, mais le royaume est très appauvri par 
l'émigration. Depuis un an, celle-ci paraît en voie de 
décroissance (2). Néanmoins, chaque année, elle enlève 
à l'armée un nombre appréciable de recrues. 



(1) 34,476,117 au i«' janvier 1905. 

(2) D'après les Yierteljahrshefte fur Truppenfûhrung und Heeres- 
kunde (1907, 4« fascicule), le nombre des émigrants s'est élevé : 

En 1900 à 352,782 

En 1901 à 533,245 

En 1902 à 531 ,509 

En 1903 à 507,976 

Ea 1904 à 471 ,191 

En 1905 (557,244 hommes de plus de 15 an?) à . . 726,331 
Ces chiffres ne représentent pas le nombre réel des Italiens qui 
s'expatrient définitivement. Beaucoup d'émigrants vont travailler en 
Amérique pendant quelques années, et reviennent ensuite en Italie, 
quitte à repartir de nouveau. Ils peuvent donc figurer à plusieurs 
reprises sur les statistiques. 

Selon V Internationale Bévue (septembre 1908), le premier trimestre 
de 1908 aurait accusé une diminution sensible de l'émigration : 

Nombre d'émigrants 
partis hors de l'Italie. rentrés en Italie. 

1" trimestre 1907 103,000 28,000 

1" trimestre 1908 34,000 54,000 

En moins..-. 69,000 » 

En plus » 26,000 

La différence totale, en faveur de 1908, est donc de 95,000 individus. 



118 AUTRICHE ET ITALIE. 

En outre, la sévérité plus grande des conseils de 
revision, peut-être un certain dépérissement de la race 
font diminuer le nombre des jeunes gens reconnus aptes 
au service militaire (1). 

Aussi l'effectif budgétaire — 22o,000 hommes pour 
1908-1909 (2) — n'est-il parfois atteint qu'avec difficulté. 
Pour remédier à cet état de choses, la nouvelle loi sur 
le recrutement, votée le 15 décembre 1907, a restreint 
les cas de dispenses. Son application a immédiatement 
produit de très bons résultats. En 1908, le contingent a 
été supérieur de 60,000 hommes à celui des armées pré- 
cédentes (3). 

De plus, il a été posé en principe qu'en cas de guerre 
la réserve de l'armée active pourrait être complétée par 
la première classe de la milice mobile, et que la première 
classe de la milice territoriale pourrait être incorporée 
dans la milice mobile. 

Cet effectif de 225,000 hommes est assez faible. Par 
rapport au chiffre de la population, il est de 0,7 p. 100. 
Cette proportion est inférieure à celle que réalise FAu- 
triche-Hongrie (0,85 p. 100), l'Allemugne (1 p. 100) et 
surtout la France (1,5 p. 100) (4). 

« De J870 à 190d, dit le capitaine allemand von 



(1) Bévue des Armées étrangères, février 1908- D'après le général 
von Pelet-Narbonne [LôbelVs Jahresberichte, 1906), ce nombre diminue 
lentement chaque année. Par rapport au nombre total des inscrits, il 
aurait été en 1900, de 46,13 p. 100; en 1901, de 44,62 p. 100; en 
1902, de 44,13 pour 100; en i903, de 43,88 p. 100; en 1904, de 
40,71 p. 100. 

(2) 13,143 officiers, 4,302 fonctionnaires, 225,000 hommes. 

(3) 110,000 hommes réellement incorporés, au lieu de 75,000, 
chiffre moyen antérieur (67,000 en 1906); 24,000 classés dans la 
2<^ catégorie ; contingent total: 134,000 hommes {Revue de S tref fleur, 
mars 1909). 

(4) Veltzé's Armée Almanach, 1909. 



AUTRICHE ET ITALIE. 



419 



Bonin (1), l'armée italienne a été augmentée de 80,000 
hommes. Pendant la même période, l'accroissement de 
l'armée allemande a été de près du double de ce chiffre. 
En Italie, les dépenses militaires sont de 17,7 p. 100 des 
dépenses totales, de 32,6 p. 100 en Allemagne. Chaque 
Italien paye 6 fr. SO pour l'armée, chaque Allemand 
15 fr. 90. .V. Le budget de la guerre pour 1906-1907 {2) 
est monté en Italie à 219,615,000 francs; en Allemagne 
il a été de 899,556,000 francs. » 

Trois classes constituent l'armée, en temps de paix, 
mais tous les hommes ne sont pas astreints à un service 
actif de 3 ans. Une partie d'entre eux bénéficient, après 
tirage au sort, de la dispense d'une année. Dans la réa- 
lité, le temps de service est essentiellement variable (3). 

L'instruction militaire reçue par les jeunes Italiens 
est donc fort différente, suivant la durée de leur séjour 
sous les drapeaux. Toutefois, le manque d'homogénéité, 
qui en résulte pour les réserves, se fera de moins en 



(1) Vierleljahrs/iefte, J907, 4® fascicule. 

(2) Dépenses ordinaires et extraordinaires, sans les pensions ni la 
gendarmerie. 

(3) Durée du service militaire : 19 ans. 



Volontaires d'un an 

Hommes ajournés deux fois. 

Bons numéros du tirage 

Hommes ajournés une fois. 
Continsent normal 



ARMÉE 

Service 
actif. 


ACTIVE. 
En congé. 


MILICE 

mobile. 


MILICE 

ter- 
ritoriale. 


'1 an. 

1 an. 

2 ans. 

2 ans. 

3 ans. 


7 ans. 
o ans. 
6 ans. 
'6 ans. 
5 ans. J 


> 4 ans. 


7 ans. 



Deux tiers des fantassins font 2 ans, un tiers, 3 ans, une infime pro- 
portion (6 p. JOO) un an. En 4908, la cavalerie et l'artillerie n'ont reçu 
que des hommes servant 3 ans. Cette même année, la moitié des 
recrues a été incorporée pour 2 ans {LobelVs Zahresberichte, 1908 ; 
Revue de Stref fleur, mars 1909). 



120 AUTRICHE ET ITALIE. 

moins sentir, car le nombre d'hommes servant 2 années 
augmentepft d'une façon progressive jusqu'à ce qu'il 
représente la totalité du contingent. 

Les périodes d'instruction auxquelles sont soumis les 
hommes en congé de l'armée active, ceux de la milice 
mobile et de la milice territoriale, n'ont aucun caractère 
flxe. 

Leur fréquence et leur durée varient d'après les res- 
sources du budget et aussi d'après les nécessités mili- 
taires du moment (1). 

L'infanterie italienne comprend une proportion de 
bataillons d'élite, — grenadiers, bersagliers, alpins, — 
très notable (65 bataillons), par rapport au nombre (282) 
des bataillons d'infanterie de ligne. Les hommes de ces 
65 bataillons sont tous des hommes choisis, prélevés sur 
le contingent affecté chaque année à l'infanterie, dont 
les soldats les plus intelligents, les mieux conformés, sont 
enlevés à la ligne. Celle-ci reçoit seulement les moins 
bons éléments. La présence de ces troupes d'élite, — 
près du quart de l'infanterie, — diminue la valeur géné- 
rale de l'arme. 

La cavalerie italienne est numériquement faible. En 
dehors de la Haute Italie, le sol se prête peu, en effet, 
dans la péninsule, à l'emploi de masses de cavalerie. De 
plus, les ressources chevalines de l'Italie ne sont pas 
très grandes, bien qu'elles aient augmenté depuis trente 



(i) Périodes d'inslruction : 

pour les hommes en congé, de l'armée active et de la milice mobile : 
une période d'un mois au plus (20 ou 25 jours dans la pratique) ; 

pour les hommes de la milice territoriale : une période d'un mois 
au plus, tous les 4 ans (périodes assez rares, dans la pratique). 

Parmi les hommes non incorporés par suite de dispenses légales, 
ceux qui, depuis la loi de 1907, sont classés dans la réserve de recrute- 
ment, doivent accomplir un service actif de 4 mois environ ; le§ autres 
sont affectés à la milice territoriale et soumis aux obligations des mili- 
ciens territoriaux. 



AUTRICHE ET ITALIE. 121 

ans d'une façon sensible (1). Il pourrait y avoir là un 
inconvénient sérieux en cas de mobilisation, et surtout 
au cours d'une guerre. L'efiPectif réel de l'escadron sur 
le pied de paix est presque égal à l'effectif de guerre. La 
concentration de la cavalerie se ferait sans difficultés : 
93 des 144 escadrons actifs sont en garnison dans la 
Haute Italie, à proximité des frontières terrestres du 
royaume. 

Si, depuis 1891, l'armée italienne est dotée d'un bon 
fusil (2), elle n'a encore que quelques sections de 
mitrailleuses (3) et son artillerie attend la mise en service 
définitive d'un canon à tir rapide. 

A la fin de 1903, 120 batteries de TS""'", à tir accéléré, 
furent distribuées aux corps de troupes, mais, depuis 
lors, on adopta un canon du même calibre, à tir rapide, 
avec boucliers et affût à déformation. 

Aujourd'hui encore, parmi les 192 batteries de cam- 
pagne, 120 sont armées avec le 7o™°^ à tir accéléré et 
72 avec l'ancien 87°^°^, en bronze. Récemment, 39 bat- 
teries de 75"^°^ à tir rapide ont été délivrées aux régi- 
ments. Elles sont destinées à y remplacer un nombre 
égal de batteries de 87°^™. 

Cette situation momentanée est une infériorité grave 
en face d'une armée complètement pourvue d'un maté- 
riel à tir rapide. 

De plus, le nombre de batteries de campagoe et de 



(1) En 1908, 935,951 chevaux, soit 297,507 de plus qu'eu 1876. 
Les ressources chevalines de l'Autriche-Hongrie étaient évaluées, en 
1900, à 3,837,000 animaux. Celles de l'Allemagne étaient, au 2 dé- 
cembre 1907, de 4,.i4d,043 chevaux, juments et poulains {Vierlel- 
jahrshe/te zur Statistik cks deutscJien Beichs, Berlin, 1909). 

(2) Calibre de 6°>°i,3. 

(3) La Commission d'enquête de 1907-1908 a proposé l'affectation 
d'une section de mitrailleuses à chaque régiment d'infanterie ou de 
cavalerie. 



"«22 AUTRICHE ET ITALIE. 

montagne n'est pas très élevé : 210 au total, 18 à peine 
par corps d'armée. Si les propositions émises en 1908 
par la commission d'enquête sont acceptées, l'artillerie 
italienne sera augmentée de 21 nouvelles batteries (1). 

Une autre infériorité résulte de l'état actuel du réseau 
ferré italien. Beaucoup de lignes sont à une voie. Par 
suite de la nature montagneuse du pays, les courbes et 
les rampes sont assez fortes. De plus, le matériel roulant 
n'est pas assez développé. Le rendement de ce réseau 
ne répondrait peut-être pas aux besoins intenses d'une 
concentration rapide. Un grand effort financier a été 
consenti par le Parlement italien en 1908 pour remédier 
à cette situation. 

Sur deux points de détail, mais fort importants, l'or- 
ganisation des convois (trains de combat et trains régi- 
mentaires) qui suivent les troupes et la réquisition des 
cbevaux de complément, la solution adoptée en Italie 
semble avantageuse. 

Les convois, plus faibles que dans d'autres armées, 
sont très légers (2). 

Quant aux chevaux de réquisition, ils sont affectés aux 
troupes dès le temps de paix, tout au moins pour les uni- 
tés qui doivent se mobiliser en première urgence, peut- 
être aussi pour d'autres corps, si l'on en croit certaines 
publications autrichiennes, a Les troupes connaissent, 
pour ainsi dire, chacun des chevaux qu'elles recevraient 
en cas de mobilisation. Si la guerre éclate, ces chevaux 
sont conduits immédiatement par leur propriétaire à la 



(J) 7 montées, 2 à cheval, 12 de montagne; on créerait en outre, 
10 Latteries de forteresse ou de côte. 

(2) Nombre de voitures : Ualle. Allema-ne. Autriche. 

Régiment d'infanterie à 3 bataillons. 20 58 » 

— — à 4 — . » » 29 

— de cavalerie à 6 escadrons. 16 » 35 

— — à 4 — . .) 19 » 



AUTRICHE ET ITALIE. 123 

caserne désignée à l'avance (1) ». Ce mode d'opérer 
accélère singulièrement les opérations de la réquisition. 

En résumé, plusieurs causes pourraient, en cas de 
guerre, augmenter la durée du rassemblement des forces 
militaires italiennes. Sauf dans la Haute Italie, le 
nombre et l'outillage des lignes ferrées sont encore 
insuffisants. Plusieurs corps d'armée, dont un certain 
nombre d'unités sont fort éloignées de leur territoire, 
devraient, au moment de la mobilisation, être organisés 
sur la base même de concentration. 

Il est probable, du reste, que ces désavantages seraient 
compensés par l'affectation, dès le temps de paix, aux 
garnisons des plaines du Pô et de la Vénétie, de la plus 
grande partie des deux armes pour lesquelles les trans- 
ports par voie ferrée sont les plus longs : la cavalerie 
et l'artillerie de campagne. 

Quant à la protection immédiate de la frontière, elle 
est assurée, dès la première heure, par les bataillons 
alpins, dont les effectifs de paix sont toujours maintenus 
à un chiffre élevé. Depuis 1906, quelques-uns de ces 
bataillons, en garnison dans les Alpes franco-italiennes, 
sont envoyés, chaque été, sur la frontière autrichienne 
pour apprendre à en connaître le terrain. 

Il y a quatorze ans, on estimait (2) que « 10 à 12 corps 
d'armée actifs seraient, en trois semaines, concentrés au 
pied de guerre dans la vallée du Pô ». Les progrès 
accomplis depuis 1895 par l'armée italienne permettent 
de penser qu'aujourd'hui ce délai pourrait être sensi- 
blement plus court. 

Si la mobilisation et la concentration subissent, en 
Italie, l'influence de difficultés particulières, une armée 
de campagne, nombreuse, peut néanmoins être réunie 
dans des conditions de temps assez satisfaisantes. 



(1) Veltzés Armée Almanach. 

(2) Capitaine Gilbert. Lois et Institutions militaires, 1893. 



III 

L'armée italienne mobilisée. 

Forte de 225,000 hommes sur le pied de paix, l'armée 
active en comprend 750,000 sur le pied de guerre, mais 
son effectif réellement mobilisable ne dépasserait pas 
660,000 hommes (1). 

La milice mobile compte 310,000 hommes, dont 
23,000 peu ou pas instruits, et la milice territoriale, 
3,300,000, dont seulement i, 500, 000 instruits (2). 

Au total, le nombre de soldats. instruits, dont l'Italie 
dispose, est de 2,450,000 : 

660,000 pour l'armée active | 950,000 hommes, de 20 

290,000 pour la milice mobile ) à 32 ans. 

1,500,000 pour la milice territoriale, de 32 à 39 ans. 

Cet effectif serait réparti en 12 corps d'armée au 
moins, à 2 ou 3 divisions d'infanterie, en 3 divisions de 
cavalerie et en plusieurs groupes alpins, de façon à 
former 3 ou 4 armées (3). 

D'après le capitaine autrichien Veltzé (4), les troupes 



(1) Esercito italidno, 19u7. 

(2) Veltzè's Armce Almanacli, 1909. 

(3) Formations du temps de guerre : 36 divisions d'infanterie 
(24 actives, 12 de milice mobile), réparties en 12 corps d'armée au 
moins; 3 divisions de cavalerie; plusieurs groupes alpins, comprenant 
au total 56 bataillons et 36 batteries (active, milices mobile et territo- 
riale) ; 1 brigade de carabiniers; 23 bataillons de douaniers; des for- 
mations de milice territoriale {Veltzé, 1909). 

(4) Ihid. 



AUTRICHE ET ITALIE. 125 

de première ligne compteraient : 550,000 fusils, 21,000 
sabres, 1,750 canons. 

Les divisions de milice mobile ont pris part aux 
grandes manœuvres depuis 1903. Elles s'y sont généra- 
lement fort bien comportées. 

Une brigade de milice territoriale a figuré aux ma- 
nœuvres de Naples, en 1004. Cette expérience a montré 
que « s'il paraît possible, après une période préalable 
d'entraînement et de mise en main, d'affecter ces forma- 
tions à certaines missions spéciales sur les derrières 

d'une armée de campagne on s'exposerait à de 

sérieux déboires en escomptant leur concours pour les 
premiers jours de la mobilisation (1) ». 



(1) Revue des Armées étrangères, mars 1905. 



IV 

La troupe et l'officier. 

L'homme de troupe provient de régions fort diverses. 
Sa valeur est variable d'après son pays d'origine. Le 
montagnard des vallées alpines est un excellent fantas- 
sin, tireur adroit, marcheur infatigable. Dans la Haute 
Italie, le recrutement fournit de très bons soldats, parmi 
les descendants de la vaillante armée sarde de 1839. 
L'habitant de la Moyenne Italie a moins de qualités mili- 
taires. Le Napolitain et le Sicilien sont inférieurs au 
Lombard et au Piémontais. 

Comme en Autriche-Hongrie, la question des sous- 
officiers est un des côtés faibles de l'armée. A plusieurs 
reprises, dans ces dernières années, les sous-officiers 
italiens ont manifesté leur mécontentement. En 1907, 
ils ont réclamé d'une façon si vive des améliorations à 
leur sort que « le Ministre s'est vu dans l'obligation de 
sévir et que les promoteurs de l'agitation ont été 
punis (1) ». 

Le gouvernement leur donna néanmoins une satisfac- 
tion partielle par la création, en 1907, d'un véritable 
état des sous-officiers, qui leur accorda des garanties 
analogues à celles dont jouit le corps d'officiers. 

Désormais, le sous-officier italien a devant lui une 
véritable carrière. Après ses trois premières années, s'il 
désire rester au régiment, et s'il est accepté, il ne peut 
plus, jusqu'à 30 ans de service — 40 dans certains cas — 

(1) Revue des Armées étrangères, décembre 1907. 



AUTRICHE ET ITALIE. 427 

et 47 ans d'âge, quitter l'armée que pour des causes 
nettement spécifiées. Une loi, votée en 1907^ a augmenté 
sa pension de retraite. 

Ces améliorations constituent des progrès sérieux 
pour l'armée italienne. Elles encourageront probable- 
ment les gradés subalternes à rester sous les drapeaux. 
Aujourd'hui, le nombre des sous-officiers de carrière 
est encore très restreint : 4,000, sur un total approxi- 
matif de 16,000 sous-officiers. 

Les sous-officiers italiens peuvent être nommés offi- 
ciers. Un quart environ de ceux-ci sort des rangs. Les 
trois autres quarts proviennent des écoles. 

La nécessité de relever la situation matérielle de l'offi- 
cier italien a été reconnue par la Commission d'enquête 
sur l'administration de la guerre. Les rapports qu'elle a 
publiés en 1908 en font foi. 

L'avancement est très lent (1). « Les conséquences 
morales de cet état de choses, dit le rapport sur le 
budget de la guerre pour 1901-1902, comme ses consé- 
quences matérielles, sont des plus inquiétantes, et l'au- 
torité militaire ne peut assister impassible au vieillis- 
sement de la multitude des officiers des grades inférieurs 
qui, avec leur intelligence, leur savoir et leur zèle, 
rendraient à l'Etat des services signalés dans une posi- 
tion plus en rapport avec leurs mérites Toute 

cette masse se replie sur elle-même, se décourage devant 
une barrière insurmontable, et, si la discipline n'est pas 
ébranlée, on le doit seulement au sentiment du devoir 
dont sont imprégnées les âmes. » 

Si la retraite de l'officier italien est supérieure à celle 



(1) Temps moyen de séjour dans les différents grades, en 1909 
(infanterie) : 15 ans comme sous-lieutenant et lieutenant, 14 comme 
capitaine, 6 comme chef de bataillon, 3 comme lieutenant-colonel, 
6 comme colonel. 



128 AUTRICHE ET ITALIE. 

de son collègue français, sa solde est inférieure, même 
d'après les tarifs adoptés l'année dernière. 

En Italie, l'officier jouit presque entièrement de ses 
droits politiques. Electeur dans tous les cas, il est éli- 
gible lorsqu'il occupe certains emplois. Il peut publier 
des travaux sans autorisation préalable. 

L'augmentation de la solde, votée par le Parlement le 
6 juillet 1908, a été le premier pas fait dans la voie des 
améliorations nécessaires. Quant à l'avancement, l'ad- 
ministration de la guerre recherche, en ce moment 
même, les moyens de l'accélérer. 

Actuellement, dans l'infanterie et le génie, le cadre 
de lieutenants et de sous-lieutenants n'est pas complet. 
Aussi des places de ces grades sont-elles, chaque 
année (1), mises à la disposition des officiers de complé- 
ment qui désirent prendre, d'une façon définitive, du 
service dans l'armée permanente. 

De plus, un certain nombre d'officiers actifs sont rem- 
placés par des officiers de complément, autorisés à 
servir dans l'armée à titre temporaire (2). 

Le déficit en officiers se fait sentir aussi dans les 
réserves. En 1906, d'après la Revue militaire de Stref- 
fleiir (3), il manquait 2,000 officiers subalternes dans la 
milice territoriale. 

Les mesures prises en 1907 et 1908, celles qui sont en 
projet (4), donneront vraisemblablement satisfaction aux 



(1) Il y en a eu 50 ea 1907. 

(2) Ce nombre a été de 635 en 1904, 540 en 1905, 560 en 1906. La 
période pendant laquelle ces officiers de complément servent dans l'armée 
permanente varie de 6 mois à un an {LôleWs Jahresberichîe, 1906). 

(3j Vienne, janvier 1906. D'après cette revue (mars 1909), le nombre 
des officiers combattants de complément est de 19,400. 

(4) La Commission d'enquête de 1907-1908 a demandé, pour l'in- 
fanterie seule, la création de 952 nouveaux emplois d'officier : 2 géné- 
raux, 400 capitaines, 550 lieutenants et sous-lieutenants. 



AUTRICHE ET ITALIE. -129 

vœux maintes fois exprimés en faveur de l'état des sous- 
officiers de carrière et des officiers. Le patriotisme dont le 
Parlement a, depuis la création de l'unité italienne, tou- 
jours fait preuve, est un sûr garant que tous les efforts 
seront faits en vue d'assurer à l'État l'existence d'un 
corps nombreux et solide de sous-officiers rengagés et 
d'officiers, absolument indispensable dans les jeunes 
armées modernes. 



L'armée italienne et l'armée autrichienne, 
d'après un officier autrichien. 

En 1892, la Revue militaire de Streffleur examinait, à 
propos du renouvellement de la Triple alliance, la « si- 
tuation militaire de l'Italie dans la Triple alliance ». Dès 
cette époque, la revue autrichienne étudiait les condi- 
tions d'une guerre possible avec l'Italie et concluait : 

« Dans l'état actuel des choses (1892), l'Autriche- 
Hongrie peut prendre l'offensive plus vite que l'Italie, 
à cause de sa mobihsation plus rapide et du plus grand 
développement de son réseau ferré. Elle est en situation 
de mettre en campagne une armée bien plus nombreuse 
et pas moins instruite que l'Italie 

(( Ses forces combattantes se montent à 23,460 offi- 
ciers et 917,213 hommes, tandis que celles de l'Italie ne 
sontquede 18,961 officiers et 619,573 hommes. « 

Les conditions relatives semblent avoir peu changé 
aujourd'hui. D'après le capitaine autrichien Veltzé (1), 
le nombre de soldats plus ou moins instruits que les deux 
alliés peuvent mettre en ligne est, sans compter l'armée 
territoriale : 

en Autriche-Hongrie, de 1 ,700,000 hommes (12 classes 
de 21 à 33 ans) ; 

en Italie, de 1,000,000 d'hommes (12 classes de 20 à 
32 ans). 

Au mois de février dernier, un officier autrichien, le 



(J) Armée ■Aliuanac/i, 1909. 



AUTRICHE ET ITALIE. 431 

capitaine Rodic, du 2^ bataillon de chasseurs, a publié, 
dans une revue militaire de Vienne (1), une étude inté- 
ressante sur les forces militaires de Tltalie, comparées à 
celles de F Autriche-Hongrie. 

(( En temps de paix, dit-il, l'Italie possède 346 batail- 
lons (2) avec lesquels elle peut, en temps de guerre, 

former au moins 24 divisions L'Autriche-Hongrie 

en compte 679, qui peuvent être répartis en 48 divi- 
sions 

« La supériorité numérique permettrait à l'Autriche 
de conduire une guerre offensive, en même temps contre 
l'Italie, la Serbie et le Monténégro. Aux 7 à 8 divisions 
de ces deux dernières puissances nous pouvons en oppo- 
ser 12. Ce nombre ne serait pas exagéré, eu égard à 
l'étendue de ces régions et aux difficultés du terrain dans 
le Monténégro. Néanmoins, nous disposerions encore de 
36 divisions contre l'Italie. Vis-à-vis de celle-ci, nous 
aurions donc une supériorité de la moitié, et, par suite^ 
la possibilité de faire une guerre offensive sur le terri- 
toire italien, avec les meilleures chances de succès. 

« A vrai dire, l'Italie peut encore mettre sur pied 
12 divisions de milice mobile, et la Serbie, o divisions 
de seconde ligne. Mais aucun cadre permanent n'existe, 
en temps de paix, pour ces unités. Sous aucun rapport, 
elles ne sauraient être comparées aux divisions actives 
austro-hongroises. » 

D'après l'auteur, la supériorité numérique du contin- 
gent annuel (3), celle du nombre d'officiers et de fonc- 



(1) Militarische Presse, 20 février 1909. 

(2) I\on compris les 2 bataillons alpins formés en 1908. 

(3) Jusqu'en 1908, 136,000 hommes en Autriche-Hongrie et 90,000, 
dont 75,000 seulement incorporés, en Italie. Il semble qu'à partir de 
la mise en application de la nouvelle loi militaire italienne (1908), la 
supériorité numérique du contingent autrichien doive être moins sen- 
sible. En 1908, il y a eu 136,000 hommes incorporés en Autriche- 



432 



AUTRICHE ET ITALIE. 



tionnaires militaires (1) mettent à la disposition de FAu- 
triche-Hongrie des ressources bien plus considérables 
que celles de l'Italie pour la formation d'unités au mo- 
ment de la mobilisation. 

(( Si l'Italie pense, en cas de guerre, former 12 nou- 
velles divisions, la Serbie 5, nous pouvons donc, sans 
optimisme, prétendre en constituer 23 

« En ce qui concerne l'armement et l'équipement, nous 

ne le cédons en rien à nos adversaires possibles 

L'Italie a bien un fusil de plus petit calibre, qui a 
quelques avantages vis-à-vis du nôtre ; mais, dans la 
pratique, ces avantages ne méritent pas d'entrer en con- 
sidération En Autriche comme en Italie, l'ar- 
mement de l'artillerie en canons à tir rapide est en 
cours (2). Pour le cas de guerre, nous disposons, en 
outre, d'une industrie d'armes dont le rendement est 
considérable. Nous pouvons ainsi fabriquer chez nous 
toutes nos armes et nos munitions. Ce n'est pas le cas 
pour nos adversaires. 

u Notre équipement laisse à désirer. Nous n'avons 
pas encore de cuisines de campagne, ni les effets pres- 
crits récemment pour la nouvelle tenue de guerre, ni de 

convois automobiles Mais, en Serbie, en Italie, 

les défectuosités sont nombreuses aussi. 

« Dans le développement de l'armée, Tltalie est, au 
cours de ces dernières dizaines d'années, restée encore 

plus en arrière que nous En 1893, ses dépenses mi- 

litaires s'élevaient à 202 millions et demi de marks ; 

en 1906, elles n'étaient plus que de 192,800,000 



Hongrie et 110,000 en Italie. La différence n'est donc plus que de 
26,000 hommes, au lieu de 61,000, chiffre des années antérieures. 

(1) 23,390 officiers et 8,339 fonctionnaires en Autriche-Hongrie ; 
13,143 officiers et 4,302 fonctionnaires en Italie. 

(2) Sous la pression des événements des Balkans, ce réarmement a 
été hâté en Autriche-Hongrie. Il est actuellement terminé. 



AUTRICHE ET ITALIE. 133 

marks (1). Eq x^utriche-Hongrie, au contraire, les bud- 
gets militaires ont constamment progressé de 2" 3 à 
408 millions de marks 

« Au point de vue de la qualité physique et morale 
des troupes, toutes les nationalités de l'Autriche-Hongrie 
fournissent un très bon soldat en-material. Daos cer- 
taines régions, le soldat est même excellent. Pour les 
Serbes, surtout les Monténégrins, il en est de même. 
Quant auxltalieus, il existe, sous ce rapport, de grandes 
inégalités entre les différentes contrées de la péninsule. 

(( Il n'y a pas de doute qu'en Italie, comme en 

Autriche-Hongrie, on a beaucoup travaillé en vue de 
Tinstruction 

« Un facteur essentiel de la force d'une armée est 
l'état moral des troupes, formé par la conscience natio- 
nale, l'enthousiasme et l'esprit de sacrifice de la nation 

entière Nous pouvons être très satisfaits de la 

discipline de notre armée Les rivalités nationales, 

à l'intérieur de notre monarchie, n'ont pu avoir sur elle 
aucune influence En Italie, les dispositions natu- 
relles du soldat le rendent parfois difficile à tenir en 
main » 

Pour tous ces motifs, le capitaine Rodic estime que 
rAutriche-Hongrie n'a rien à craindre de l'Italie, même 
si la Serbie et le Monténégro l'appuient de leurs 
forces. 

* * 

Cette appréciation d'un « ennemi probable », comme 
le dit lui-même le capitaine Rodic, exagère certains 
points défectueux, sans faire ressortir assez les qualités 
de l'organisation mihtaire italienne. Il convient de rete- 



(1) Le budget italien pour 1908-1909 est de 298,700,000 francs, 
c'est-à-dire 238,960,000 marks. 



434 AUTRICHE ET ITALIE. 

nir surtout de cette étude l'intérêt que portent de plus 
en plus les officiers autrichiens à l'armée italienne. 

Cette armée est actuellement, les Italiens eux-mêmes 
en conviennent (1), « dans une période de crise, parce 
que son artillerie de campagne est en voie de réarmement 
et parce que le gouvernement et la commission parle- 
mentaire d'enquête ne sont pas d'accord sur les modifi- 
cations organiques nécessaires ». 

11 ne faut pas en conclure à la faiblesse de cette 
armée. Depuis sa création, en 1872, elle a déployé une 
activité remarquable pour se constituer, au milieu de 
difficultés que la plupart des autres Etats n'ont pas con- 
nues : configuration physique du pays très particulière, 
unité nationale récente, difTérences politiques profondes 
entre les diverses provinces, situation financière souvent 
délicate. 

L'armée italienne s'est faite, malgré ces conditions 
défavorables, dont il faut toujours tenir compte lorsque 
l'on porte sur elle un jugement. 

Comme l'a écrit un officier autrichien, « le lourd atti- 
rail de guerre de l'Italie sur terre et sur mer, la crois- 
sance de la prospérité nationale dans ces dernières 
années, font d'elle un adversaire qui n'est pas à dédai- 
gner, et un allié précieux (2) ». 

Les manifestations les plus récentes de la vie poli- 
tique italienne témoignent d'un redoublement du senti- 
ment patriotique dans toute la péninsule. L'armée ne 
peut que bénéficier de cette tendance générale qui porte 
les esprits vers les questions militaires. 



(1) Esercito italiano, n'' 13, 1909, cité par V Internationale Bévue de 
mars 19U9. 

(2) Yeltzes Armée Almanach, 1909. 



LES ÉVENTUALITÉS POSSIBLES 



I 



Les publications militaires autrichiennes, 
de 1907 à 1909. 



La question de la situation militaire de rA.utriche vis- 
à-vis de ritalie, celle d'une guerre possible avec cette 
puissance, sont, depuis deux ans, attentivement étudiées 
par les milieux militaires autrichiens, presque unique- 
ment préoccupés autrefois de la frontière russe. 

Plusieurs publications dénotent, depuis 1907, cette 
orientation nouvelle. Les unes sont anonymes, les 
autres, signées par des officiers de tous grades. 

A la fin de 1907 (1), la Revue de Streffleur, — la prin- 
cipale revue militaire autrichienne, — publiait une étude 
intitulée : « Combat de l'infanterie dans les plaines de 
la Haute Italie ». Au commencement de 1908, le même 
sujet fut repris, pour la cavalerie cette fois, par un des 
généraux les plus en vue de la cavalerie austro-hongroise, 
le général de division Terstzyansky von Nadas. Il fit 
paraître une brochure sous le titre significatif d'(( Emploi 
de la cavalerie dans la Haute Italie ». Ce général com- 
mande la division de cavalerie de Presbourg, dont une 



(1) Octobre et novembre 1907. 



136 AUTRICHE ET ITALIE. 

brig-ade est stationnée, en temps de paix, sur la frontière 
italienne. 

« Depuis la fin de la guerre de Mandchourie, dit le 
général, un intérêt surprenant s'est attaché, en Autriche 
et à l'étranger, à la situation politique européenne au 
Sud de la monarchie et à la question des Balkans qui 
attend sa solution finale. Il en résulta plusieurs publica- 
tions. Parmi ces dernières, les études militaires traitè- 
rent surtout les conditions du combat et la bataille dans 
la plaine, à cultures très denses, de la Haute Italie. » 

D'après le général, il est bien compréhensible que les 
Autrichiens aient porté leur attention sur ce théâtre 
d'opérations, car ils ont combattu souvent autrefois en 
Haute Italie. De plus, par sa nature couverte, ce pays 
ressemble beaucoup aux plaines de Mandchourie, où 
ont eu lieu les luttes que les officiers étudient aujour- 
d'hui le plus volontiers. 

Vers la même époque, une brochure fut éditée à 
Vienne sous le titre : « Le Danger italien », par la librai- 
rie Danzer, qui a publié, « pendant de longues années, 
une revue technique militaire hautement estimée (l) ». 
Le « Danger italien » est une étude, non déguisée, d'une 
offensive italienne par la Carinthie. Cette offensive est 
reliée à des troubles politiques en Hongrie, à une agita'- 
tion en Bosnie et est appuyée par la flotte, dont l'action 
commune avec les troupes de terre a été préparée de 
longue date. 

Pour certains esprits, en Italie, expose l'auteur, une 
victoire de l'Italie sur l'Autriche ne parait possible « que 
si Ton peut détruire la flotte autrichienne et débarquer 
avec une force suffisante dans le voisinage de Fiume. 

« L'intention de rechercher, en cas de conflit avec 
l'Autriche, la décision dans la plaine hongroise, n'est 
pas neuve 

(l) Étoile belge, 15 février 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. <37 

« Les Italiens ne nous attaqueront jamais, s'ils ne 
peuvent choisir une direction d'attaque plus avantageuse 
que celle de Laibach 

« Une armée de 500,000 à 600,000 hommes ne 
peut être nourrie dans les Karawanken. Les troupes 

ne pourraient y vivre sur le pays Pourraient-elles 

vivre sur l'arrière? Ce serait hasardé; les communica- 
tions sont rares et, de la Carinthie et du Tyrol, des entre- 
prises pourraient être tentées contre les lignes d'étapes 
en Vénétie 

« Au point de vue tactique, les difficultés au cours 
d'une marche sur Graz ne seraient pas moindres : sépa- 
ration des routes, difficulté du maintien des communi- 
cations; peu de chance d'un choc en masse, conforme à 
un plan d'opérations ; transmission lente des ordres. » 

Les colonnes, dans ces défilés, ne pourraient se 
déployer. Elles courraient donc le risque d'être tenues 
en échec par des forces autrichiennes très inférieures. 

Dès le déploiement sur la Brenta, la situation de 
l'armée italienne serait délicate, avec un flanc menacé 
et les derrières en danger. 

L'auteur estime qu'avec 250,000 hommes de troupes 
de campagne et le landsturm du Tyrol, de Carinthie, de 
Carniole et Styrie, les Autrichiens pourraient rejeter en 
Vénétie les Italiens qui auraient déjà pénétré dans la 
zone alpine. 

La connaissance des difficultéii énormes d'une offen- 
sive sur Laibach et Graz, explique le « Danger italien », 
n'est méconnue par aucun officier italien qui réfléchit. De 
là est née la stratégie « fîumane ». Basée sur la mer, 
elle peut se résumer ainsi : « Démonstrations énergiques 
contre les Alpes ; recherche de la décision dans la plaine 
hongroise. » 

Mais une action par Fiume ne peut réussir, dit l'écri- 
vain anonyme, si la situation politique de la monarchie 
et l'unité de l'armée n'ont pas été entamées, parce que 



^38 AUTRICHE ET ITALIE. 

l'armée autrichienne pourra toujours forcer Tennemi à 
la lutte décisive dans la plaine vénitienne et lombarde, 
qui lui est plus favorable. Doue, — toujours d'après la 
brochure, — Tltalie doit faire précéder son attaque d'un 
travail préparatoire d'agitation en Bosnie-Herzégovine, 
et de violents troubles politiques à l'intérieur de la 
monarchie pour diminuer la force de l'armée. De plus, 
elle doit donner à son armée et à sa flotte une éducation 
méthodique en vue d'une action commune. 

La même hypothèse d'une offensive italienne avait été, 
quelque temps auparavant, envisagée dans un livre 
intitulé : « Notre dernier combat », paru à Vienne à la 
fin de 1907 (1). 

Des troubles politiques, aidés et subventionnés par les 
Italiens, éclatent à Vienne, à Budapest et en Bohême. 
En même temps les Serbes et les Monténégrins passent 
la frontière. 

Les Italiens débarquent à Trieste et Sebenico, fran- 
chissent les défilés de Carinthie et l'Isonzo; trois corps 
attaquent le Trentin. 

Sauf le 14® corps (Tyrol), toute l'armée austro-hon- 
groise se concentre en Carinthie. 

La Russie profite de ces circonstances pour envahir 
la GaHcie. Elle oblige ainsi l'Autriche à rappeler sur la 
frontière polonaise trois des corps massés en Carinthie. 

L'Allemagne rétablit l'ordre en Bohême et intervient 
entre l'Autriche et la Russie. Celle-ci acquiert la Galicie. 

Les troupes italiennes poursuivent leur marche victo- 
rieuse survienne, mais sont arrêtées et refoulées par les 
troupes allemandes. Sauvée par l'Allemagne, l'Autriche 
est démembrée par elle : les provinces autrichiennes, 
avec Trieste et le Tyrol, sont rattachées à l'Empire alle- 
mand ; la Hongrie, la Dalmatie, la Bosnie, la Croatie, 



(1) Unser letzier Kampf, Vienne, Stern, 1907. 



AUTRICHE ET ITALIE. 139 

deviennent indépendantes et forment deux Etats proté- 
gés par TAUemag-ne. 

Au mois de mai 1908, le lieutenant de cavalerie autri- 
chien Belfanti a publié, dans la Revue de Cavalerie de 
Yieûne (1), une étude sur le Karst — la région des envi- 
rons de Trieste — au point de vue de l'emploi de la 
cavalerie. 

Au même moment, était éditée une brochure de la Dan- 
zers Armeezeitung sur les « faiblesses de la flotte de 
guerre austro-hongroise ». La flotte y était envisagée 
surtout par comparaison avec la marine italienne. 

Au commencement de l'année 1909, le colonel du 
1^^ tirailleurs — un des quatre régiments alpins — a fait 
paraître un livre sur « la guerre de montagne ». Il y 
examine les conditions de la guerre dans les Alpes 
austro-italiennes et dans les montagnes de la péninsule 
balkanique. 

Dans les études techniques comme dans les récits 
d'opérations supposées, — œuvres d'officiers ou de publi- 
cistes, — parus en Autriche depuis deux ans, se retrouve 
donc très souvent l'éventualité d'une guerre possible 
avec le voisin du Sud-Ouest. 

Comme le disait il y a quelques mois un grand journal 
autrichien (2), l'intérêt se portait autrefois surtout sur le 
théâtre d'opérations de la Russie Sud-Occidentale. Mais, 
« dans les vingt dernières années, maints changements 
se sont produits. Des complications dans les Balkans ou 
avec l'Italie n'appartiennent plus, en tout cas, au 
domaine des impossibilités. Le haut commandement 
doit compter avec elles plus qu'avec une guerre en 
Podolie ». 

Plus clairement encore, dans son étude sur l'armée 



(1) Kavalieristische Monatshefte. 

(2) Neue Freie Presse, 24 décembre 1908. 



140 AUTRICHE ET ITALIE. 

italienne, dont il a été parlé plus haut, le capitaine Rodic 
déclare (1) que u les puissances, dont l'hostilité, dans 
une prochaine guerre, doit être envisagée avant celle de 
tout autre Etat, sont l'Italie, la Serbie et le Monténé- 
gro ». 

L'officier autrichien discute ensuite le cas d'une guerre 
générale en Europe, où la Triple Alliance, réduite à deux 
puissances (Autriche -Hongrie et Allemagne) aurait 
affaire à la Russie, la France, l'Italie, la Serbie et le 
Monténégro. 

L'Autriche-Hongrie a 48 divisions actives, dit-il, l'Ita- 
lie peut en mobiliser 24, la Serbie et le Monténégro 7. 
A ces 31 divisions, l'Autriche en opposera un nombre 
égal, qui suffira pour une guerre défensive. Il lui en 
restera donc 17 disponibles contre la Russie. 

« La lenteur de la mobilisation et la lourdeur bien 
connue des Russes » donneront à l'Autriche le temps 
d'organiser des divisions de seconde ligne, avec des 
hommes instruits du landsturm et de l'ersatz-réserve. 
L'auteur estime que l'Autriche pourra former 23 de ces 
divisions, et que, eu égard à l'état actuel de l'armée 
russe, elles auront la même valeur de combat que des 
divisions actives russes. 

De plus, même si l'Allemagne emploie contre la 
France toutes ses forces actives et de nombreuses for- 
mations de seconde ligne, son énorme excédent en 
hommes instruits lui permettra d'affecter près de 40 divi- 
sions de seconde ligne à la défense de sa frontière orien- 
tale. 

(( A ces forces s'ajoutent les 9 divisions de la Rou- 
manie ». 

La Russie aurait donc affaire, d'après le capitaine 
Rodic, à 40 divisions austro-hongroises, à un nombre 



(I) MiJitdrische Presse, ^0 février 1909. 



AUTRICHE ET ITALIE. 141 

équivalent de divisions allemandes, et à 9 divisions rou- 
maines, soit, en tout, plus de 80 divisions, ou de 40 corps 
d'armée. « Pour faire front à un pareil déploiement, la 
Russie devrait mobiliser toute son armée. Le succès 
serait pour elle plus que douteux. » 

La conclusion générale de l'auteur est la suivante : 
« Depuis l'année de malheur (1866), l'armée austro- 
hongroise a fait, sous tous les rapports, de grands pro- 
grès Au point de vue du nombre, nous venons 

après l'Allemagne et après la France, mais nullement 
après les Etats qui sont, au Sud de nos frontières, nos 

ennemis probables Tandis qu'en 1866 nous étions 

seuls en Europe, aujourd'hui nous avons un ami puis- 
sant. La main dans la main, nous sommes avec lui si 

forts qu'il doit paraître à nos adversaires par trop 

risqué de nous chercher querelle ». 



II 



Les éventualités possibles ; opinions autri- 
chiennes, italiennes et allemandes. 

L'Italie possède sans conteste la supériorité navale, 
mais, « dans le cas d'une guerre contre l'Autriche, dit 
l'ingénieur italien Lorenzo d'Adda, le succès final ne 
pourra être décisif que par l'action de l'armée de terre 
et jamais par l'action de la flotte (1). » 

« La supériorité de la flotte italienne, lit-on dans un 
ouvrage publié récemment à Vienne (2), pourrait seu- 
lement servir à détruire le commerce maritime autri- 
chien, et les ports de commerce, non protégés, de 
Trieste et de Fiume, à faire subir ainsi des dommages 
matériels à l' Autriche-Hongrie, à atteindre son capita- 
lisme et à forcer, par là, l'Etat à céder, — à acquérir, 
en outre, par la conquête des ports et des places 
côtières, des compensations pour les défaites à prévoir 
sur terre (3) ». 

D'après les Italiens comme les Autrichiens, la décision 
appartiendrait donc aux armées de terre. 

Or, la nature du terrain, la répartition des troupes le 
long de la frontière, la disposition des fortifications, le 
tracé des voies ferrées, montrent que, « le gros des forces 
autrichiennes ne descendra pas par les passages du 



(1) 5eco/o, 26 juillet 1908. 

(2) L'Histoire d'avant 1866 et d'avant 19??, par un vieux soldat 
impérial, 1909. 

(3) Ibid. 



AUTRICHE ET ITALIE. Ua 

Tyrol. Tandis que l'Autriche se tiendra dans une attitude 
menaçante dans ses vallées très fortes du Trentin, le 
gros de ses forces fera irruption par la grande brèche 
ouverte entre Cividale et Aquilea, c'est-à-dire par une 
plaine large d'environ 25 kilomètres et complètement 
dépourvue de fortifications et d'obstacles naturels (1). » 

Cette concentration des corps austro-hongrois sur 
risonzo est indiquée par le terrain et par les considéra- 
tions militaires. Les journaux autrichiens et allemands 
en parlent sans ambiguïté. 

La Militàrische Presse^ de Vienne, fait remarquer 
« que les fortifications projetées de Trieste assureraient 
le flanc gauche du déploiement de l'armée principale 
austro-hongroise sur la ligne de Flsonzo, dans le cas 
d'une guerre contre l'Italie (2) ». 

Le capitaine de vaisseau von Rziha, dans Ueberall{^)^ 
indique que la concentration autrichienne « s'appuie sur 
la ligne de l'Isonzo et que la ligne de gravité straté- 
gique Vienne — Rome passe par Gôritz ». 

Les campagnes de 1797, 180S, 1809, prouvent que la 
zone d'invasion directe en Autriche, pour une armée 
venant du Sud-Ouest, s'étend entre Tarvis et Trieste. 
C'est donc pour l'Autriche, le secteur le plus intéressant 
de la frontière. C'est aussi celui, où, la configuration du 
sol, et la densité relativement grande des voies ferrées, 
lui permettent de masser le plus de troupes dans un 
délai assez court. 

Quant aux Italiens, ils ne pensent pas pouvoir « espé- 
rer exécuter une rapide et énergique offensive contre le 
Tyrol, étant données les formidables fortifications dont 
les Autrichiens ont su les munir. Nous pourrions tout au 



(1) Secolo, 26 juillet 1908. 

(2) 21 novembre 1908. 

(3) Revue militaire et maritime allemande ; n°^ d'avril et de mai 1908. 



144 AUTRICHE ET ITALIE. 

plus, dit le Secolo (1), risquer une attaque contre la 
ligne du Pusterthal, une des deux lignes d'alimentation 
du Tyrol et qui est éloignée de peu de kilomètres de 
notre frontière ». Et ce journal parle du « rassemble- 
ment de l'armée italienne entre la Piave et le Taglia- 
mento » et du « développement des opérations italiennes 
vers risonzo «. 

Des deux côtés, il semble donc admis que les opéra- 
tions les plus importantes se dérouleraient dans la Véné- 
tie orientale, et les opérations secondaires, dansle.Tyrol. 

Au point de vue militaire, Tyrol et Vénétie sont, du 
reste, intimement liés l'un à l'autre. 

L'histoire — et en particulier les campagnes de 1797 
et 1809, — enseignent qu'une armée ne peut marcher 
de la Vénétie sur la Styrie sans faire occuper au préa- 
lable le Trentin et la haute vallée de la Piave. 

En 1797, lorsque Bonaparte avance contre l'archiduc 
Charles sur le Tagliamento, il envoie Masséna dans la 
haute Piave et Joubert dans le Tyrol par la vallée de 
l'Adige. Le premier le rejoint par Tarvis, le second par 
le Pusterthal. 

En 1809, le prince Eugène, renforcé par Macdonald, 
repousse l'archiduc Jean au delà de la Livenza, tandis 
que Lefebvre se dirige sur le Tyrol pour établir la liaison 
entre l'armée française dltalie et celle d'Allemagne. 

Il semble donc que la concentration italienne ne puisse 
être poussée vers l'Est, au delà de la Brenta, sans que 
son flanc gauche soit complètement couvert contre des 
attaques autrichiennes dirigées de Trente sur Vicence ou 
Vérone. 

Par suite de la direction divergente de ces attaques, 
imposée par celle des routes couduisant du Trentin en 
Italie, les relations seraient, du reste, peu aisées entre 



(1) 26 juillet 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. 145 

les colonnes marchant, par exemple, les unes par le val 
Sugana, les autres par FAdige, ou sur les rives du lac de 
Garde, voire même par le val Giudicaria. Les opérations 
de Wûrmser, en 1796, en sont un exemple frappant. 
Toutefois, il ne faut pas oublier que les moyens rapides 
dont dispose aujourd'hui le commandement, — télé- 
graphe avec ou sans fil, téléphone, automobiles, ballons, 
— facilitent les communications entre des troupes, même 
séparées les unes des autres par de hautes montagnes. 

Une offensive italienne ayant Trente pour objectif, 
disposerait au contraire de lignes convergentes. Sur le 
front occidental du Tyrol méridional, entre le col du 
Stelvio et le lac de Garde, elle se heurterait, non seu- 
lement aux fortifications qui barrent les cols du Stelvio 
et du Tonale, le val Giudicaria, la cluse de Riva, mais 
encore, en arrière, à la ligne, difficile à franchir, de la 
Vintschgau et de l'Adige, aux places de Trente et de 
Franzensfeste. 

Les échecs éprouvés en 1866 par Garibaldi, malgré 
une supériorité numérique de plus du double, devant 
les défenses autrichiennes du Tonale, des Giudicaria, du 
val di Ledro, montrent la difficulté de pénétrer dans le 
Tyrol de ce côté. 

Sur le front oriental du Trentin, le terrain est plus 
facile. De ce fait, la division du général italien Medici, 
arrêtée dans le val Sugana, par l'armistice en 1866, 
avait plus de chaoces de réussite que le corps de Gari- 
baldi, opérant à l'Ouest de l'Adige. Cependant, une 
offensive qui se produirait dans cette région serait diri- 
gée du Sud-Est au Nord-Ouest, et présenterait directe- 
ment son flanc droit aux attaques autrichiennes partant 
du front Innichen — Gôritz. 

La nature montagneuse du terrain dans le Tyrol et, 
à l'Est, jusqu'à Tarvis, permet à l'Autriche d'organiser 
la défense dans cette région avec peu de troupes, de 
façon à reporter le plus de forces possible sur ITsonzo. 

10 



U6 AUTRICHE ET ITALIE. 

En 1866, le général Kuhn a fait dans le Trentin une 
application victorieuse des principes suivant lesquels 
doit être conduite la défense d'un pays montagneux. 
Avec 16,000 hommes^ il réussit à tenir pendant deux 
mois contre 40,000 Italiens. 

Si ritalie s'empare du Trentin ou si, tout au moins, 
elle le masque avec des forces suffisantes, elle peut mar- 
cher sur risonzo, tout en se couvrant fortement dans les 
directions de Gortina d'Ampezzo et d'Innichen. D'autre 
part, si ses troupes de couverture sont, dans^ la direc- 
tion du Pusterthal, poussées à la frontière même, si, en 
arrière, à Pieve di Cadore, elles trouvent un point 
d'appui sérieusement organisé, elles peuvent, dès le 
premier jour, troubler considérablement les communi- 
cations entre le Tyrol et la Garinthie. 

Le Tyrol méridional joue donc, à la fois pour l'Au- 
triche et pour l'Italie, un rôle très important, mais le 
théâtre d'opérations principal est constitué par les plaines 
de la Yénétie orientale, la Garinthie, le Kûstenland, la 
Garniole. 

Sur mer, « les Autrichiens, écrit le capitaine de vais- 
seau von Rziha (1), auront à attaquer avec des torpil- 
leurs les divisions navales en voie de rassemblement à 
Venise, Ancône, Tarente, à incendier en même temps 
des ports ouverts tels que Brindisi et Bari, à détruire la 
ligne côtière Bari — Ancône — Venise, ce qui privera de 

ses ressources la flotte italienne De la bataille 

navale qui suivra la déclaration de guerre dépendront 
les actes des deux partis en présence. Si l'Autriche est 
victorieuse, elle bloquera sans retard Ancône et Venise, 
où la flotte italienne aura cherché un refuge. En même 
temps, tout le matériel flottant disponible, surtout les 
croiseurs et les torpilleurs, sera envoyé à Valona, occu- 
pera ce point et barrera le canal d'Otrante. 

(1) Ueberall. avril et mai 1908. 



AUTRICHE ET ITALIE. U? 

« De son côté, l'Italie se gardera, au début, d'aven- 
tures dalmates à la Lissa, car elle connaît le bon sys- 
tème autrichien de mines sous-marines. Prenant pour 
bases Ancône et Venise, elle limitera les opérations au 
secteur Ancône — Venise — Trieste — Pola. En cas de 
succès, elle s'établira le plus vite possible à Trieste, 
en tout cas, bombardera cette ville, et essayera d'enve- 
lopper la flotte autrichienne battant en retraite pour 
s'ouvrir le chemin vers Valona. Le sort de la Dalmatie 
est étroitement lié à celui de l'Istrie, aussi longtemps 
que l'Autriche ne s'occupera pas mieux de la défense 
des côtes dalmates » 

Autrichiens et Italiens discutent donc ouvertement, 
dans la presse ou dans des brochures, les conditions 
d'une guerre qui les opposerait les uns aux autres. De 
leur côté, les écrivains militaires allemands envisagent 
aussi maintenant cette éventualité. 

Le colonel allemand Gâdke, examinant, dans le Berli- 
ner Tageblatt^ la situation militaire de l'Autriche, s'expri- 
mait ainsi, le 25 août 1908 : « Il est caractéristique de 
voir discuter en Autriche — dans les milieux militaires, 
d'une façon exclusive — toutes les questions militaires 
au seul point de vue d'une guerre avec l'Italie. L'Italie 

agit du reste de même A moins d'un miracle, la 

flotte autrichienne ne pourra pas résister à la flotte ita- 
lienne » 

Trois mois auparavant, dans une comparaison entre 
les armées autrichienne et italienne, le colonel vantait 
la qualité et l'instruction de la première, trop peu nom- 
breuse d'ailleurs, à son avis, et constatait au contraire 
que la situation de la seconde était insuffisante. 

Il semble qu'en Allemagne cette opinion soit assez 
répandue, a En Italie, dit une revue allemande (1), 



(I) Zeitung des Vereins deutscher Eisenbahnverwaltungen, il avril 
1908. 



148 AUTRICHE ET ITALIE. 

les questions qui se rattachent à la défense de la fron- 
tière orientale sont un sujet de soucis pour le gouverne- 
ment italien, car on se sait beaucoup moins bien pré- 
paré que le voisin autrichien. » 

Dans son livre récent, « La grande guerre du temps 
présent » (1), le général von Falkenhausen, ancien com- 
mandant du 13^ corps d'armée allemand, a envisagé les 
conditions actuelles d'une guerre possible en Europe. 

« La politique véritable n'est connue réellement, dit-il, 
que de quelques initiés. Les motifs qui la déterminent 

sont sujets à de fréquents changements Aussi la 

situation de guerre envisagée dans ce livre n'a-t-elle 

pas la moindre prétention à faire de l'actualité Elle 

repose, au contraire, en plusieurs points, sur des invrai- 
semblances. » Cependant, ajoute le général, « dans cette 
situation, librement imaginée, l'état politique ne pouvait 
être laissé de côté ». 

Contre l'Allemagne et l'Autriche alliées, la France, 
l'Angleterre et l'Italie ont uni leurs armées et leurs 
flottes. La Suisse, la Belgique, le Luxembourg, la Hol- 
lande sont neutres. La neutralité de la Suisse est obser- 
vée, celle des autres Etats, violée par la France et l'An- 
gleterre. Les autres puissances européennes restent en 
dehors du conflit. 

Au début, l'Italie a occupé le Trentin par surprise. 
Elle rassemble le reste de ses forces à Vérone, Venise 
et Udine 

(( L'Autriche dirige le gros de ses armées contre l'Ita- 
lie et renforce les troupes allemandes dans l'Allemagne 
du Sud. » 

Cette indication est la seule qui concerne l'Autriche et 
l'Italie dans tout l'ouvrage, consacré entièrement à 
l'étude de la guerre au Nord de la Suisse. 



(1) Berlin, 1909. 



AUTRICHE ET ITALIE. i49 

Il n'est pas sans intérêt de constater qu'un général 
allemand, ancien commandant de corps d'armée, suppose, 
publiquement, que non seulement l'Italie n'attaquera 
pas la France, mais se tournera contre l'Autriche. La 
même opinion a déjà été exprimée en Allemagne, à un 
moment où l'annexion de la Bosnie-Herzégovine n'avait 
pas encore été proclamée et les troubles universitaires 
de Vienne n'avaient pas encore éclaté. Le 27 mai 1908, 
les Hamburger Nachrichten déclarent : « L'Italie n'entre 

pas en ligne de compte Dès qu'un conflit éclatera 

avec les puissances occidentales, l'Autriche sera obligée 
d'immobiliser des troupes à la frontière italienne et par 
conséquent sera paralysée à notre détriment ». 

Au mois de juin de la même année, le colonel Gâdke 
explique comment l'Italie perd la valeur qu'on lui attri- 
buait dans la triple Alliance. Ses seuls armements sont 
dirigés contre l'Autriche, alors qu'au contraire, elle 
devait couvrir celle-ci pour lui permettre de se concen- 
trer entièrement sur la frontière russe (1). 

L'Autriche a commencé en 1904 à renforcer sa fron- 
tière. L'Italie ne l'a suivie dans cette voie qu'en 1907, et 
surtout en 1908. 

Le vote, par le Parlement italien, de 283 millions de 
crédits militaires extraordinaires — 60 en 1907, 223 en 
1908 (2), sans compter les S50 millions alloués en 1908 
pour les voies ferrées, — est une preuve de l'effort que 
fait l'Italie pour mettre son organisation militaire à hau- 
teur des éventualités possibles. Mais ces crédits sont 
échelonnés sur plusieurs années. Le résultat ne sera 
donc pas immédiat. 

D'autre part, les budgets militaires (armée et marine) 



(1) Temps, 18 juin 1908. 

(2) Ces crédits sont échelonnés sur dix ans, de 1907 ù 1917. 



450 AUTRICHE ET ITALIE. 

italiens sont beaucoup plus faibles que les budgets 
autrichiens. D'après le Journal de Genève (1), les dé- 
penses comparables sont, en Italie, de 373 millions de 
francs, et, en Autriche, de 570. 

Actuellement, sur mer, la supériorité appartient à 
l'Italie, mais cette supériorité pourra être moins sen- 
sible après l'achèvement des nouveaux cuirassés autri- 
chiens. Sur terre, la situation militaire d^ l'Autriche est 
meilleure que celle de l'Italie. Le tracé de la frontière la 
favorise, ses effectifs de couverture — depuis les ren- 
forts envoyés en J908 — sont plus nombreux, ses forti- 
fications plus solides, ses voies ferrées mieux outil- 
lées. 

Si (( l'accord intime de l'Autriche et de l'Italie assure 
la paix, personne ne pouvant faire abstraction de ces 
deux puissances unies (2) », il n'en est pas moins exact 
que, depuis 1904, depuis 1907 surtout, l'Autriche et 
l'Italie ont armé sur mer et sur terre, de chaque côté de 
la frontière. 

« De part et d'autre, conclut la Neiie Freie Presse^ de 

Yienne (3), l'éventualité d'une guerre est envisagée 

Une mésintelligence existe réellement entre les deux 
pays )) 

Les armements autrichiens, comme les armements 
italiens, sont de simples mesures de prudence. Néan- 
moins, le fait que ces mesures ont été prises est caracté- 
ristique. Dès maintenant, il en résulte, sur la frontière 
des Alpes et dans l'Adriatique, une situation mihtaire 
nouvelle. 



(i) 19 décembre 1908. 

(2) Tribuna, 5 septembre 1908. 

(3) 28 août 1908. 



TABLE DES MATIÈRES 



L'armée austro-hongroise. 

Pages. 

T. L'état politique de l' Autriche-Hongrie 1 

II. Les trois armées delà Monarchie. Le dualisme militaire. 3 

III. Les effectifs. Le matériel 9 

IV. Le soldat. Le sous-officier 14 

V . L'officier 17 

VI. L'état-major. Le haut commandement 22 

La frontière italienne et l'Adriatique. 

I . La frontière austro-italienne 27 

If. Les préparatifs autrichiens. Les troupes 33 

III. Les troupes autrichiennes de montagne 48 

IV. Les préparatifs autrichiens. Les fortifications 62 

V. — — Les chemins de fer et les 

routes 68 

VI. — — La défense des côtes et la 

marine 76 

Vil. — — Les manœuvres 85 

VIII . Les préparatifs italiens. Les troupes 87 

IX . — — Les fortifi<;ations 93 

X. — — Les chemins de fer et les routes. . 98 

XI. — — La défense des côtes et la marine. 102 

XII. — — Les manœuvres 107 

L'armée italienne. 

I. L'organisation générale i09 

11. L'armée italienne en temps de paix 117 

III. L'armée italienne mobilisée 124 

ÏV. La troupe et l'officier 126 

V. L'armée italienne et l'armée autrichienne, d'après un 

officier autrichien 1 30 

Les éventualités possibles. 

1. Les publications militaires autrichiennes, de 1907 à 1909. 133 
II. Les éventualités possibles; opinions autrichiennes, ita- 
liennes et allemandes 142 



TABLE DES CARTES 



Pages. 

Frontière austro-italienne 17 

Répartition des troupes dans les 3® et 14^ corps autrichiens.. . . 33 

Répartition des troupes dans le commandement militaire de Zara. 39 

Alpins italiens et autrichiens 49 

Voies ferrées aulrichiennes de concentration 69 

Réseau ferré du Tyro' 71 

Voies ferrées de Daimatie 76 

Répartition des Iroupes dans les 3®, l^ tt (/ corps italiens 87 



Paris. — Imprimerie R. Chapelot ei C", 2, rue Christine. 



«a»NDINQ LIST SEP i 



DB ûuruy, Victor 

B6 Autriche et Italie 

D75 



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